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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 12:24

Surprise ! Rien de scolaire là dedans ! A nouveau des itinéraires, des dates, des comptes rendus de voyage.

Daniel repartit.

Nos parents eurent encore de longs conciliabules.

   -   Tout le monde au lit, la nuit porte conseil !

 Le lendemain matin, un bol de café dans les mains maman nous donna les conclusions de leurs discussions : nous pouvions consulter les cahiers, les cartes et autres journaux, il pourrait être intéressant de se documenter sur les pays visités, nous ferions ainsi de la géographie! C’était une habitude chez eux de tout transformer en apprentissage ! Cette idée n’était pas très exaltante mais pour satisfaire notre curiosité nous étions prêts à promettre tout ce qu’ils voulaient.

Farfouiller dans ces vieux papiers, reconstruire  l’histoire des gens qui avaient occupé notre maison  pourquoi pas ?

Il faisait beau, sur la terrasse, le salon de jardin nous permettait de nous installer au soleil. Un léger souffle apportait l’odeur des bruyères et le pollen des arbres recouvrait le sol d’une fine pellicule jaune. 

Les cahiers nous attiraient, il y avait des tracés de  parcours, des dates et ensuite des photos collées, quelques textes qui  ressemblaient à des histoires.

Toute la matinée fut consacrée à compulser  ces documents.

A midi maman nous interrogea :

    -    Alors les enfants, qu’avez-vous découvert ?

    -     Il y en a un qui s’appelle Michel, il est allé au Maroc !

    -     Oui, il y a aussi Catherine et François !

    -    On a vu les photos et quelquefois sur les photos il y a un arabe !

Elle s’inquiéta :

   -   Ce n’est pas un journal intime ?

   -   C’est quoi ?

   -   Quelqu’un qui écrirait tous les jours ou presque les évènements de sa vie. Dans ce cas il faudrait le renvoyer à son auteur !

   -   Non je ne crois pas ce sont plus tôt des souvenirs de vacances, pour se rappeler !

   -   Je viendrai y jeter un œil !

Après un examen minutieux des livrets, elle convint qu’il n’y avait là que des comptes rendu de voyage, agrémentés de photos.

   -   Vous devriez reconstituer leur parcours, le tracer sur la carte. Vous apprendriez à  connaître ce pays !

   -   Il y a des revues, on peut aller les chercher ?

   -   Si vous voulez, mais vous ne touchez pas aux lettres !

Toute l’après midi nous poursuivîmes notre travail. Bénédicte cherchait les noms de ville, j’essayais de les retrouver sur la carte et les entourais. Rabat, Marrakech, Agadir, c’était facile, mais il y avait souvent des noms inconnus ! Bénédicte les prononçait mal, les disputes étaient fréquentes. Ses notions de géographie étaient faibles et les miennes à peine plus élevées !

 Les reportages racontaient la vie de gens dans des régions lointaines. Nous découvrions un autre monde. Bien sur nous regardions la télévision mais nous étions à l’âge des dessins animés, de la musique et quelquefois du sport. J’adorais voir les matches de foot avec papa. Les soirs de retransmissions, le salon devenait la pièce des hommes. Maman et Bénédicte fuyaient nos hurlements.  

Les reportages sur les pays étrangers étaient souvent diffusés à des heures tardives, seuls les parents s’y intéressaient.

Ma sœur regardait avec étonnement les tenues tellement différentes des nôtres.

   -   Ils sont sales ! Regarde, les enfants jouent dans la terre !

   -   Là ! Ils jouent au foot avec un ballon de chiffon !

   -   Oh ! La dame, on ne voit que ses yeux !

   -   Celle là, elle est habillée comme la mère de Nadia !

Nadia était une camarade de classe, sa mère venait parfois la chercher en robe longue, un foulard sur la tête.

A nos questions, maman avait répondu :

      -     C’est parce qu’elle est tunisienne !

En feuilletant les magazines, nous comprenions que ce qui n’était ici qu’une exception était là-bas chose courante !

   -   Les messieurs ont tous des robes !

   -   Oui, ce sont des djellabas, précisa maman qui passait près de nous.

   -   Pourquoi ne sont-ils pas habillés comme nous ?

   -   Tout simplement parce qu’ils vivent dans une autre civilisation !

Civilisation ! Voilà un mot que nous ne connaissions pas. Elle promit que, ce soir, tous ensemble, notre curiosité serait satisfaite ! .

La douceur de ce début de printemps nous incita à abandonner nos lectures pour une promenade en forêt en compagnie du chien. Les dégâts dus à la tempête de Noël étaient partout visibles. Branches cassées, arbres couchés, pins étêtés, il faudrait des années pour effacer les cicatrices. Pourtant des bruits de tronçonneuses, de moteurs, des éclats de voix se faisaient entendre et la reconstruction était en marche.

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