Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 mars 2008 2 11 /03 /mars /2008 12:48
Rachid est fils de nomade. Depuis toujours sa famille vit dans le grand désert. Il y a bien longtemps ses ancêtres transportaient les marchandises depuis les rives du Niger jusqu’aux cités marchandes plus au Nord. Aujourd’hui la tribu va d’oasis en oasis à la recherche des pâturages pour le troupeau. Rachid aime connaître l’histoire de son peuple, souvent quand le campement s’endort, quand le chacal au loin pousse son cri, il va trouver Ali, l’ancêtre. Assis sur le tapis, dans le coin de la khaïma, il écoute. Le vieil homme, appuyé sur les coussins parle d’une voix monocorde, il dit les méharées d’autrefois. Il dit les razzias lors de la grande révolte contre le colonisateur, il dit le commerce des esclaves. Il dit son angoisse devant le progrès, sa peur de voir disparaître les traditions qui depuis des lunes et des lunes régissent la vie du peuple Touareg.
Rachid sait tout cela. Ce soir  il raconte à Ali son aventure du jour. Le vent d’est qui détruit tout sur son passage soufflait depuis l’aube, enveloppé dans son burnous, Rachid était parti à la recherche de bois pour le brasero. Il avançait courbé, les rafales soulevaient la poussière et devant la tempête qui enflait il trouva refuge dans une grotte pour se reposer quelques instants. Là, observant les parois de son abri, il vit des signes. Allumant son briquet pour déchiffrer le message, il eut la surprise de découvrir des dessins représentant des rhinocéros, un éléphant et d’autres animaux qu’il n’avait jamais vus.             
   -  Comment et pourquoi des hommes ont-ils pu dessiner dse bêtes qui vivent plus au sud au-delà des dunes? 

    -   Tu me l'as souvent répété Ali: " Au sud s'étendent les contrées fertiles d'où provient notre mil alors qu'au nord ne règne que le désert et la faim!"
    
 
Ali le regarda, hocha la tête, lui servit un verre de thé et garda le silence un long moment. 
    -   C'est vrai je te l'ai dit mais il n'en a pas toujours été ainsi. Je vais te conter une histoire qui se passe au tout début des temps, une histoire que la mémoire des hommes n'a pas retenue et c'est bien dommage.
 

Le désert n’a pas toujours existé, lors de la création du monde, ici aussi la terre était féconde, les hommes épandaient les semences et la pluie dispensait les arrosages nécessaires à leurs germinations. Entre les rochers de nos montagnes jaillissaient les cascades, les animaux sauvages venaient s’y abreuver, les oiseaux chantaient. Les hommes ne connaissaient pas le mensonge et cohabitaient sans heurt. Un jour pourtant, on ne sait pourquoi, l’un d’eux fit une toute petite menterie. Petite, toute petite mais c’était une tromperie. Le créateur faisant glisser entre ses mains une poignée de sable, leur dit alors : vous voyez ces grains de sable, ils sont petits, tout petits, chaque fois que vous prononcerez un mensonge, je jetterai un grain de sable sur vos terres.
Un grain, c’est sans importance, on ne le voit même pas !
Les hommes continuèrent de mentir, et voilà pourquoi, de mensonge en mensonge, petit à petit, le Sahara est devenu cette immensité où rien ne pousse. On trouve cependant de ci de là, des lieux où, comme jadis, subsistent des palmiers et des jasmins qui embaument l’air, car, tous les hommes ne mentent pas !

Rachid sortit dans la nuit étoilée, le sirocco s’était calmé, la voie lactée au-dessus de sa tête traçait un chemin dans la voute céleste.
Pensif, il rêvait aux temps lointains de la légende d’Ali, mais demain il faudrait repartir!
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La légende de la création du Sahara peut être lue dans les recueils de contes et légendes marocaines.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

cimo 01/04/2008 18:33

Belle légende mais que les dieux sont cruels!...

aimee 13/03/2008 21:36

J'adore ces légendes que tu nous conte si bien.Merçi à toi et à bientot.Aimée

chrystelyne 12/03/2008 21:22

Quelle belle légende pour  encourager la franchise  et l'honnêteté , pour dire le désert, on se laisse emporter par tes mots magiques  !bises chrystelyne

senioretjournal 12/03/2008 11:27

Bonjour,Belle légende MarocaineDouce journéeBernadette

francoise oleron 12/03/2008 07:23

Très belle cette légende et ce monsieur te raconte aussi une belle histoire dans son commentairebisousfrançoise

Jeanine et René 12/03/2008 07:16

...très belle cette légende, merci Nicole, que de mensonges dans ce Sahara !!! compliments au commentateur précédent pour cette autre belle légende... bonne journée et bisous

Adil 12/03/2008 02:46

Quelque part je me suis senti concerné par cette histoire car je pense que je suis une petite branche du grand arbre d'accacias d'Ali et de Rachid.C'est cette raison et elle seule,y en a pas d'autres,qui me dit de  rapporter au narrateur la suite de la légende qui a été racontée dans le coin des secrets de la khaïma en dehors de toute tierce personne:"Un jour le créateur décida,lui seul savait pourquoi,de déposséder et de dénuder les membres de la tribu des Mahamdinches puis de les engloutire dans du sable jusqu'au cou.Têtes au ras du sol,ils regardaient de façon envieuse passer les gens; les uns étaient vêtus de burnous,en djellaba,en joukha ou en haïk.D'autres portaient des pantallons-jeans,des culottes kaki et même des chapeaux en toile.Les mahamdinches se plaignaient nuits et jours et supléaient le créateur de leur rendre leur biens et leurs beaux vêtements,mais en vain.Un jour,ils se sont tous mis en colère et commencèrent à lancer des injures vers le haut : "mais pourquoi ciel cette cruauté?Pourquoi  ne devrions nous pas être comme les autres??C'est injuste!!C'est injuste!!"Tout à coup le vent chergui de l'Est souffla de toute ses forces, suivit une tornade des alizés du sud-ouest.Tout le sable qui couvrait les corps des Mahamdinches fut emporté loin,loin,très loin.Femmes et  hommes se retrouvèrent dans la tenu d'Adam et Eve comme le premier jour où leurs mamans les avaient mis au monde.Les rayons de soleil tappaient fort et brûlaient leurs peaux longtemps protégées par le sable.Le froid de la nuit était plus cuisant que les piqûres d'aiguillons de cactus.Les douleurs étaient terribles et personne n'y pouvait rien.A l'aurore du jour d'après,nous avions vu toute la tribu,corps nus,courirent dans tous les sens,bras tendus vers le ciel, supléant le créateur de leur rendre leur couverture de sable.Certains jeunes de nôtre tribu avaient gravé cette scène sur des roches plates et rosâtres.On raconte que les Mahamdinches continuent d'errer dans l'immensité du desert jusquà nos jours".