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10 janvier 2008 4 10 /01 /janvier /2008 09:45
Une nouvelle pour vous distraire....

Depuis une semaine Charles Bérard s’est installé dans la demeure familiale. Il est las de la vie parisienne et fatigué par les affaires florissantes de sa société qui accaparent tout son temps. Le médecin, son ami d’enfance, lui a conseillé un repos complet, allant jusqu’à pronostiquer une issue fatale à son existence, s’il ne se conformait pas à son ordonnance ! Béa, son épouse, a immédiatement organisé son départ pour la campagne. Il était bien sur prévu qu’elle soit du voyage. Comment pouvait-elle envisager qu’il survive seul dans la maison natale ? Depuis sa plus tendre enfance il a vécu entouré de femmes : mère, grand-mère, puis Béa . A la fabrique, héritage reçu très tôt au décès de son père, c’est Carole, sa secrétaire, qui gère son emploi du temps. Elle remplit avec soin son bloc-notes et semble satisfaite lorsqu’il n’y a plus une heure de libre : rendez-vous, déjeuner, téléphone, Charles hait cet agenda qui dispose de sa vie. A la maison, Béa se consacre avec délectation à la réussite de ses soirées : il est nécessaire de recevoir, d’accepter des invitations et de se montrer dans les spectacles pour affirmer sa place dans la société. Il est l’heureux papa de Chloé, dont l’éducation est en grande partie régie par les conseils dictés par Marie Démon, pédiatre de grande qualité. Sa bible trône sur la table du salon. Il lui doit son exil solitaire. Chloé, est entrée cette année dans une école, choisie pour respecter les méthodes d’éducation de Marie Démon. Il serait néfaste de la soustraire à ses compagnes et à l’éducatrice qui doit la préparer à sa vie future, la présence maternelle étant bien sur nécessaire,.
Charles est donc parti, seul, pour la première fois de sa vie, vers le pays de son enfance. Constance et Georges , les gardiens de la propriété, dûment prévenus par Madame Bérard, ont ouvert les volets, allumé le feu dans la cheminée du séjour et préparé un repas chaud pour son arrivée. Ils assumeront les charges domestiques pendant cette retraite.
Les premiers jours de sa nouvelle existence furent consacrés au sommeil, lecture, marches dans le parc, mais aujourd’hui, c’est un homme neuf qui a ouvert les fenêtres à l’aube. Un air de printemps lui chatouille les narines. Des souvenirs affluent, le départ pour l’école du village, la cueillette des jonquilles pour le sourire de la maîtresse, le chant de la cascade au détour du bois. Après un copieux déjeuner, il grimpe sous les combles à la recherche d’une paire de bottes pour une promenade sur les chemins de sa jeunesse. Le grenier, qui fut son refuge, n’a pas subi de rangements notoires depuis de longues années. Après la mort de son père, sa mère et sa femme ont fait du nettoyage par le vide, une activité estivale. Heureusement il s’est opposé fermement, pour la première fois de sa vie, à une intrusion fatale dans son domaine. Là se trouvent pêle-mêle, ses cahiers, ses jouets, ses vieux vêtements d’adulte qui reprennent du service quand il redevient campagnard et là-bas dans le coffre l’histoire familiale : les carnets de son aïeule paternelle qui n’a jamais quitté « le château » et qui jouit encore au village d’une notoriété empreinte de mystère. Dans un coin, des après-skis et un anorak côtoient une luge. Relégués aux oubliettes pour cause de « plus dans le vent », ils vont participer à la balade. Chaudement équipé, Charles pénètre dans la forêt qui jouxte la propriété. Il caresse l’écorce rugueuse des arbres, écoute le chant des oiseaux et respire à pleins poumons l’air frais matinal. Complètement régénéré, remis à neuf comme après la « bugeade » de son enfance, cette journée de lessive, les premiers jours de printemps, qui devait permettre de ranger armoires et placards. Mami Bérard, surveillait les employées chargées de la besogne et ne laissait à personne le soin de glisser entre les piles de linge le brin de lavande qui le parfumerait et éloignerait les parasites. En fin d’après-midi, c’était elle qui lui donnait le bain dans le baquet où avait trempé le linge. Revigoré, frictionné, il était prêt pour écouter les contes et légendes qu’elle racontait avec art et délectation. Les énigmes, les signes, les réminiscences historiques qui les émaillaient, passionnaient Charles. Il ne cherchait pas à distinguer le vrai du « faux » et adhérait sans réserve à cette littérature.
Mami n’était-elle pas, elle aussi, un peu sorcière ? Elle savait les vertus des herbes et soulageait les maux de ses semblables, elle écoutait et ne divulguait pas les confidences. Pourtant, une certaine méfiance habitait le voisinage : dépositaire de tant d’aveux, n’a-t-elle pas été tentée d’en faire part à son entourage ? Béa, fille de notables voisins, a souvent questionné Charles pour apprendre quelques histoires croustillantes qui auraient alimenté les conversations entre amis. Ce matin, les souvenirs le ramènent vers le pays de son enfance. Avec une joie non dissimulée il revient au domaine et grimpe quatre à quatre les marches qui le conduisent jusqu’à la malle remplie de livres et documents divers. Assis sur le plancher, Charles n’est plus le PDG, dont la vie est régentée par le bloc de Carole, il fouille, lit, compulse et semble particulièrement attiré par la couverture d’un livret, le nom du propriétaire est écrit sur une étiquette : Charles Silas, son arrière grand-père . Il emporte les documents et s’installe sur le canapé du salon. A midi, il ne réagit qu’au deuxième appel et transgressant les règles de politesse, il parcourt les feuillets tout en avalant le délicieux repas, sous le regard réprobateur de Constance.
-          Il n’est pas bon mon civet ?
-          Pardon ?
-          Mais qu’est-ce que vous avez aujourd’hui ? et elle rejoint sa cuisine en maugréant.
Charles la regarde, sourire aux lèvres, puis se replonge dans sa lecture. A nouveau, il s’isole dans ses pensées et n’entend pas le téléphone.
-          Madame vous demande, annonce Constance.
-          Je viens !
-          Allô Béa, comment vas-tu ?
-          Bien, que se passe-t-il ? Constance te trouve bizarre, tu es fatigué ?
-          Mais non, je fais des recherches dans les papiers de Mami et j’ai découvert …
-          Un trésor ? le fameux sous terrain ?
C’était un jeu entre eux, depuis longtemps d’imaginer qu’il y a des siècles leurs ancêtres respectifs avaient creusé un lien entre leurs domaines pour des rencontres secrètes, et de penser qu’ils n’étaient que la réincarnation des amoureux d’une autre époque. 
-          Je ne peux rien te dire, ce serait trop long ! Je t’expliquerai de vive voix, ne t’inquiète pas!
Après avoir raccroché, il reprend son « travail ».
-          Georges ! avez-vous un appareil photo ?
-          Oui, un numérique, c’est celui de ma fille, je vais vous le chercher !
-          Merci, je vous accompagne, je vais faire une promenade.
Charles s’intéresse aux vestiges d’autrefois, nombreux dans les environs, dont certains datent de l’époque médiévale. Il accumule les prises de vues, vérifie des alignements, compte les pas d’un endroit à l’autre, trace des croquis puis se dirige vers l’entrée du bourg . Il s’arrête devant une maison basse, entourée d’un jardinet, pousse le portillon :
-          Holà ! Mémé Lise, vous êtes là ?
Une vieille femme toute de noir vêtue, s’avance sur le seuil.
-          Charly ! C’est toi ? Entre, mon petit, entre !
Mémé Lise, la centenaire du village, la contemporaine de Mami Bérard, enlace Charles. Il la raccompagne jusqu’à son fauteuil, salue l’auxiliaire de vie qui permet à l’ancêtre de rester dans sa demeure, et s’assoit sur une chaise auprès d’elle .
-          Le petitou de ma Jeanne ! Le parisien !
A l’époque de leur jeunesse, elles étaient inséparables, Lise et Jeanne n’avaient aucun secret l’une pour l’autre, cette amitié a perduré, la vie d’adulte ne les ayant pas éloignée du village. Le dialogue, rendu difficile par la surdité de l’aïeule, se poursuit un long moment. Charles accepte de partager la pause tisane en souvenir de sa grand mère, et promet de revenir dès que Béa l’aura rejointe, au vacances de printemps .
-          N’attends pas trop longtemps, ma mémoire s’enfuit !
Les aller-retour à l’étage se multiplient, les photos sont transférées sur l’ordinateur et examinées avec soin, le cahier d’écolier se remplit d’annotations, Charles sifflote, son visage se pare désormais d’un air mystérieux !
-          Tu me caches quelque chose, s’indigne Béa, lors de leurs entretiens quotidiens, Constance et Georges ne veulent rien me dire !
-          Ca ne les regarde pas, dans une semaine tu seras là et je te raconterai !
-          J’aurai moi aussi quelque chose à te dire !
-          Ah oui ! Alors à bientôt !
 
 
 
Une semaine plus tard…
C’est la joie des retrouvailles, Chloé est intarissable, elle monopolise la conversation, papa doit être mis au courant des derniers évènements scolaires : sa maîtresse l’a choisie pour jouer la fée dans le spectacle de fin d’année !
L’heure du sommeil arrive enfin, couchée dans le lit qui fut celui de son père, la fillette s’endort, sous le regard attendri de ses parents.
-          Alors, raconte ! Chuchote Béa.
-          Viens !
Main dans la main, ils rejoignent le bureau.
-          Regarde.
Il lui tend un manuscrit, écrit à l’encre violette, un peu délavée.
   -   J’ai trouvé ça, la-haut !
Elle feuillette l’objet qui sent le moisi, certaines pages sont tachées mais l’ensemble est bien conservé. Il y a des recettes, des dessins de plantes, des plans et des textes recopiés avec application dont le nom de l’auteur figure au bas de la page . Béa fait une moue dubitative.
-          J’ai aussi trouvé ceci !
Il lui tend une feuille de papier pliée en quatre. Un texte est inscrit :
-          C’est quoi ?
-          Lis !
 
Quand la lune en Saturne viendra rencontrer Jupiter ,venu de l’est un effrayeur viendra : des années de grands chambardements, le pays déstabilisé . Durant cette période la rencontre du chêne et du roseau s’accomplira. Au joli moi de Mai, l’arrivée tant attendue d’une nouvelle branche laissera augurer une ère plus prospère, un arc en ciel se lèvera. Dans la deuxième époque, belle dame arrivera. Quand le grand moteur des siècles se renouvellera, il faut s’attendre à des changement importants. Des incidents jalonneront la longue route. La pause sera bénéfique, et au pays boisé la vie renaîtra…. 
 
Béa pouffe
-          Où as-tu trouvé ceci ? Qu’est-ce que ça veut dire ?
-          Dans la malle, il y avait une liasse de feuillets, avec des annotations. Quelqu’un avait commencé une traduction, mami Jeanne probablement ! Des lieux, des évènements, cela ressemble à des prophéties. Je suis allé chez mémé Lise, elle m’a dit avoir vu ces documents, avoir aidé grand-mère à comprendre !    
Regarde, l’effrayeur venu de l’est, la guerre , sûrement…
-          Mais alors, ce passage ?
-          Notre temps ! Le siècle se renouvelle : l’arrivée du vingtième siècle !
-          Les incidents ? Tu crois qu’il s’agit de ta santé ?
-          Peut-être, mais la vie renaîtra, il ne faut pas s’inquiéter !
-          Non, ce n’est pas ça, je t’ai dit que j’avais moi aussi un secret ?
-          C’est quoi ?
-          Devine !
Un silence , puis un cri de joie :
-          C’est vrai ?
Charles enlace Béa et l’entraîne dans une ronde endiablée.
-          Tu sais quoi ? Chuchote t-elle, on n’ira pas au grenier lire la suite, on fermera le coffre et on jettera la clé dans l’étang !
                                                      
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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commentaires

aimee 21/01/2008 17:22

Un petit coucou,ma belle,voisine.Sur mon blog,une petite devinette,ma foi bien sympa.Bisou.Aimée

domi 20/01/2008 12:44

génial, jai été captivée.

Crépusculine 19/01/2008 21:01

Je te remercie de ta visite et découvre ton blog, ce texte aux souvenirs est d'une grande tendresse, pour ce pdg le plaisir de faire "tomber" l'habit et plonger dans ses origines, comme quoi "les écrits restent" et deviennent un grand mystère pour ceux qui n'ont pas vécu les évènements. Très agréable lecture, bon week end

surfingmoune 18/01/2008 19:22

Ah les vieilles malles trouvées dans nos greniers que de secrets elles peuvent renfermer.J'aime beaucoup fureter dans les greniers, on y fait souvent un grand saut dans le temps passé.Tu as vraiment un talent de conteuse.Très bonne soirée et à bientôt.Surfingmoune

chrystelyne 18/01/2008 14:31

Hello Nicoleil y a tant de choses qui nous dépassent , que l'on ne sait ou ne veut pas voir, alors j'aime tes histoires où le surnaturel, la magie, le mystère ont leur place ! Encore  un très joli  récit plein de vie et d'espoir et de rêve  !bises chrystelyne

aimee 16/01/2008 19:10

Tout en fraicheur,cette histoire sur Charles Bérard.Merçi de l'avoir compté.Je te fais des bisous pluvieux et venteux.Je ne connais pas ce coté du sud marocain,mais celui après Ouarzazate,qui est lui aussi fascinant.Bisous.Aimée

Jyckie 14/01/2008 19:18

Très jolie nouvelle et belle chute. On en redemande !!!Amicales pensées,   Jyckie.

KTie 13/01/2008 23:24

De passage sur ton blog , je découvre un monde mervelleux de belles histoires. Tes photos sont magnifiques , avec une telle profondeur de champ que parfois on croirait que ce sont des tableaux.C'est un vrai bonheur.Amitiés.KTie

paola 13/01/2008 16:10

Coucou,je passe rapidement te faire un petit salut et te souhaiter un très bon dimanche.A bientôt pour d'autres lectures.Paola.

jeanine et rene 13/01/2008 07:34

très beau texte Nicole ! bon dimanche et bisous de Jeanine et René

christian julia 11/01/2008 14:54

que du bonheur !tendresses

cimo 10/01/2008 14:49

heureux en ce début d'année de présenter mes voeux de bonheur à une si merveilleuse conteuse! cimo