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Mercredi 4 avril 2007 3 04 /04 /Avr /2007 17:34

 

 
Ce nom seul suffit à faire naître des images, des rêves ! TARFAYA , Cap Juby, autrement nommé le cap des sables.
Des bourdonnements de moteur emplissent nos oreilles, «  la ligne » serait-elle à nouveau utilisée ?
Comme chaque année un rallye fait revivre l'épopée de ces aventuriers de l'aéropostale. Les avions ont évolué mais ils empruntent la même voie et feront escale ici. Comme d'autres avant eux ils bivouaqueront sur l'aérodrome. Sur le sable, bercés par les grondements des flots océaniques, ils prendront quelques heures de repos avant de rejoindre Dakar.
L'arrivée par la route nécessite une décision mûrement réfléchi : 600 kilomètres au sud d'Agadir par la future transsaharienne qui de Tanger à Dakar pénètre le continent africain. Une avancée vers le désert, traversée de l'Atlas et plongée dans les grandes plaines caillouteuses d'où la vie végétale semble peu à peu disparaître. Quelques villes et villages jalonnent le parcours mais s'éloignent de plus en plus les uns des autres. TanTan, Akhefenir 100 kilomètres, avec de ci de là des douars, des stations services. Akhefenir, Tarfaya 100 kilomètres de paysages sauvages sur des falaises qui surplombent le rivage où les vagues déferlent sans cesse. Paradis des pêcheurs, les fonds sont généreux, on peut les apercevoir, canne à la main tentant leur chance, sujets au vertige s'abstenir ! Des cabanes leur servent d'habitation, le ravitaillement est assuré par le mareyeur.
Arrachée par les alizés, la poussière traverse la route et façonne les dunes qui peu à peu envahissent le paysage sans se soucier des voies d'accès ! 
L'aridité des lieux, en fait un néant de cailloux, c'est à peine si dans les interstices des rochers croissent des herbes jaunes. La route, que dis-je la piste qui fut un jour goudronnée, s'écarte pour se diriger vers le centre. Remplie de nids de poule, cassée, envahie de gravillons, elle nous conduit jusqu'aux premières maisons. Surprise, c'est ici une capitale de province. La rue principale bordée de boutiques, à peine entr'ouvertes pour se protéger des rafales qui sans accalmie soufflent et soulèvent des tourbillons de sable, nous conduit vers le port. Signes visibles de sa position administrative, la poste et autres bâtiments officiels, ravalés ou nouvellement construits, ils n'ont pas encore subis les attaques irrémédiables de l'ennemi. 
Les visages masqués par des chèches, les habitants se déplacent et s'engouffrent dans la pénombre de leurs habitations. Quelques rares téméraires assis à la terrasse d'un café sirotent leur thé à la menthe le regard perdu dans le vague. Ils palabrent et vous ignorent, vous ne faîtes pas partie de leur quotidien.
Des chèvres broutent les détritus abandonnés sur les bas-côtés. Des effluves malodorantes chatouillent les narines.
Electrifiée et raccordée au réseau de distribution d'eau depuis peu, nous sommes ici dans un autre monde, dans une autre époque. Des visages indifférents, quelquefois hostiles regardent les touristes qui ont osé s'aventurer dans leur cité
Que faire ici ? Rêver au Petit Prince, déplorer l'abandon, le dénuement des lieux et partir vers le sud vers des horizons plus hospitaliers ?
Par Nicole Coste - Publié dans : Maroc:rencontres et découvertes
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Mercredi 4 avril 2007 3 04 /04 /Avr /2007 17:24
Une idée           
Cette nuit
M’a surprise.
Dans ma tête,                                                                                           
Elle a trotté                                                                                           
Et ne m’a plus quittée             
Idée noire                        .
Ou idée courte ?                                                                                      
Peut-être même                        
Idée fixe !        
C’était sûrement         
Une grande idée                 
Je l’ai tournée  
Et retournée    
Bien m’en a pris                 
Idée en tête       
Idée reçue
Je l’ai gardée
Et regardée
D’autres idées
Sont arrivées ……
 
 
Par Nicole Coste - Publié dans : poésies
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Mardi 3 avril 2007 2 03 /04 /Avr /2007 13:16
 
 
 
 
 
                                                                
Gribouille et Gribouillis,
Ont bien de la chance :
Tous les soirs, avant de s’endormir,
Maman vient leur raconter une histoire.
Elle prend son panier à histoires,
 sa baguette magique et hop !
elle remue les mots dans son panier,
 tire le fil d’une histoire.
 Les yeux fermés, Gribouille et Gribouillis écoutent ….
L’histoire terminée, ils partent,
 tous les deux pour le pays des rêves !
 
Ils voudraient bien, eux aussi, inventer des histoires,
 pour charmer leurs copains.
 Mais, quand ils essaient de mélanger
des mots dans le panier,
 c’est la vraie pagaille !
 On entend des hurlements :
- où est le masculin ?
- et le s du pluriel ?
 comment voulez-vous que nous parlions,
-          il manque le verbe !
Aucune histoire ne sort de cette bagarre !
Ils vont trouver Maman et lui demandent
la recette pour écrire un conte.
 
Oh ! dit Maman, c’est une très longue histoire !
Tout d’abord,
il faut aller cueillir les mots dans le jardin des idées,
bien les choisir,
 prendre des mots qui s’entendent,
plusieurs de chaque espèce,
ne pas oublier les verbes,
ni les adjectifs pour le plaisir,
ajouter quelques pronoms, éviter les répétitions,
 les poser délicatement au fond du panier,
 attendre qu’ils fassent connaissance.
Quand les ingrédients auront mijoté,
 mettre les majuscules,
vérifier si les s du pluriel sont là,
 s’ils n’ont pas pris la place des x,
 refaire quelques accords,
écouter la musique des mots.
 Quand tout semblera harmonieux,
vous prendrez votre baguette, un stylo fera l’affaire,
 vous remuerez doucement,
vous appellerez le premier mot, les autres suivront.
Votre histoire sera réussie,
 si elle s’écoule comme un ruban, sans nœud, sans accroc.
Alors, vous pourrez la raconter à vos amis.
 
Comment saurons-nous s’ils apprécient ?
Comme vous,
ils s’envoleront au pays des rêves !
 
BONNE NUIT LES PETITS
 
Par Nicole Coste - Publié dans : Histoires pour les petits
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Lundi 2 avril 2007 1 02 /04 /Avr /2007 10:45

C’étaient deux petites babouches,

des babouches pour deux jolis petits pieds….
Des babouches,
mais des babouches de Tafraoute, la capitale des babouches.
Tafraoute, ville du sud Maroc, dans la montagne,
au milieu des rochers tout roses
au soleil couchant.
Tafraoute, au milieu des amandiers…
 
Là, vivait Ahmed…
Ahmed a toujours vécu à Tafraoute,
son père aussi, son grand-père déjà, et peut-être même son arrière grand-père,
et son arrière- arrière grand-père aussi….
Son père fabriquait des babouches,
son grand père fabriquait des babouches,
son arrière grand-père fabriquait des babouches
et même son arrière- arrière grand-père …..
Sur , que son fils Mohamed, fabriquera lui aussi des babouches,
les plus belles babouches du Maroc….
Grâce à la vente des babouches, des plus belles babouches du Maroc,
jamais leur estomac ne sera Tafraoute,
ce qui veut dire que jamais ils n’auront faim…
 
Ahmed avait donc fabriqué deux jolies babouches,
des babouches noires avec des galons dorés !
Il avait travaillé, travaillé,
Mohamed son fils était venu l’aider .
Il avait placé les galons dorés qui ornent les deux petites chaussures…
Maintenant, il allait les poser sur l’étagère
à côté des autres babouches….
Ce qu’il ne savait pas, Ahmed,
c’est que ces deux là n’étaient pas des babouches ordinaires !
 
D’abord, elles parlaient !
oui, oui, elles parlaient !
Il y avait babouche droite et babouche gauche…
regarde, dit babouche droite : je penche vers toi !
regarde, dit babouche gauche je penche aussi vers toi !
promets-moi, dit babouche droite ,
 de ne jamais me quitter.
Comment pourrai-je te quitter ?
as-tu déjà vu quelqu’un acheter une seule babouche ?
Bien sur, mais promets de toujours me suivre !
Toujours te suivre ? je ne peux pas !
une fois tu seras devant, l’autre pas, tu seras derrière !
J’aurai bien aimé, moi,
 être toujours devant !
Bof ! derrière, devant, quelle importance ! dit babouche gauche.
Essayons ! veux-tu ?
 devant, tu suis, devant, tu suis !
Pas très pratique pour marcher sur les chemins caillouteux !
 
Avancer sur les chemins !
s’exclama babouche droite,
 mais nous ne sommes pas des babouches ordinaires !
 je n’irai pas sur les chemins !
 les cailloux feraient mal à mes semelles !
nous aurions des trous à cause des rochers pointus !
Ah ! bon, dit babouche gauche qui était toujours d’accord !
et, qu’allons nous faire ?
 
Petite babouche se mit à rêver….
J’aimerai, j’aimerai….
chausser des pieds de danseuse, des pieds agiles,
qui danseraient, tourneraient, dans un jardin plein de fleurs !
Sens ! je sens déjà les fleurs d’oranger, les hibiscus,
 il fait frais sous les feuillages !
 Au dessus de nous, les étoiles, le beau ciel étoilé du désert !
Du désert, dit babouche gauche,
 mais il va faire chaud, le sable va pénétrer partout !
Réfléchis un peu, dit babouche droite,
 nous sommes dans le désert,
 dans une oasis,
c’est la fête, tiens un mariage !
 Nous sommes les babouches de la mariée, vois comme elle est belle !
Ah ! la belle vie de babouche !
 
Réveille-toi, dit babouche gauche, voilà du monde ,
 écoutons !
Je voudrais des babouches, pour le mariage de ma fille que voilà,
 dit un monsieur.
Poussez-vous, les babouches, ces clients sont pour nous !
On vit les babouches se tortiller,
se placer en avant, se tourner pour se faire admirer,
tant et si bien qu’on ne vit plus qu’elles !
Celles-là, s’il vous plait !
Ahmed prit les babouches,
les enveloppa dans un joli papier,
fit un beau paquet
et le remit à la jeune fille.
Elle le remercia d’un beau sourire
et les serra contre son cœur.
 
Les petites babouches entendirent toc-toc
et déjà dans la boîte, un pas à droite, un pas à gauche….
Elles se mirent à danser !!
Qu’elle était belle Naïma !
jamais, jamais mariée ne fut plus belle !
Dès qu’elle chaussa ses babouches,
elle se sentit légère, légère, comme un oiseau !
elle se mit à danser, voler, tourner !!
Ce n’étaient pas des babouches ordinaires !
c’étaient des babouches de Tafraoute
la capitale des babouches !
 
Quand la fête fut terminée,
Naïma, rangea les babouches,
mais quand il lui prend un peu de cafard,
quand les rochers de Tafraoute deviennent tout roses, le soir, …
Naïma chausse ses babouches,
elle se met à danser, à tourner, à voler….
Car ce ne sont pas des babouches ordinaires
ce sont des babouches de Tafraoute, ……………
la capitale des babouches !!!
 
 
 
 
Par Nicole Coste - Publié dans : nicole-raconte
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Mercredi 28 mars 2007 3 28 /03 /Mars /2007 16:59

 

L’arganier est un arbre qui pousse dans le sud marocain. Il produit des fruits semblables à des olives dont on broie les noyaux pour en extraire une huile très parfumée. Depuis quelques années pour éviter sa disparition, il est protégé.   
 
Seul, au milieu d’un champ caillouteux, on apercevait de loin sa silhouette torturée. Perdu dans le grand désert, au milieu d’un champ caillouteux, isolé de ses congénères, un arganier se lamentait.
Comment avait-il atterri ici, quel oiseau avait transporté la graine qui lui avait donné naissance ?
 
Que n’avait-il germé dans un bosquet, entouré d’autres arbres pour palabrer et occuper ses journées ?
La solitude était son lot de tous les jours. Il subissait sans broncher le vent chaud qui dessèche tout sur de son passage.   Parfois, il apercevait au loin quelques dromadaires qui broutaient des buissons épineux avant de se lancer dans la périlleuse traversée de l’immensité sableuse. Trop éloigné d’une piste, personne ne venait s’assoupir à son pied et profiter de son ombre.
Un jour pourtant, sa vie changea.
Dans un vacarme assourdissant, de gros tracteurs vinrent stopper près de lui : une route allait le tirer de son isolement !
Auparavant l’installation du chantier occupa de nombreuses heures.
Les ouvriers déblayèrent le terrain puis dressèrent les tentes qui leur serviraient de lieux de vie, les ingénieurs supervisèrent la mise en place des bungalows.
. Ses branches furent accrochées par des maladroits lors des manœuvres des engins, mais l’animation régnait, il se sentait vivre.
Il eut bien quelques inquiétudes, quand au crépuscule, certains coupèrent des branchages pour faire du feu !
-          Bah ! Tout cela repousserait au prochain printemps !
 L’eau qui s’infiltrait près de ses racines provoqua chez lui un gros soupir de satisfaction. Elle étancha la soif qui le tenaillait depuis de longs mois. Ses aiguilles reverdirent et ses fruits gonflèrent.
La civilisation avait du bon, pensait-il.
Les travaux promettant d’être longs, chacun essaya d’organiser au mieux la vie domestique.
Un troupeau de chèvres fournirait le lait du petit déjeuner ! Agiles, elles grimpaient jusqu’au sommet de l’arbre, se jouant des règles de l’équilibre et n’ayant aucun souci de vertige.
La vie était belle pour notre ancien solitaire mais ce bonheur ne devait pas durer. Quelques mois s’écoulèrent et le printemps qui s’accompagnait d’une végétation nouvelle apporta des inquiétudes à notre arbuste.
Ses jeunes pousses servaient de mets de choix aux caprins et les vieilles branches alimentaient le feu qui égayaient les soirées et sur lequel cuisaient les repas. Il y avait bien le chuintement de la bouilloire qui accompagnait la préparation du thé et qui chantait joliment à ses oreilles mais les étincelles qui jaillissaient du foyer était une menace permanente.
 Quand à sa descendance, sur laquelle il comptait pour la compagnie dans les temps futurs, la récolte des fruits était faite de façon méticuleuse pour extraire l’huile des noyaux ! Aucun espoir de voir pousser un seul de ses rejetons!
Avec le temps, on le négligeait, les arrosages s’égaraient dans la nature et ne parvenaient pas à son pied.
Le troupeau vorace raclait la moindre pousse de verdure qui naissait sur le sol.
Il devint ronchon et ne cessait de geindre !
Un dromadaire, curieux, s’était approché :
-          Qu’as-tu donc à te plaindre ? Tu voulais voir du monde, n’as-tu pas ce que tu souhaitais ?
-          J’ai bien piètre allure, je suis tout rabougri! Les flammes ont léché mon tronc, et leurs brûlures sont plus douloureuses que les rayons du soleil ! Les chèvres se nourrissent à mes dépens et me font plus de dégâts qu’un vol de sauterelles ! Que vais-je devenir ? Mes jours sont comptés !
Mâchouillant quelques épineux, l’animal bossu le regarda, moqueur.
-          C’est la rançon du progrès ! Bientôt sur la route les véhicules vrombiront et lâcheront leurs gaz d’échappement ! Tes épines deviendront toutes grises. Cet endroit sera parfait pour un arrêt et les ordures s’étaleront à tes pieds !
-          Oiseau de mauvaise augure ! S’écria l’arganier. Rejoins tes étendues de sable, tu es jaloux de voir les engins motorisés remplacer les caravanes !
Le camélidé se détourna et grommela :
-          On verra bien ! On verra bien !
Cabanes, abris, furent enlevés : il ne resta que des tas de gravats et une plate-forme goudronnée.
Les véhicules empruntaient le long ruban asphalté qui les conduisait vers le sud. Souvent, certains s’arrêtaient et faisaient halte sur le terre-plein. Il bénéficiait ainsi de l’eau salvatrice qui lui permit de se régénérer.
Un jour, le miracle se produisit !
 
Lui, qui n’attendait plus rien de la vie, assista à la construction d’une station-service !
Il fallait bien ravitailler toutes ces automobiles !
 Après les inévitables ennuis dus aux problèmes de chantiers, il fut entouré, choyé. On nettoya son aire, on planta des fleurs à ses pieds, jamais de sa vie on ne s’était autant intéressé à lui.
L’endroit fut baptisé : « Station de l’arganier ».
Sa tête gonfla, il se redressa, étira ses branches d’aise.
Son « ami » le dromadaire, de retour d’un grand voyage dans les dunes, le retrouva, très satisfait de son sort.
-          N’avais-je pas raison ? Lui dit-il d’un air supérieur. Le progrès ne m’a-t-il pas apporté de bonnes choses ?
-          Regarde, je me sens rajeuni, la sève coule dans mes branchages, mes épines ont retrouvé leur belle couleur !
Un peu agacé par ce prétentieux qui avait si vite oublié ses mésaventures, l’animal, conscient de sa supériorité dans ce coin du monde, ne daigna pas répondre. Il se détourna et se remit à mâchouiller ses buissons préférés.
 
La vie s’écoula, apportant à chacun son lot de bonheurs et de malheurs !
 
 
 

  

Par Nicole Coste - Publié dans : nicole-raconte
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Dimanche 25 mars 2007 7 25 /03 /Mars /2007 14:43
         
 
 L’été vit ses derniers jours, déjà les brouillards matinaux annoncent la saison suivante.
Les arbres se parent des couleurs automnales. Dans les forêts, l’humus fermente, on dit ici que la terre fleurit et que les champignons vont pousser !
Odeur de rentrée des classes, odeur de vendanges, c’est le moment de rentrer les récoltes, de se préparer pour l’hiver.
           Les hirondelles se rassemblent sur les fils électriques et préparent leur migration.           Attendues par les chasseurs dans les cols pyrénéens, les palombes fuient vers des contrées plus chaudes. Des envies d’ailleurs s’emparent de nous. Bientôt le grand départ !
Nous ne serons pas seuls, chaque année à la même époque, nombreux sont les européens du nord qui fuient vers des cieux plus cléments !
Où vont-ils ?
Comme les oiseaux migrateurs, ils choisissent leur destination en fonction de leur pays d’origine.
Certains feront halte en Andalousie, mais la plupart d’entre eux changeront de continent.
Que cherchent-ils ?
Un exotisme gorgé de soleil mais aussi des rencontres, et pour certains la possibilité de réaliser leur passion. C’est notre cas, attirés comme les papillons, par une lumière lointaine, nous irons cap au sud !
 
Traversée de l’Espagne, franchissement du détroit, le rocher de Gibraltar se dresse pour surveiller cette transhumance qui à chaque saison froide se renouvelle.
Se souvient-il d’autres passages ?
Phéniciens, Carthaginois n’ont laissé que peu de traces de leurs incursions tandis que les Maures et les Arabes ont établi leur suprématie sur le sud du pays « El Andalous ». Ce fut l’ère de l’expansion islamique, l’Afrique du nord était alors un espace de culture et de religion opposé à celui de l’Europe.
Plus tard les puissances coloniales attirées par des richesses supposées ou réelles entreprirent à leur tour une marche conquérante.
Beaucoup plus pacifiques sont les dauphins qui nous accompagnent.
A bâbord, à tribord, de nombreux navires coupent notre trajectoire, et déjà les rives de l’Afrique se profilent à l’horizon. La baie de Tanger apparaît, le Maroc nous accueille.
Les formalités douanières nous mettent dans l’ambiance : quelques palabres, attente au guichet, nous entrons dans la ville !
Premier choc des cultures : foule bariolée, bruyante,  charrettes tirées par les ânes ignorant les règles élémentaires du code de la route.
 Par la fenêtre ouverte, des effluves nous parviennent. La terrasse d’un café est une invite à un arrêt : notre premier thé à la menthe !
Nous ne nous laisserons pas prendre au charme un peu trouble de cette ville, notre but est ailleurs !
Paysages méditerranéens, figuiers de barbarie, forêt d’eucalyptus, une autre civilisation !
Des villages en pisé, dominés par un minaret s’égrènent tout au long du chemin. Dans les champs cultivés, on récolte les légumes qui seront vendus au souk, le lendemain.
Des cigognes nous ont devancées. Elles cherchent dans les flaques d’eau, vestiges de la dernière pluie, un peu de nourriture.
Là, des vergers d’orangers et de citronniers font oublier, pour un instant, la sécheresse, fléau du pays.
 
Agadir est derrière nous…
Le vent  apporte un léger parfum de sable mêlé aux embruns de la mer, tout juste de quoi nous maintenir dans la légère euphorie qui accompagne notre périple.
On longe la côte pendant plusieurs kilomètres avant de pénétrer dans l’intérieur des terres, ici le climat est adouci par la proximité de l’eau.
Un voile de poussière mouvante traverse la chaussée, le vent d’est va-t-il venir troubler et retarder notre voyage ?
De tous temps, deux dangers ont guetté les intrépides qui s’aventuraient sur les pistes du sud, le vent et la chaleur qui crée les mirages.
Vent de sable, chergui ici, sirocco ailleurs, c’est toujours lui qui est le plus redouté car il peut, rapidement, se transformer en tempête, mais aujourd’hui, le ciel bleu augure d’une belle journée.
De chaque côté de la voie, ce n’est pas encore l’immensité aride du Sahara, ce paysage chaotique où toute vie végétale semble exclue.
Dans les champs de pierres et de cailloux, des troupeaux de chèvres sont à la recherche de la touffe d’herbe, de l’arganier, olivier du désert, qui comblera leur appétit. Nullement incommodées par les épines de l’arbre, elles grimpent dans les branches, et jouent les équilibristes pour la plus grande joie des touristes. Il n’est pas rare d’en voir une dizaine accrochée aux branches du même arbre ! Arrêt photo pour ceux qui viennent ici pour la première fois !
Les enfants, au regard luisant de malice, les surveillent et  font de grands gestes, une halte et ils se précipitent :
   -   Un dirham pour la photo !
Très vite, une grappe de bambins surgit près du véhicule. Comme un essaim d’abeilles, ils tournent autour de nous, tendant leurs mains, quémandant une babiole.
Clic, clac, distribution de bonbons, puis, gentiment mais fermement, il faut les éloigner et reprendre la route. C’est pour eux un évènement dans leur journée, ils attendront le prochain passage d’étrangers en jouant dans la poussière.
Sur le bas côté, profitant de l’ombre d’un eucalyptus, un bourricot, une charrette, et un homme couché à même le sol.
Rien ne presse,  après un somme, il empruntera la piste qui s’enfonce là-bas entre les rochers pour rejoindre un douar niché dans la montagne.
Combien de kilomètres le séparent de son village ?
Dix, quinze, peut-être vingt !
Rien n’est plus étranger à un arabe que le besoin incessant d’action.
Ils ne connaissent pas le prix du temps et ne peuvent  comprendre notre impatience !
 
 Les paysages superbes, dunes de sable, montagnes de l’Atlas, défilent de chaque côté.
 
A l’approche d’une ville, règne une vive animation.
Nos provisions se font rares, curieux, nous partons à l’aventure.
Voilà les boutiques ! Le marchand de fruits et légumes côtoie le boucher, le barbier, le soudeur à l’arc, le laitier et même le dentiste.
Le marchand d’épices se signale par un étalage du plus bel effet, c’est un régal pour les yeux et pour le nez ! Cette fois nous sommes vraiment ailleurs !
 
   -   Bonjour ça va ? Français ?
   -   Tu connais le Maroc ?
Chacun essaie de nous satisfaire, n’hésitant pas à aller dans l’échoppe voisine chercher l’article qu’il ne possède pas.
   -   Tu veux du lait frais ? Regarde celui là sort du réfrigérateur il est froid !
Les paniers bien garnis, nous regagnons la rue.
Toute la vie réunie en un même lieu. Au milieu de la cohue, des appels, des cris, des rires, étrangers, nous le sommes, conscients de notre différence, curieux mais discrets.
Des femmes, enroulées dans leur voile qui ne laisse apparaître que leurs yeux, ont placé sur leur tête, le plateau chargé du pain qu’elles vont déposer chez le boulanger pour la cuisson. Tôt ce matin elles ont pétri, malaxé et travaillé la pâte avant de former les boules qui seront cuites dans le four de l’artisan.
Des hommes palabrent autour d’une tasse de thé, des enfants quittent l’école, laissant la place à d’autres qui prendront le relais.
Certains ne résistent pas à l’envie de nous aborder :
-            T’as pas un stylo ?
-            T’as pas un bonbon ?
 
Malgré le désir de leur faire plaisir, nous rejoignons notre véhicule. Les plus courageux nous aident à porter nos paquets, veulent nous indiquer les curiosités, nous accompagner, cela mérite quelques friandises.
Plus loin, toujours plus loin, nous continuons !
 
Le soleil est au zénith, depuis quelques heures, par la fenêtre ouverte, des bouffées d’air chaud nous caressent le visage, avant goût de la fournaise de l’intérieur.
Insensiblement, nous nous rapprochons à nouveau de la côte, l’air marin trouble le ciel, la brume s’élève à l’horizon.
Nous roulons maintenant sur un plateau qui surplombe l’océan.
Tel un trottoir interminable, le Sahara, de cailloux, de sable jaune, longe la mer.
Depuis des millénaires, la terre et les coquilles des animaux marins se sont agglomérées et les falaises ont résisté aux assauts des flots qui inlassablement viennent se fracasser contre elles.
Les alizés, sans répit, usent, sculptent et créent des paysages d’une sauvage beauté.
Nous laissons derrière nous TanTan, port sardinier, dernier havre avant les ports du grand sud.
Devant nous  des grandes étendues de rocaille et ça et là quelques touffes de tahlas à moitié desséchés. Les dromadaires se régalent de ces épineux qu’ils arrachent et mâchent avec volupté. Quelques uns errent, insensibles au trafic qui les a remplacés. L’ère des caravanes est terminée, c’est le règne du quatre-quatre et des camions.
Le pays des hommes bleus, l’immensité mythique qui traverse l’Afrique, s’étend devant nous. Nous resterons, face à une autre immensité : l’Atlantique.
Notre but est proche….
Un pont sur un oued : bien qu’asséché dans la plus grande partie de son cours, près de l’océan, il s’étale dans une zone  marécageuse et un peu de verdure pousse sur ses rives. Les flamants roses fouillent la vase, les oiseaux font une pause avant de rejoindre l’hivernage du banc d’Arguin.
Des goélands, face au vent, sont en grand conciliabule.
En amont, des lauriers roses puisent dans le sol un peu d’humidité pour survivre.
Le grondement des vagues s’engouffre dans cette trouée et soudain au détour d’un virage, sur une plate-forme, un village de campeurs.
Les nomades se rassemblent autour d’un point d’eau, mais ici pas de puits, pas de pâturage.
Ont-ils tous étaient attirés par un mirage, le deuxième danger ?
Comme aimantés par le lieu, nous empruntons la piste, signalée par un petit tas de pierres. Taillée entre les rochers, elle nous conduit vers ces « aventuriers ».
Venus de différents coins de France et même d’Europe, ils sont là pour la même raison.
Pour elle, ils ont accepté une vie rude dans un milieu hostile et, pour trois ou quatre mois ont troqué le confort contre une vue inoubliable et l’exercice de leur passion.
 
Le désert n’offre aucune richesse tangible, aucun trésor à découvrir, rien à y voir, rien à entendre, il faut être animé de sollicitations invisibles pour venir vivre dans ces lieux inhospitaliers.
De camping en camping, ils ont entendu l’appel : « il faut aller au sud tenter sa chance ! »
 
Le véhicule à peine stoppé, les politesses échangées, un sentier de chèvre part en direction de l’eau, nous l’empruntons.
Le voilà, ce fameux balcon au dessus de l’océan, celui pour lequel on a roulé 3000 kilomètres !
Eau, électricité, pains frais, inconnus !
Il faudra s’adapter, mais le premier bar moucheté que l’on remontera, quel plaisir !
Quelle récompense !
Une courbine de cinq, dix kilos, peut-être plus ! On peut toujours rêver !
La pêche, l’espoir de la grosse prise, voilà le motif de la transhumance !
Les narines frémissent : « Ca sent la sardine ! C’est ici l’appât de prédilection et son odeur s’infiltre partout !
Avant de faire halte et de s’asseoir sur un rocher, il faut faire le ménage. Les mouettes attendent le départ du pêcheur pour inspecter les lieux, mais déçus par cette nourriture salée, elles l’abandonnent à une lente décomposition.
A nos pieds, la mer ! Se peut-il que dans ces eaux profondes, se cache la réalisation de nos espérances ?
 Une sensation de paix nous envahit, demain, c’est sur,  une autre vie va commencer…..
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Par Nicole Coste - Publié dans : Maroc:récits de voyage
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Vendredi 23 mars 2007 5 23 /03 /Mars /2007 13:12

  

 La

rivière serpente dans la campagne, venue du haut pays, celui de « Jacquou le croquant », elle a longtemps servi de trait d’union entre les bûcherons de la montagne, les vignerons de la plaine et les marins de l’océan. Mêlant tout au long de son parcours le parfum des truffes et l’odeur sucrée des vendanges, elle a vu l’homme de Cro-Magnon, assisté à la guerre de cent ans, connu les maquis. Gardienne des confidences, témoin de vies, elle coule depuis la nuit des temps. Les gabarriers ne remontent plus jusqu’à l’estuaire, finis les rêves lointains. 

Lui, dans sa barque, se laisse dériver au fil de l’eau. Depuis toujours l’homme connaît le fleuve. Les galets ont enchanté son enfance, les promenades en canoë ont rythmé son adolescence et si sa vie adulte l’en a éloigné, chaque été le ramenait sur ses berges. Le voilà à la retraite, en ouvrant ses fenêtres le matin, de retour au pays, il contemple le cours d’eau, salue le héron qui a élu domicile sur l’autre rive.

 

Elle est née à quelques kilomètres de là, sur les coteaux. Fille d’agriculteurs, elle s’est mariée avec un propriétaire de la vallée. L’eau c’est la vie, quand la terre craquelle avec les chaleurs de l’été, la Dordogne permet l’arrosage salvateur. Toute sa vie elle en a surveillé le débit, s’angoissant quand une inondation menaçait, s’inquiétant quand les rives s’asséchaient. Encore aujourd’hui, la vieille femme observe, épie les changements.

 

Eux, ils la découvrent. Sur les traces de leurs ancêtres, ils viennent visiter la région qui fut terre anglaise il y a quelques siècles. Comme beaucoup de leurs compatriotes, attirés par la douceur du climat, le souvenir des conquêtes passées oublié, ils sont deux gamins insouciants, désireux d’occuper au mieux un jour de vacances.

 

Elle, lui, ils maugréaient quand ils entendent cette langue qu’ils ne comprennent pas.

 

Ce matin, il est monté dans son véhicule et a rejoint son bateau amarré au port sur l’autre rive, pour une partie de pêche. Son grand chapeau sur le crâne pour se protéger du soleil, les cannes et les appâts embarqués pour occuper une matinée tranquille sur l’eau.

Eux, ils ont programmé une partie de kayak. A la base nautique, ils en ont loué deux et ont bien l’intention de s’amuser sans limite. Equipés de gilets de sauvetages, bons nageurs, ils n’ont pas peur de l’eau et se sont fait déposer en amont.

La mise à l’eau se fait sans encombre et ils entament aussitôt une course poursuite.

Ils ne sont pas seuls, d’autres embarcations se laissent dériver dans le courant. Leurs compagnons veulent profiter d’une journée bucolique. Cris joyeux, saluts se font entendre. Ils se lancent un premier défi : atteindre les cygnes qu‘on aperçoit un peu plus loin dans l’herbe. Pagaie à droite, pagaie à gauche, maintenir le cap, droit au but !

Des gerbes d’eau éclaboussent les concurrents qui n’en ont rien à faire. Ils se doublent et se redoublent, le match est serré. Ils foncent sur les volatiles. Les femelles entourent leurs petits, un male écarte les ailes et se dresse menaçant vers les imprudents.

Un peu effrayés malgré leurs rires fanfarons, les jeunes s’éloignent. Une barque va devenir leur prochaine cible.

Le pêcheur appâte, lance son fil et les yeux fixés sur son bouchon, attend la touche.

Il entend les cris mais les canoës passent de l’autre côté et sans méfiance il poursuit sa rêverie. Voici que déboulent sur lui, les deux garçons, bien déterminés à gagner l’épreuve ! La partie de pêche est compromise, inutile d’espérer une friture d’ablettes, il relève son fil avant que les chenapans ne cassent le matériel.

   -   Vous ne pouvez pas passer au large !

   -   Hello sir ! Where are fishes ? Poisson?

L’homme, grognon, n’a guère envie de commencer une conversation. Il range son matériel et rejoint son véhicule

 

Sur le parapet surplombant la rivière, accoudée à la balustrade, la grand mère a suivi la scène. Ces jeunes ne respectent rien et se croient tout permis ! A petits pas, elle poursuit sa promenade, en compagnie de son chien, qui trottine à côté d’elle.

Les deux garçons ont ramené les kayaks, enfourché leurs vélos et pris le chemin du retour.

 

Les bas côtés sont étroits, elle marche tenant fermement la laisse du caniche qui folâtre dans les hautes herbes. Crissement de pneus, dérapages incontrôlés, contrôlés, les cyclistes font un arrêt brusque derrière elle. Si brusque que l’un d’eux a chuté !

   -   Vous avez failli écraser mon chien ! Mais…vous vous êtes fait mal ?

Attention ! Une voiture ! Rangez-vous !

L’automobiliste s’arrête, craignant un accident. Ils se retrouvent tous sur le parking. Les jeunes extraient de leurs poches des biscuits et apprivoisent l’animal et sa maîtresse.

Plus bas, la rivière coule, indifférente…

 

Demain, ils se reconnaîtront, se salueront…

Hello ! Hello ! Une caresse au chien, un mot gentil à la vieille dame…

Appuyée à la main courante, elle saluera le pêcheur qui reprendra sa promenade interrompue !

  

 

 

 

Par Nicole Coste - Publié dans : nicole-raconte
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Mercredi 21 mars 2007 3 21 /03 /Mars /2007 16:25
 
    
    Long ruban d'asphalte qui traverse l'Afrique du nord au sud : Tanger- Le Cap, la  transsaharienne qui autrefois partait d'Alger et traversait le grand désert, s'est, pour des
raisons sécuritaires, déplacée vers l'Ouest.
        
Le Maroc est le premier pays traversé. Plus accessible à tous par le détroit de Gibraltar franchi en une heure, il accueille les touristes avec son hospitalité légendaire. Il y a une quarantaine d'années, les visiteurs ne s'aventuraient guère après Goulimine. Porte du désert, ancien marché caravanier, la cité fournissait suffisamment d'exotisme : ville des hommes bleus, marché aux dromadaires, premières dunes. Au-delà, l'ancien Sahara espagnol, en rébellion contre le gouvernement du pays, n'était pratiquement pas accessible : le souvenir des razzias contre les avions de l'aéropostale : encore présent, et les mines du polisario : une réalité.
Au début des années 70, Ifni, redevient marocaine et la présence espagnole n'est plus qu'un souvenir ! Puis il y eut « la marche verte », les tentatives de conciliation et la construction d'une route pour intégrer les nouveaux territoires. Tantan fut pendant quelques temps l'ultime étape. Les nombreux contrôles de police, les débris de véhicules brûlés, suffisaient à décourager les intrépides qui désiraient poursuivre..
Pourtant une richesse attirait les vacanciers : la pêche.
 
On murmurait que depuis ces falaises qui, des kilomètres durant font un trottoir à l'Atlantique, on remontait d'énormes bêtes des profondeurs de l'océan. Il fallait y aller voir, tenter sa chance et à son tour arracher une belle proie aux flots tumultueux.
 
 
Le manque d'approvisionnement en eau potable, distribuée par citernes et utilisée chichement, limitaient les téméraires. Mais, à leur retour, leurs récits, les photos de leurs prises créèrent des envieux qui de plus en plus nombreux osèrent aller de plus en plus loin. Les sars y dépassaient trois kilos, les courbines battaient records supérieurs à quarante kilos et dans les criques battues par les vagues, les loups dansaient dans l'écume.
La réelle pacification de la région la rendait plus attirable.
Layoune, capitale du Sahara occidental se développa, Dakla, ancienne « Villa Cisneros », garnison militaire, subit une invasion pacifique !
Rien n'était prêt pour accueillir les nouveaux nomades : pas d'électricité, peu d'hôtels, et un climat rude. Les vents de sable fréquents, la pauvreté des lieux, blés et pâturages sont tributaires de la pluie, limitèrent les voyageurs et seuls les « accros » du hameçon acceptèrent des séjours prolongés.
 
 
 
L'homme veut toujours aller voir plus loin et plus loin il y a la Mauritanie puis le Sénégal!
La route par l'Algérie, la traversée du mythique Tamanrasset, l'arrêt au pied de l'arbre du Ténéré, étant désormais difficile, la médiatisation du rallye Paris Dakar et l'explosion du marché du quatre-quatre, ont crée les conditions de nouvelles équipées.
Que vont-ils chercher ces explorateurs du XXI° siècle ?
Les véhicules sont tous équipés de GPS et de toutes les innovations possibles, la route est goudronnée jusqu'à Dakar, des relais accueillent ces « raideurs ».
Les gérants de ces auberges, les premiers à prévoir cet essor, se préparèrent à accueillir un tourisme nouveau. Ici on restaure un ksar, là on en construit un, ailleurs on aménage un campement dans une oasis ou on bâtit un restaurant. Le bouche à oreille fonctionne et ces installations nouvelles deviennent des étapes obligatoires
 
 
On y voit des vélos, des motos ou des tout terrains. Les solitaires, les couples ou les groupes partent à l'assaut du désert . Ils « font » le Sahara et dédaignent le goudron pour s'offrir des sensations. On entend le soir au bivouac leurs histoires :
-         panne sur la voie ferrée du train du désert qui transporte de Zouerate à Nouakchott, le minerai de fer.
-         ensablement sur la piste qui longe l'océan, et qui est recouverte par marée haute !
-         passage mouvementé de la frontière mauritanienne,
mais aussi :
-          un thé sous la tente sarahoui,
-         un guide improvisé, surgi de nulle part, qui les a aidés à se diriger.
et dans leurs yeux, brille le souvenir d'une aventure dans des lieux inoubliables.
 
 
Séjourner dans une de ces haltes est source de rencontres insolites :
 
Les Hollandais remontent vers le nord à bicyclette, bien moins fatigant que la marche à pied selon eux. Le pèlerinage à Compostelle, qu'ils ont fait précédemment, les a épuisés, mais la remontée du Magrheb, le franchissement des Pyrénées, une source de plaisir si on choisit la bonne saison !
Lui, l'Italien, descend à moto jusqu?au Cap en solitaire et la compagnie lui manque déjà !
Eux, les Portugais, font cinq à six fois par an le voyage vers la Gambie. Chacun conduit une voiture qui vendue là-bas apporte le bénéfice, un fourgon d'assistance assure la maintenance et le retour .
Un groupe de jeunes français a découvert ce besoin du marché africain. Ils convoient automobiles, camions, fourgons remplis de pièces mécaniques de récupération et au hasard des villages vendent leurs trésors. Ils iront jusqu'à épuisement du stock, le Mali peut-être le Burkina Fasso !
Si les transactions sont fructueuses, ils recommenceront. L'Afrique est miséreuse, elle reconditionne « nos poubelles » et fait du neuf avec du vieux. Les rêves de fortune sont souvent déçus, les aventureux ne gagnent qu'une misère sur la misère. Ils rentrent la tête emplie de souvenirs d'un ailleurs différent. Les convois humanitaires sont légions. déshérités.
 
Ainsi va le monde et dans ce pays de tradition nomade, personne n'est étonné de voir et de revoir des individus dont on ne sait s'ils vont ou s'ils reviennent !
Comme les Touaregs qui courent à la poursuite des nuages, signes de pluie donc de récolte, ils traquent la bonne affaire.
 
 
Le poisson se raréfie mais le nombre de cannes augmente.
Sur les falaises, dans les abris construits avec des matériaux de récupération, il y a de moins en moins d'autochtones ( le métier ne nourrit plus la famille) et de plus en plus d'européens qui stationnent leurs véhicules de loisir. Avec la saison des frimas, comme les flamants sur la lagune, ils se posent et se rassemblent. Il y a les « anciens », forts de leur antériorité, et les nouveaux qui espèrent!.Ils échangent leur connaissance des lieux, des bons postes. Le troc, parfois la vente et souvent les dons permettent d'écouler les prises abondantes . Une coopération se développe, des amitiés se construisent.
 
Voyant cette affluence, les projets de campings se multiplient.
 
Dans les villages, les échoppes fournissent l'indispensable, les cafés restaurants assurent le couvert aux passagers des camions qui descendent vers le sud ou en remontent le poisson, source nouvelle de profit. Les touristes sont les bienvenus, ils apportent un peu d'argent. L'électrification est en marche, internet suit, les conditions sanitaires s'améliorent. Le respect de l'environnement commence à devenir d'actualité.
 
Le vrai désert n'est pas loin.
Les pistes, permettent d'atteindre des endroits moins fréquentés. Des campements berbères s'égrènent sur les étendues rocailleuses, des chèvres broutent les brins de verdure vestiges de la dernière pluie et les dromadaires qui ne sont plus que bêtes à viande arrachent les touffes de buisson épineux entre les rochers.
Les femmes préparent les repas, les hommes au volant de véhicules qui n'ont plus d'âge assurent l'approvisionnement en nourriture et en eau, les enfants quand ils ne gardent pas les troupeaux vont à l'école à une dizaine de kilomètres.
   
 Fuir la civilisation ou s'éloigner de régions où il est de plus en plus difficile de survivre, tel est le paradoxe.
 Les européens arrivent en masse et les africains rêvent de notre continent. Ils espèrent trouver l'Eldorado, mais la mort est parfois au bout du voyage.
Les Canaries sont proches, les atteindre, franchir l'océan dans des barques de pêche, est entreprise à risques. L'Atlantique les rejette sur la grève et engloutit leurs rêves dans ses profondeurs.
    
 
Et sur la route, l'interminable flot de camions se poursuit, jour et nuit, pour écouler le produit de la pêche, source nouvelle de profit .
 
 
 
Sur la mer, les goélands planent en jacassant . Ils surveillent la côte, attendent le départ des hommes pour récupérer quelque pitance abandonnée sur les rochers.
 
 
 
Au large, survolant les vagues, les oiseaux migrateurs, partent eux aussi à la recherche d'un hivernage plus accueillant.
 
                                                                Nic
  
 
Par Nicole Coste - Publié dans : Maroc:rencontres et découvertes
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Lundi 19 mars 2007 1 19 /03 /Mars /2007 17:38
  
 
 
 
 
 
 

Elle s’appelait Amina.
Petite fille brune, gaie, aux longs cheveux nattés,
elle vivait dans un village, 
niché au creux de la montagne
dans ce pays si beau, si sauvage
et pourtant si pauvre .
On se serait cru sur une autre planète,
dans un autre monde.
Ici, la vie était simple,
 réduite aux nécessités premières,
le feu, la terre, l’air et l’eau,
les quatre éléments qui influençaient la vie.
 
Le feu venait du ciel, le soleil dardait des rayons
dont il fallait se protéger :
hommes, plantes, animaux,
tous le craignaient !
Et pourtant, à l’ombre ou le soir, il faisait froid,
Ce qui faisait dire aux gens :
nous habitons un pays froid où le soleil est chaud !
 
La terre ocre, sableuse et rocheuse,
pouvait être fertile
quand la pluie décidait de tomber.
Hélas ! elle était plus souvent sèche,
et le sol se fendillait.
 
L’air pur, le ciel bleu et les nuits étoilées
promettaient une liberté
mais seuls en profitaient
les oiseaux migrateurs
en route pour leur hivernage.
 
Quand à l’eau, source de vie,
elle était présente et absente.
Partout on entendait le grondement de l’océan,
ses puissantes vagues
qui claquaient contre les rochers.
Mais cette eau là, salée
pouvait être ennemie.
Heureusement, il y avait les sources, les puits.
 
Il fallait, tous les matins
harnacher l’âne, le charger de bidons
et aller faire provision d’eau douce.
Amina aimait cette corvée
qui n’en était pas une pour elle !
Rêveuse , elle partait, chaque jour,
 pour une promenade enchantée !
Tout était prétexte à joie et bonne humeur :
Un oiseau sur une branche poussait sa chansonnette,
un bouvier roulait sa bille,
un lézard gecko à gorge verte
 s’enfuyait à son approche !
Et depuis peu, son secret !
Une chienne l’attendait sur le sentier,
 Elle lui apportait un morceau de pain.
Chienne, couleur de sable
qui jappait à son approche,
Chienne sauvage,
qui s’était laissée apprivoiser
sans difficulté.
Elle ne pouvait la ramener au village,
il n’est pas dans les coutumes
d’avoir un animal pour le plaisir !
Alors chaque matin,
Amina glissait un croûton
dans sa poche
et allait vers son rendez-vous !
Chaque matin, Aziza,
c’est ainsi qu’elle avait nommé l’animal,
 l’attendait et l’accompagnait.
Elles se connaissaient depuis quelque temps
et la chienne lui faisait fête !
Elles jouaient ensemble.
 
Amina, n’était pas peureuse,
Et se sentait en sécurité auprès d’elle.
Quand les garçons s’approchaient
 pour la taquiner
Aziza montrait les dents
et tous s’enfuyaient !
Au village, ni ses parents, ni ses frères,
 n’étaient au courant de cette relation.
Comme tous, ils avaient peur des chiens,
qui souvent transportent la rage et sont dangereux.
Un jour, moins attentive que d’habitude,
perdue dans ses pensées,
elle ne vit pas,
 sous la pierre
qui avait roulée sous les sabots de l’âne,
le scorpion qui dressait sa queue,
et se croyant menacé
 piqua la cheville de la petite fille.
Elle poussa un cri de douleur.
 
Aziza apparût et lécha la jambe de l’enfant
qui ne pouvait marcher.
Une conversation inaudible eut lieu,
D’un seul regard la petite fille et l’animal se comprirent.
Aziza mordillant les mollets de l’âne,
lui aboyant aux flancs,
 le ramena au village.
Voyant arriver l’animal, les bidons vides,
sans la petite fille,
 tout le monde s’inquiéta.
La chienne aboya tant et tant,
 que le père d’Amina la suivit.
 
Il trouva sa fille, assise sur une pierre,
la prit dans ses bras et la porta au village.
Le guérisseur lui appliqua des herbes
soigneusement choisies,
la chienne la consola
et quelques jours plus tard,
l’enfant put reprendre ses promenades.
Mais quelque chose avait changé !
 
Aziza, devenue sa protectrice,
était connue et adoptée par tout le village.
Désormais elle pouvait circuler librement.
Tout le monde
 la connaissait, la nourrissait et la choyait !
Mais ce qu’elle préférait par dessous tout ,
C’était se faufiler sur le lit d’Amina
et se lover contre elle,
Afin que nul n’approche !
Personne n’osait la chasser :
N’était-ce pas grâce à elle
qu’Amina avait pu être sauvée
du poison de la bête maléfique!
 
La chienne et l’enfant
 poursuivirent longtemps
cette amitié
si peu commune
dans cette oasis du désert !
 
Nicole
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
Par Nicole Coste - Publié dans : contes du Maroc
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Mardi 13 mars 2007 2 13 /03 /Mars /2007 13:21
MIRAGE OU REALITE ?
 
 
 
Il y avait dans cette vaste étendue désertique un étrange animal.
D’où venait-il ? Tous l’ignoraient. Il errait mélancolique, cherchant vainement sa pitance entre les cailloux qui jonchaient le sol. Une belle et étrange histoire d’amour avait permis sa venue au monde. Hélas, la suite, comme vous allez le découvrir, n’inspirait que tristesse et remords.
 
Une ânesse était née dans un village du grand sud niché dans les montagnes de l’Atlas, une région pauvre, aride, où la vie est une lutte perpétuelle. Quand les pluies, si rares, tant espérées, permettaient d’envisager les semailles, elle tirait la charrue. Tous les soirs les enfants la chargeaient de bidons et, par le sentier qui serpentait dans la colline, la menaient au puits. Ployant sous la charge elle ne pouvait se dérober au pénible retour : armés d’une pique, ses conducteurs, la houspillaient sans arrêt. Elle avançait tête basse, lentement mais prudemment, espérant un picotin d’avoine en paiement de son travail. Une pierre qui roule et c’est la chute, la pente était raide et le chemin escarpé.
 
 Dès l’aube, le lundi, jour de souk, la famille s’entassait dans la carriole et la promenade se déroulait suivant un rite immuable : pas question de flâner, trot de rigueur, le fouet prêt à  claquer si le rythme ralentissait. En bordure d’un champ, envahi par une foule bruyante et active, elle retrouvait ses congénères et tous attendaient la fin des festivités, entravés mais libres de papoter. La convivialité des ânes est légendaire, ils aiment la compagnie de leurs semblables. Sa mère y avait rencontré l’élu de son cœur, bientôt, elle aussi aurait un ami, et fonderait un foyer.
Le destin devait en décider autrement !
 
En revenant de la corvée d’eau, elle trouva, couché dans son étable, un compagnon inattendu: un dromadaire ! Le paysan l’avait acheté, le matin même, à une caravane qui terminait son ultime voyage.Le camélidé, connu depuis l’antiquité pour ses capacités à tirer l’araire, serait parfait pour défricher la terre fraîchement acquise dans des lieux inhospitaliers.
Le lendemain, attelés de concert, ils s’efforcèrent de tracer un sillon, le plus droit possible, dans un sol rocailleux à flanc de montagne.
Fatigués, fourbus, après avoir accompli leur rude labeur, ils retrouvèrent leur litière pour une nuit de repos. Une amitié, une tendre complicité s’établit entre eux.
Dame nature nous réserve parfois des surprises !
Les savants, depuis longtemps, jouent à l’apprenti sorcier dans leur laboratoire, manipulent les gènes et mélangent dans les éprouvettes les semences sélectionnées. Ils seraient bien étonnés s’ils apprenaient que dans une remise, naquit, douze mois plus tard, un être hybride. Eux qui après de multiples tentatives, n’ont réussi à produire que deux camas, mélange d’un guanaco et d’un dromadaire.

 
 Un braiment de joie rompit le silence de la nuit pour saluer sa venue.
Le papa très fier, blatéra de satisfaction. A genoux il ne se lassait pas d’admirer sa progéniture.
Le maître des lieux, interloqué, cherchait en vain une explication à cet enfantement.
Les enfants accoururent, caressèrent la petite boule fragile qui tentait de dresser ses pattes flageolantes. Personne, ce jour là n’examina attentivement le nourrisson, il eut donc la vie sauve. Affamé, il téta goulûment la mamelle qui s’offrait à lui.
 
Pris par leurs occupations, peu enclins à s’attendrir devant les évènements de la vie, somme toute bien naturels et ne nécessitant pas d’attention particulière, les habitants du logis laissèrent mère et bébé faire connaissance. Si le nouveau né survivait, il serait temps de prendre une décision, dans le cas contraire, on attendrait la prochaine naissance.
 
Quelque temps plus tard, abasourdi, l’agriculteur observait « la chose ».
Elle gambadait autour de sa mère, folâtrait dans l’herbe derrière la maison. Par la porte restée ouverte, les senteurs printanières les avaient attirées à l’extérieur. Couché dans la paille, le dromadaire regardait son rejeton avec fierté, mâchonnant consciencieusement son brin de verdure.
 
Etait-il devenu fou ? L’homme se frotta les yeux, écarta une mèche rebelle, non il ne rêvait pas, elle broutait là devant lui. En silence, de peur d’alerter les voisins, il avança prudemment vers le couple. Troublé, il n’osait les toucher !
De loin on pouvait croire à un petit ânon, la couleur, les oreilles sans cesse en mouvement, oui, c’était bien l’héritage maternel. Mais son dos ? Cette excroissance, cette bosse, qui se balançait de droite à gauche, comme un sac vide ?
Et son museau ? La lèvre supérieure fendue, une haleine à faire fuir le plus intrépide des curieux, sa mâchoire allait et venait, ne réussissant pas à conserver les grains d’avoine que sa mère lui désignait.
Sa queue ? Longue, balayant le sol et munie d’une ridicule touffe de poils à son extrémité !
 Regardant furtivement si quelqu’un pouvait apercevoir ce qui se passait dans son jardin, le fermier se désolait.
 Une catastrophe ! Il deviendrait la risée du douar si la nouvelle se répandait !
Il fit rentrer les animaux dans l’étable, ferma soigneusement la porte à clé et s’en fut dans le djebel pour réfléchir.
L’angoisse s’empara de lui. Il ne se souvenait pas d’avoir insulté un djinn, ni blessé un marabout qui aurait pu lui jeter un mauvais sort.
Quel péché avait-il commis ?
Assis sur un rocher, à l’ombre d’un figuier, la tête entre ses mains, ses pensées se bousculaient : comment résoudre une telle situation sans se couvrir de ridicule?
Seuls les siens s’inquiéteraient de la santé du nourrisson. Il eut un geste de dépit ; la naissance avait suscité un espoir : une prochaine rentrée d’argent, fruit de la vente, aurait amélioré les maigres revenus de la propriété. Feindre une maladie pour écarter les visiteurs serait facile, il ne fallait pas contaminer le reste du cheptel, chèvres et moutons devaient être protégés.
Mais que faire de cet énergumène ?
Le laisser dépérir était hors de question : les forces occultes, sûrement à l’origine de cette histoire, n’apprécieraient pas. Ignorant les raisons de cette punition - si punition il y avait- il devait prendre des précautions et éviter de nouveaux ennuis.
La saison des récoltes approchant, il serait aisé d’habituer le petit à une absence progressive de ses compagnons, le temps du sevrage serait long, mais l’enclos protégé par une haie de figuiers de barbarie le soustrairait aux yeux de la collectivité.
 
De retour à la maison, il se cacha pour voir une nouvelle fois l’objet de ses soucis.
Mi âne, mi chameau, les doux yeux de maman, le rictus de papa ; cette moue dédaigneuse qui lui donne l’air de sourire avec condescendance, une facétie de la nature, pensa-t-il, mais il n’appréciait pas le comique de la situation !
Serait-il têtu, capricieux ? Aurait-il la résistance du vaisseau du désert ?
Trotterait-il, ou marcherait-il à l’amble, donnant le mal de mer à celui qui le monte ?
Saurait-il baraquer pour charger son cavalier ?
Perdu dans de sombres pensées, son épouse le surprit.
Apercevant la créature, elle poussa un hurlement de terreur. La différence fait peur !
-   C’est un monstre !
-   Voilà le rejeton de notre ânesse ! La honte est sur notre famille !
 
Partager son tracas soulagea son fardeau. Son visage se détendit, ils décidèrent de garder le silence et de remettre à plus tard la recherche de la solution. Le sommeil, source de réconfort apporterait peut-être une réponse à leur préoccupation.
Las, leur air de conspirateurs les trahit ! Les enfants eurent vite fait de découvrir la cause de leurs allées et venues à l’étable et malgré l’interdiction formelle d’y entrer, ils s’y retrouvèrent tous, un soir, autour de celui qui y avait vu le jour.
 
La rumeur se répandit dans la région, on cachait un étrange phénomène chez Ali !
Dieu est le créateur de toute chose vivante, il faut respecter sa volonté, ne pas chercher à comprendre, mais……
Maléfice ou bon présage ? La différence tient parfois à peu de chose :
Que vienne la pluie, que les récoltes soient abondantes, on le remerciera.
Que la sécheresse se prolonge, que les nuages de criquets dévastent les champs de céréales, on chassera sans ménagements celui qui sera jugé responsable !
 
Pendant plusieurs mois, on vint de loin voir « le drom’âne », le toucher, le caresser, lui porter de l’herbe fraîche.
Il grandissait, prenant à l’un ou l’autre de ses parents quelques traits de caractères. Son aspect physique intriguait, repoussait parfois, mais ne laissait pas indifférent. Ses grognements peu mélodieux amusaient les enfants. Il faut reconnaître que ni papa ni maman n’étaient des chanteurs appréciés !
Cela ne pouvait durer, la chance tourna, les jours de bonheur laissèrent place à la méchanceté ou à l’ignorance.
Une clameur s’éleva dans la chaleur de midi : les mauvais esprits avaient frappé ! Le bouc du troupeau voisin venait de rendre l’âme sans raison apparente.
La terreur fut à son comble quand une brebis s’effondra.
Le malheur ne pouvait venir que de « la chose », il fallait l’éloigner ! Les femmes se répandirent en lamentations, les paysans s’armèrent de gourdins et se dirigèrent vers le misérable. Dans cette frénésie qui gagnait, une voix s’éleva : ne pas le tuer, l’envoyer loin vers ces étendues sans fin dont on ne revient pas !
 
La bête fut poussée, huée. Les clameurs hostiles l’accompagnèrent dans son exil. Elle prit la fuite pour échapper à ses poursuivants hystériques. Parvenue bien au-delà des confins du bled, elle huma l’air et se reposa. Quelques touffes d’épineux calmèrent sa faim. Sa sobriété, héritage de papa, lui permit d’attendre des jours meilleurs et de préparer une vie d’errance.                                                             Sa vie s’organisait dans les steppes rocailleuses quand … une caravane s’arrêta près de la source où il s’abreuvait. En entendant le sable crisser sous les pas des nouveaux arrivants, le drom’âne s’était plaqué contre la falaise cherchant refuge dans une anfractuosité. A nouveau les regards de méfiance, de curiosité, vite remplacés par des cris d’allégresse.
Traité comme une merveille de la création, il accompagna les nomades, reçut sa nourriture, participa aux corvées de transport. A chaque halte on l’entourait de soins et les enfants jouaient avec lui. Devenu membre de la troupe, il coula des jours heureux.                                                                       Le vent chaud du désert transmis la nouvelle de son union avec une belle chamelle. Une année plus tard, comme dans un conte de fées, il eut la joie d’accueillir un chamelon, blanc, qui devint porte bonheur de la tribu.                                                                                                                                 Ainsi va la vie dans un monde tantôt cruel, tantôt généreux.
 
 
Nic   2 avril 2003
 
 
Par Nicole Coste - Publié dans : contes du Maroc
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