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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 07:19

              Organiser la prospection ne fut pas chose facile.

Changer les habitudes acquises perturba  le déroulement de nos fins de semaine. Avant, assister aux matches, recevoir des amis, rendre visite à la famille ou s’exercer à des activités de loisirs créatifs (en compagnie de maman bien sur !), ne nous laissait pas le temps de s’ennuyer. Désormais promenades et recherches !

Se promener, chercher, mais où ?

Tu fais quoi, demain, me demandait Fred, à la fin du match ?

Demain, je cherche une maison !

Veinard ! Tu m’inviteras ?

Idiot ! Bien sur !        

Définir le lieu probable de notre vie future occupa  de nombreuses soirées. Un vrai dilemme !

 Pour nous, la campagne c’est la campagne, peu importe qu’elle se trouve au nord ou au sud, à l’est ou à l’ouest ! 

 Au cours de ces discussions, l’enfance de nos parents devenait plus tangible. Eux aussi avaient été petits ! Nous le savions, sans pour cela l’avoir réalisé ! Apparus dans nos existences ensemble, adultes et engagés dans des métiers qui les passionnaient, leur jeunesse séparée prenait vie. Ils racontaient leurs jeux, leurs bêtises, leurs joies et leurs peines. Petit à petit les liens familiaux se tissaient, l’histoire, notre histoire s’inscrivait dans nos mémoires..

Parmi les personnages de notre proche entourage, il y avait les grands-parents paternels et maternels.

Les premiers, viticulteurs, propriétaires  de plusieurs hectares de vignes  dans l’Entre deux mers  nous accueillaient dans une demeure ancestrale qui portait le nom pompeux de : « Château Le Grand Redon ». Château, un bien grand mot pour désigner l’habitation, certes imposante qui, sur la colline, dominait la vallée de la Garonne. Quand à l’Entre deux mers ! Qui avait eu l’idée de nommer ainsi ces terres qui s’étendent entre Dordogne et Garonne ?

 Tous les étés, pendant une quinzaine de jours, je  courais dans le parc, grimpais sur l’aile du gros tracteur rouge, jouais à cache-cache avec les cousins, et je découvrais que bien des années auparavant, mon père occupait de la même façon ses temps libres. Mon arrière-grand-mère lui préparait des tartines luisantes de confiture qu’il dévorait avec le même appétit que le mien !

Les soirs d’été, tout comme moi, il observait les feux d’artifice qui zébraient et illuminaient le ciel. Depuis la terrasse de la maison familiale on pouvait en effet deviner une multitude de villages qui longeaient la vallée et les illuminations annonçaient leur fête annuelle.

 Papa  se voyait déjà gentleman farmer, arpentant les champs, les fins de semaine, en compagnie de Lorraine, bavardant avec les voisins de la qualité de la récolte à venir !

Le soleil couchant embrasait à l’horizon la cime des pins. De l’autre côté du fleuve Garonne qui coulait dans la vallée,  s’étendait la forêt landaise si chère à maman.

L’odeur de la résine, le murmure du vent bruissant dans les branches, le crissement des aiguilles sur le sol lui manquait.

Elle nous racontait l’histoire de ces bergers du siècle dernier, montés sur les échasses, pour éviter l’envasement, des résiniers entaillant le tronc des pins pour en extraire  la résine. Un dimanche une visite dans un écomusée nous avait fait connaître la vie de nos ancêtres.

 Ses parents, retraités de l’enseignement habitaient sur les bords de l’océan, une villa, dans une clairière d’où on entendait mugir les vagues : une vraie maison de vacances. Papou et Mamou nous semblaient jeunes, ils étaient beaucoup moins autoritaires que nos autres grands-parents, moins conformistes et acceptaient nos fantaisies sans sourciller : 68 était passé par-là. Une nostalgie de cette époque les poursuivait et l’âge de la retraite aidant, ils vivaient maintenant, un peu bohème, sillonnant le monde avec leur camping car.

Leurs visites étaient l’occasion d’entendre les récits de leur voyage, ce qu’ils faisaient de façon très agréable.

 Notre mère profita de cette liberté d’esprit : c’est sans problème qu’elle  choisit une carrière artistique. Ses racines landaises lui assuraient une stabilité rassurante. Un pèlerinage sur les lieux de vacances de  son enfance nous avait fait faire connaissance avec  nos aïeux. Ils vivaient au milieu de la forêt dans  une ferme  typique bâtie dans un airial, ces clairières entourées de chênes, au bout d’un chemin sableux. Ils cultivaient quelques arpents de terre sur lesquels poussaient du maïs, et élevaient des poules et des lapins. Un paradis pour maman, un désert pour papa!

Il estimait que la civilisation n’avait pas encore pénétré cette région et maman défendait l’authenticité de la vie. Quand le débat s’animait nous filions vers nos chambres. Nous avions peur que nos parents se disputent mais nous les retrouvions le matin heureux de commencer une nouvelle journée !

 

Bénédicte rêvait :

_   irait-elle cueillir des raisins dans  un panier de bois ou jouerait-elle à apprivoiser un chevreuil comme le Petit Prince et son renard ? 

La chienne était sereine, notre agitation ne la troublait guère, elle nous faisait confiance,  Peut-être allait-elle enfin pourchasser un lièvre.

Quand à moi, je ne savais trop que penser ! Pourquoi fallait-il changer de vie ?

Jonathan, le gardien de but de l’équipe de foot, s’inquiétait déjà de mon remplaçant !

Comment ferons-nous l’année prochaine ? Qui sera attaquant ?

Ne t’inquiète donc pas ! Au train où vont les choses, je marquerai encore des points !

Sur la carte de la Gironde,  étalée dans la salle à manger, des cercles définissaient les zones possibles, acceptables ou de dernier recours.

Papa me fit faire à l’occasion des mathématiques appliquées.

Il ne voulait pas trop s’éloigner de son travail. Calcul de distances, recherche de l’échelle, évaluation de la vitesse, aboutirent à des coloriages sur le document.  Chaque suggestion passait aussitôt le test : zone admissible ou trop éloignée ?

Les premières fins de semaine furent très agitées. Le choix de l’itinéraire du lendemain générait et entraînait des  palabres sans fin, jusqu’à ce qu’une loi soit établie : une semaine rive droite, une semaine rive gauche du fleuve, autrement dit un dimanche pour maman un dimanche pour papa !

La route François Mauriac (un écrivain  que maman affectionnait, né près de la maison des grands parents paternels), nous conduisait à travers le vignoble. Loupiac, Cadillac, les villages s’égrenaient, chargés du poids de l’histoire romaine puis médiévale. A Sainte Croix du Mont, une grotte creusée dans un mur d’huîtres fossiles nous rappelait qu’autrefois l’océan parvenait jusque là, difficile à imaginer ! Nous écoutions, comme on écoute un conte, la vie des personnages qui, au fil des jours rejoignaient ceux de nos bandes dessinées : Aliénor, Le Prince Noir, Napoléon, il faudrait plusieurs années avant qu’ils ne reprennent leur rôle dans la chronologie de l’Histoire de France !

Les camarades prenaient parti, donnaient leur avis. Le lundi, les questions fusaient :

As-tu visité le château du Prince Noir ?

Louis, passionné par le Moyen Age, était le plus curieux. Ses parents, professeurs à l’université, lui fournissaient les renseignements complémentaires à mes récits !

Le Prince Noir avait une armure noire, d’où son nom ! M’affirma t-il le lendemain.

Et Richard cœur de Lion, était le fils d’Aliénor, reine d’Angleterre ! Lui répondis-je.

Notre région était anglaise, même qu’il y a eu la guerre de cent ans pour redevenir français ! Poursuivit-il.

-   Et elle s'est terminée à Castillon la Bataille sur les bords de la Dordogne!

La cloche mettait fin à nos joutes.

 

Sur l’autre rive, l’autoroute nous éloignait rapidement de la ville, mais il fallait vite emprunter des voies secondaires pour atteindre les bourgs dans lesquels se dressaient leurs clochers rivalisant avec  les arbres de la forêt.

Des noms célèbres, des châteaux de réputation mondiale, Yquem, Sauternes, s’inscrivaient sur les panneaux de signalisation. Parfois au travers d’un portail en fer forgé, au bout d’une allée qui ressemblait à une avenue, apparaissait une maison bourgeoise. Le vin avait fait la fortune des familles propriétaires depuis des siècles. Quand on s’éloignait de quelques kilomètres, la pinède s’étalait jusqu’aux confins de l’océan. Ici aussi les leçons d’histoires ponctuaient nos sorties les vestiges du passé, nombreux, alimentaient les bavardages.      

Aller à l’aventure, questionner les gens n’était pas très productif, nous n’aboutirions à rien en pratiquant de cette façon,  il fallait trouver une autre méthode plus fiable.

Un soir, pendant le repas, la discussion s’envenima, rien de concret n’apparaissait, la quête du paradis menaçait d’être longue.

Nous n’avions jamais entendu nos parents se quereller et l’inquiétude grandissait :

Papa proposa la recherche sur Internet et maman les petites annonces sur les journaux spécialisés, la visite dans les agences immobilières qui  permettraient d’établir un programme plus constructif.

Ce travail ne nous concernait plus !

 

Depuis la terrasse de MalagarDepuis la terrasse de Malagar

Depuis la terrasse de Malagar

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commentaires

danae 20/11/2014 13:07

Bon jour Nicole, Eh bien voici un récit qui va durer quelques temps, telle que je te connais pour savoir faire vivre l'imaginaire ! Je me demande quel sera le lieu du choix ? Bises, j'espère que mon livre va arriver vite. Bises