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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 15:23

    Une petite fille m’a, un jour, révélé  une histoire surprenante !

Elle s’est approchée et m’a chuchoté à l’oreille :

  •   Tu sais, j’ai rencontré trois arbres qui marchaient.
  •   Impossible lui ai-je répondu avec ma logique d’adulte.
  •   Si, je t’assure et ils m’ont  conté leur aventure.

Je me suis assise, elle est venue tout contre moi et de sa jolie voix chantante a commencé :

Il était une fois trois arbres….

Il y avait un vieux chêne, un jeune châtaignier bavard et un pin maritime haut très haut et très arrogant.

Venus de différentes directions ils se retrouvèrent dans une clairière. L’ancêtre âgé de près d’un millénaire,  quittait le parc de Vincennes, lassé des visiteurs qui sans cesse le photographiaient et lui arrachaient un bout d’écorce. Il faut dire qu’une rumeur le signalait comme étant l’arbre sous lequel Saint Louis rendait la justice, l’arbre de la sagesse. Le châtaignier,  né dans le Périgord,  avait survécu à la dernière tempête. Le hurlement du vent, les craquements sinistres, la vue de ses compagnons jetés à terre le firent frissonner. Le bruit aigu des tronçonneuses, quelques semaines plus tard, le fit fuir  ce lieu maudit. Le pin tirait gloire de n’avoir point succombé aux tornades qui sur la côte, dévastèrent les pinèdes et soulevèrent la colère de l’océan. Il ne dirait jamais que sa situation privilégiée lui assurait la vie sauve. En effet, planté derrière une habitation, il était protégé des bourrasques qui régulièrement venaient de l’ouest. Cette fois, il l’avait échappé belle ! Pour ne plus voir ce désastre il  prit  la route. 

Des jours et des jours de marche, narraient le vieillard  encore alerte, j’en ai vu des forêts !

Oh ! Moi, j’ai dévalé des montagnes, les glissades sur les pentes neigeuses, un vrai régal ! J’avais perdu mes feuilles et me sentais léger et libre. Les flocons tourbillonnaient et se posaient pour me faire une jolie parure !   

Et moi, j’allais sur les routes de France, tout le monde admirait ma ramure. Au milieu de l’hiver vous aviez tous l’air de moribonds ! Le vert de mes aiguilles, l’odeur de résine, faisaient rêver, je suis l’espoir des jours meilleurs !

Ainsi  devisaient-ils  dans la clairière où ils s’étaient rencontrés. C’était le début du printemps, les bourgeons commençaient à poindre sur les rameaux des trois compères.

  •   Voudriez-vous faire un bout de chemin avec moi ? Demanda le châtaignier qui commençait à s’impatienter.  Si nous restons là à bavarder, nous allons prendre racine et n’est-ce pas ce que nous avons refusé ?

L’ancien, en bon patriarche, réfléchit longuement.

      -  Où irons-nous? L’été, la canicule viendront dans quelques mois.

  •  Je n’ai aucunement peur de la chaleur bien au contraire !  Elle me convient et permet à mes pommes de s’ouvrir en libérant les pignons !
  • Moi, dit le chêne, j’aimerai voir la mer !
  • Et moi, j’ai des rêves de paysages lointains ! Aller dans les pays chauds,  voir les palmiers et les oliviers,  offrir mes châtaignes à ceux qui ont faim !
  • Tu es un jeune sot ! S’exclama le pin. Comment traverseras-tu la mer ? Je la connais et sais que ses vagues nous repoussent vers les terres.

La discussion dura des heures et des heures. Le ton s’éleva et il fallu toute la diplomatie du vieillard pour  éviter une séparation. Ils prirent la direction du sud. Quelques oiseaux se posèrent sur leurs branches et firent des plans pour y construire leur nid, mais quand ils revenaient, un brin de mousse dans leur bec, une mauvaise surprise les attendait : les arbres étaient repartis vers d’autres horizons.

Tout en cheminant, ils bavardaient  se racontant des histoires de forêt !  Le pin, orgueilleux comme un pou, voulait chaque fois être le meilleur, le plus fort ! L’ancêtre ne trahissait pas sa réputation d’arbre de la justice et le plus jeune les écoutait en souriant.

Au début de l’été ils stationnèrent sur une place. La ronde des saisons qui jamais ne s’arrête, avait permis au feuillage de chacun de se développer. Désormais chêne et châtaignier arboraient une parure dont la magnificence faisait envie au pin. Celui-ci cependant ne l’avouerait jamais ! Il continuait à pérorer, faisant étalage de sa soi-disant science et de ses connaissances diverses. Ses deux compagnons avaient pris la sage décision de le laisser parler et de profiter de la beauté des paysages. Installés au milieu du square, les voitures venaient se ranger sous leurs branches pour bénéficier de l’ombre rafraîchissante. Les enfants jouaient et leurs cris et jeux mettaient de la gaîté.

Ils décidèrent de faire une longue pause,  de jouir du calme et reposer leur tronc et racines. Cependant  une semaine plus tard ils recommencèrent à sentir des fourmillements dans leurs extrémités.

  •   Non, décidemment je ne suis pas fait pour l’immobilité ! décréta le plus jeune. Qui m’aime me suive ! Je repars en promenade.  

Et tels les trois mousquetaires, unis comme de bons copains et pourtant se chamaillant sans cesse, ils reprirent la route.

Leur marche les entraina vers des rivages marins. Dès qu’il sentit les effluves iodées de la mer, le pin se sentit tout chose ! Il perdit de sa superbe et se remémorant son enfance et sa vie d’avant il se prit à raconter à ses amis de belles histoires. Les écureuils qui volaient de branche en branche, les résiniers qui fendaient son écorce pour récupéraient son sang, lui laissant une cicatrice. C’était il y a bien longtemps, peut-être était-ce ses parents qui avait connu l’outrage, mais peu importe ! Les deux autres étaient sous le charme. Mais lorsque sa vanité  reprenant le dessus, il évoqua les ramasseurs de cèpes, ils rirent de bon cœur ! Que s’imaginait-il donc ? Les bolets poussent aussi dans les chênaies et les châtaigneraies ! Cependant il leur cloua le bec.

  •   Et les bidaous ? Ils élisent domicile sous vos branches ?

Silence, les deux compères ne  connaissait pas ce champignon. Il faut dire qu’on ne le trouve que dans les pinèdes qui bordent l’Atlantique !

Les échanges de souvenirs terminés, il fallait prendre une décision importante :

  •   Allons-nous rester là jusqu’à l’automne ? Le soleil qui déjà darde ses rayons ne brûlera-t-il pas nos futurs fruits ? Et quand l’hiver sera de retour, quand à nouveau se lèveront les tempêtes, comment  résisterons-nous ?
  • Je suis las de cette errance ! Je suis trop vieux pour courir le monde ! Je voulais voir « ailleurs », c’est fait, je me suis éloigné de mon parc, j’ai rencontré des amis, vous, il est temps que je choisisse le lieu de ma retraite !
  • J’ai gambadé, découvert d’autres horizons, je dois me poser quelques années pour permettre à mes châtaignes de trouver un sol adéquat et de germer pour assurer la continuité.
  • Loin de mon océan aux colères terribles, j’ai trouvé une colline d’où je pourrai admirer, de loin, la grande bleue ! 

Et c’est ainsi que les trois amis, élurent domicile sur un plateau des Corbières protégés de la tramontane. Mais de temps en temps, quand l’inaction est trop pesante, ils font une promenade et c’est au cours de l’une d’elle que Sylvie les rencontra.  Ravis de trouver une oreille attentive, ils lui contèrent leur secret.

 

à mon tour je vous le confie ......

 

                                             Nicole

 

         

 

 

 

 

 

 

 

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