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29 août 2007 3 29 /08 /août /2007 18:07
Une journée hors du temps
 
Neuf heures du matin, les brumes stagnent sur la 

lagune, un bruit de moteur trouble le silence 

matinal, un parfum iodé flotte dans l’air. Ali, 

Mohamed, Tayyeb, Abderazack rejoignent la rive, 

ils sont allés relever les filets posés la veille. Les 

manœuvres d’accostage accomplies, les bateaux 

échoués sur la vase, ils doivent remonter les 

caisses de soles, mulets, bars, sur la plate-forme 

trente mètres plus haut. Depuis peu un escalier 

remplace le sentier escarpé et rend l’opération 

plus facile.
Ici le temps semble figé, le héron impassible 

cherche pitance au milieu des « floukas », les 

flamants roses se rassemblent sur les plages, 

foulques, cormorans et oiseaux migrateurs font 

halte ou s’installent pour l’hivernage. Là-haut les 

Sahraouis s’affairent : préparer le poisson pour le 

mareyeur, choisir les hommes qui accompagneront 

les touristes du jour. Peuple de pasteurs nomades, 

ils ont installé leur campement, le plus souvent 

fixe, dans les plaines caillouteuses qui longent la 

route transsaharienne. Tentes khaïma ou 

constructions en planches aux toits de tôle ou de 

papier goudronné, elles sont dispersées dans la 

vaste étendue qui s’étale jusqu’au plateau. Tout 

autour, des chèvres broutent la maigre végétation 

qui subsiste après les pluies trop rares, gardées 

par les enfants, tandis que les femmes vaquent à 

leurs occupations.  Accrochés aux touffes 

d’épineux, poils, détritus soulevés par les rafales 

de vent qui soufflent de temps à autre dans ces 

régions arides et au loin les dunes, paysage 

changeant, jamais tout à fait le même et pourtant 

immuable. Parfois une gerboise s’enfuit apeurée, 

un lézard disparait derrière un rocher et si on 

soulève une pierre il est fréquent de trouver un 

scorpion.
 
Qui pourrait croire que dans cette immensité au 

début du siècle dernier sévissaient les rezzous 

entre tribus ? Pays des Réguibat, au nord du Rio de 

Oro, la région garde des vestiges archéologiques 

qui témoignent d’une occupation humaine 

ancienne. Au hasard d’une promenade le long des 

falaises de grés qui bordent la lagune on peut 

observer un cimetière pré islamique, près de 

l’embouchure les ruines d’un fort qui pourrait bien 

dater du XV° siècle. 
Tayyeb ignore surement cette histoire, il fait partie 

du groupe restreint de pêcheurs ayant le droit de 

pratiquer son activité dans ce secteur protégé : 

Naïla, bras de mer qui se prolonge à l’intérieur des 

terres et se termine par une saline, est l’une des 

réserves les plus importantes du pays, c’est un lieu 

paradisiaque, loin des circuits touristiques. Ce 

matin c’est lui qui conduit la barque qui nous 

emmène sur les lieux de pêche. Après avoir dévalé 

l’escalier ensablé, chargé le matériel dans 

l’embarcation, l’homme manœuvre pour rejoindre 

le chenal. Dans les prairies humides, sur l’autre 

berge des moutons paissent. Nous dérangeons les 

oiseaux qui prennent leur envol à notre passage. 

Nous nous protégeons des embruns, tant que le 

soleil n’a pas surgi derrière les dunes, la 

température est fraiche. 

Notre guide, enveloppé dans son chèche noir, 

navigue en connaisseur entre les vasières peuplées 

de limicoles. A l’est l’horizon s’éclaire, rougeoie et 

l’astre ardent apparaît, ce n’est plus du froid qu’il 

faut se protéger mais de ses brûlures sur la peau ! 

C’est l’instant que choisit Tayyeb pour arrêter le  

moteur. Chacun s’active, choisit son appât et lance 

la ligne dans les profondeurs du lac. La journée 

sera faste, l’un de nous remonte une courbine de 

20kg, les autres se contenteront de pièces plus 

petites mais d’un nombre important ! Le retour est 

triomphant escorté de goélands et de mouettes 

rieuses, appâtés par les sardines que nous leur 

lançons, ils poussent des cris stridents.
Cette lagune, au milieu de nulle part est un paradis 

pour les gens de passage. Le désert fascine, « il ne 

s’apprend pas, il se vit » disent les nomades, eux 

mènent ici une vie humble. Le village est à trente 

kilomètres, au loin le flux des camions trouble la 

sérénité des lieux, la ligne électrique impose ses 

pylônes à l’horizon. Ici, dans cette terre de 

rocailles et de broussailles, chiens et chats 

faméliques errent à la recherche de l’eau, les 

hommes palabrent accroupis dans le sable et le 

clapotis rythme le temps.  
 
 
 
 

 

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commentaires

francoise oleron 08/09/2007 07:17

Je te souhaite un magnifique voyage vers le sahara, profites bien, et reviens nous avec de belles photosBisousfrançoise

aimee 04/09/2007 07:30

Ton histoire est tellement bien raconter que j'ai l'impression de la vivre.Bises et à bientot.Aimée

nicky 03/09/2007 11:52

Génial d'avoir autant d'imagination et d'en faire profiter les amies...Bye !

:0040: Alain :0004: 02/09/2007 12:42

Bonjour NicoleMerci por ta visiteVoilà une belle histoire qui permet de nous évader un peu !Bon dimancheAlain

francoise oleron 02/09/2007 07:15

Bisous et bonne journée de dimanchefrançoise

nicky 01/09/2007 20:40

Zut ! je me suis trompée de signature.... vrpiste=NickyBisous !

vrpiste 01/09/2007 20:38

C'est toi qui écris de si belles choses ? Bravo !Et  bisous !

PATY 01/09/2007 10:55

TOUT D'ABORD MERCI DE VOTRE PASSAGE SUR MON BLOG . C EST AVEC PLAISIR QUE JE DECOUVRE LE VOTRE ....... QUE DE BELLES HISTOIRES (pas toutes lues mais je reviendrais ) JE VOULAIS PRENDRE LE TEMPS DE VOUS ECRIRE ,CE N' EST LE TEMPS QUI ME MANQUE MAIS BIEN LES MOTS ...... TOUT COMME VOUS J AIMERAIS ECRIRE LES MOTS LES PLUS BEAUX QUE J AURAIS CHOISIT AVEC SOIN , LES ALLIGNES LES UNS DERRIERES LES AUTRES LES POSER SUR L' ECRAN  J AI DIFFICILE DE REDIGER UN TEXTE  .  DEVANT VOUS JE ME SENT PETITE !!!!! VOS HISTOIRES SI BELLES ME FONT REVER , UN COURS INSTANT JE ME SUIS EVADER DANS MES PENSEES MON IMAGINATION LA EMPORTER  . JE NE TROUVE PAS LES MOTS POUR EXPRIMER LA JOIE QUE J AI EU A VOUS LIRE ... IL EST CERTAIN QUE JE REVIENDRAIS  ......ET QUAND BEBE SERAS PARMI NOUS JE SERAIS LA PREMIERE A LUI RACONTER   TOUT SIMPLEMENT FELICITATIONS  UN GRAND BRAVO A BIENTOT BISOUS DE BELGIQUE PATY

francoise oleron 01/09/2007 07:10

Bisous, c'est avec plaisir que je te relis, on découvre toujours un autre détail....BisousFrançoise

katara 01/09/2007 06:32

Avec toi je pars aillleurs l'espace d'un instant magique. C'est bien... Je rouvre le blog ce matin. Peut-être à tout à l'heure. BISOUS

françoise 31/08/2007 17:52

Merci pour ton passage, bonne soiréefrançoise

TJ 31/08/2007 16:58

C'est joliement raconté...Les mots sont portés comme des grains de sable dans le vent qui court...

Flo-Avril2 31/08/2007 13:21

Très beau recit qui me fait voyager en pensées et c'est très agréableMerciFlo

:0014: dom :0010: 31/08/2007 12:04

 Joli texte ...Merci  pour ta visite.Bon vendredi !Bisouxdom

francoise oleron 31/08/2007 07:36

Bisous et bonne journée de vendredi avec le soleilFrançoise

chrystelyne 30/08/2007 13:07

Tu as le don de nous emmener en voyage avec toi. Tout y est ! le décor , l'ambiance , le vocabulaire, on ferme les yeux et le désert s'ofre  à nous , merci pour ce voyage  source de dépaysement  et de de culture !Chrystelyne

francoise oleron 30/08/2007 07:44

belle histoire très décorée, on la vit, on s'y croit....Bisesfrançoise