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29 novembre 2021 1 29 /11 /novembre /2021 15:38

Bonjour!

Je vous ai abandonnés  dans les Landes girondines, j'espère que vous avez pris plaisir à cheminer sous les pins, à chercher des champignons.

Avez-vous rencontré "les palomayres"? Que penser de ces chasseurs?  Pour ou contre

Une belle journée d’automne s’annonce, chaude, ensoleillée. Une promenade dans les esteys, ces chemins qui permettent l’accès au sous-bois, est tentante, c’est oublier le mal bleu qui sévit depuis quelques jours. Les usines ont fermé leurs portes, les artisans ne répondent plus aux appels et seuls les commerces tenus par des femmes sont ouverts. Dans les écoles, les garçons, les maîtres, scrutent le ciel pendant les récréations. Le dimanche, sur les terrains de sport, il n’est pas rare de voir le gardien de but lever les yeux et se laisser distraire par « un passage ».
Marie et sa fille Justine, nouvelles venues dans cette région, ne comprennent pas l’agitation qui s’est emparée du village.
Déjà, au retour des vacances estivales, Marie avait vu nombre de ses habitants passer la totalité de leur temps libre dans les bois. Curieuse, elle était allée voir. Surprise ! Les hommes construisaient des cabanes.
Marie avait questionné :
-         Que faites-vous ?
-         Nous sommes des « palomayres », on prépare la saison.
Elle les avait laissés à leurs occupations se promettant d’interroger ses nouvelle amies pour obtenir des éclaircissements.
La préparation de la rentrée scolaire de Justine lui avait fait oublier momentanément ces mœurs étranges jusqu’à hier, à la sortie des classes. Justine lui a demandé d’inviter son amie Emma pour une après-midi cueillette de champignons. Emma n’a pas sauté de joie :
-         Maman n’aime pas trop, c’est dangereux !
-         Pourquoi ?
-         Je ne sais pas siffler !
Interloquée, Marie est allée aux renseignements.
-         Quand on s’approche d’une palombière, il faut siffler pour demander l’autorisation de passage si tout est calme, vous entendrez un sifflement en retour et vous pourrez avancer, il serait plus prudent de vous faire accompagner par quelqu’un du coin, lui a expliqué son voisin.
Ce matin, sur la place du marché, elle a, après plusieurs demandes, trouvé celle qui leur servira de guide : Jeanne.
Après le déjeuner, elles ont pris le chemin de la forêt et bavardent gaiement quand une pancarte attire leur regard :

 

ATTENTION
PALOMBIERE
 
 
Marie et Jeanne demandent aux fillettes de se taire. Dissimulée par des « brandes » une porte signale l’entrée du lieu. A mi-voix Jeanne explique :
-         Avant de pénétrer il faut tirer sur le cordon qui se balance près de la poignée et attendre la réponse. C’est la palombière de mon mari, voulez-vous visiter ?
-         Oui, oui crie Justine.
Un appel leur parvient, la voie est libre.
 Une longue promenade, dans des galeries où le soleil perce à travers les fougères qui les recouvrent, les conduit vers une pièce où trois hommes jouent à la belote. Les effluves des herbes sèches et l’odeur de la résine embaument les lieux. Leurs yeux habitués à la pénombre, découvre les éléments essentiels à un séjour de longue durée . Sur la cuisinière en fonte, d’une autre époque, dans une poêle percée, cuisent les châtaignes ramassées le matin même. 
-         Bonjour tout le monde, combien de palombes aujourd’hui ?
-         Zéro, elles sont passées trop haut, on n’a pas pu les faire poser  !
Justine et Emma observent : sur le côté des marches conduisent à un poste de gué : la oueyte. La-haut un homme guette. Elles le rejoignent. Devant lui des commandes reliées à des ficelles qui se prolongent vers les arbres des alentours.
 
-         Alors la Parisienne, demande Jeannot, mari de Jeanne, ça vous intéresse la chasse ?
Marie reste muette, il est bien question de chasse, elle l’avait oublié, prise par son désir de comprendre, d’aimer sa nouvelle région d’adoption, elle n’avait retenu que l’aspect folklorique de l’activité.
-         Et si vous veniez dimanche passer la journée, Jeanne préparera le salmis, d’ici là on aura tué assez de pigeons pour « régaler » tout le monde.
Marie ne sait quoi répondre mais Justine s’écrie :
-         Oh oui, vous invitez Emma c’est ma copine, on pourra tirer les cordelettes ?  
-         Bien sur, avec un peu de chance vous assisterez au travail des appeaux pour poser les rouquets, c’est bientôt la Saint Luc et chez nous c’est le Grand truc, répond Jeannot.
Jeanne explique : le 18 octobre, est réputé pour être le jour de la plus importante migration.
Marie donne son accord et annonce qu’elle apportera la tourtière ce dessert qu’elle a découvert récemment.
-         Je l’achèterai chez Héloïse, on me l’a recommandée !
Les femmes repartent munies de conseils pour découvrir les « touronnières » à cèpes. Les fillettes ont rempli leurs poches de « castagnes » chaudes qu’elles dégustent tout en faisant des bouquets de bruyère. Dans le panier, sur un lit de fougères, Marie et Jeanne déposent leur précieuse récolte : bolets à tête noire et girolles
Marie est préoccupée, elle est depuis toujours opposée à la pratique de ce soi-disant sport qui a pour but la destruction de la vie animale. Elle s’est laissée piéger, est-elle atteinte par le mal bleu elle aussi ?
Il faut qu’elle prévienne Justine qui n’a vu dans l’affût que l’observation des oiseaux et qui ne s’attend pas aux coups de fusil mortels. Jeanne s’inquiète de son silence sur le chemin du retour :
-         Que vous arrive t-il ? Il ne faut pas leur en vouloir, ils vous appellent la Parisienne mais ils vous ont adoptée, la preuve ils vous acceptent dans leur antre !
-          Ce n’est pas ça, je n’aime pas qu’on tue pour le plaisir.
-         Vous êtes végétarienne !
-         Non…
-         Je ne comprends pas, vous faites l’autruche, vous ne voulez pas savoir d’où vient ce que vous avez dans votre assiette ?
-         Peut-être, mais…
-         Té ! Regardez ces piocs (dindes et dindons) dans la cour de la ferme, ils feront un bon rôti pour Noël !
-         Maman, on pourrait élever des poussins ?
Jeanne éclate de rire :
-         Vous n’êtes pas sortie de l’auberge, vous allez regretter votre installation à la campagne !
-         Le mal bleu, c’est quoi ?
-         C’est la fièvre qui s’empare des hommes quand apparaît le premier vol ! Ils prennent leurs vacances en octobre et rien ne se fait pendant cette période, enfin rien ne se faisait parce qu’avec le progrès, les jeunes s’en vont et oublient les traditions !
-          Pourquoi bleu ?
-         La couleur du plumage des ramiers! Allez, attendez dimanche pour vous faire une opinion, nous ne sommes pas des assassins !
 Les derniers rayons du soleil embrasent la pinède, bientôt la brume envahira les sous bois, il est temps de rentrer à la maison et de préparer l’omelette aux champignons.
 
Et vous qu'en pensez-vous?
 
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