Pluie sur le Sahara
L’été a été très chaud comme en témoigne le paysage desséché qui s’offre à nos yeux. Depuis six mois pas une
goutte de pluie n’est venue humidifier et rafraîchir l’atmosphère. Les moutons broutent les rares brins d’herbe qui poussent sur les rochers de la hamada. Les chèvres errent dans le
village, chapardant les détritus, elles lorgnent d’un œil avide l’étalage des fruits et légumes. Avec le retour de l’automne, chacun se prend à espérer : Allah sera miséricordieux et
enverra l’eau salvatrice.
De temps en temps les hommes scrutent le ciel : des bataillons de nuages s’avancent à l’ouest, la
température a chuté de quelques degrés, cette fois l’attente sera récompensée. Mais ici rien n’est simple, il ne suffit pas qu’un gros cumulus stagne au-dessus de nos têtes pour qu’il crève et
dispense un arrosage.
Le vent se lève, violent. Chacun se calfeutre chez soi et assiste impuissant et plein d’espoir à la
révolte des forces de la nature. Les papiers tourbillonnent, les portes claquent, la mer se gonfle et les vagues se jettent à l’assaut de la falaise. Emportées par le souffle puissant, les
boules d’écume blanchâtre s’envolent et se posent sur le sol caillouteux. Quelques gouttes s’écrasent puis tout s’apaise, le ciel redevient bleu pourtant au loin une nouvelle attaque
s’annonce. L’horizon s’obscurcit, un nuage crève sans plus de succès. Il faudra attendre le soir, la nuit venue pour entendre le crépitement de l’eau sur la toiture. Hélas dans ce pays de la
démesure, un ruissellement dévastateur conclus souvent la lutte entre les éléments déchainés. A l’aube le soleil se lève inconscient du combat de la nuit. Sur le plateau, des
flaques subsistent, dans une semaine elles se couvriront de reflets verts qui feront la joie des ovins. « La moindre goutte d’eau tire du sable l’étincelle verte d’un brin
d’herbe » ( Saint Exupéry, Terre des hommes)
Parfois la chance sourit et une averse s’abat sur la région. Vite, chaque parcelle de terre cultivable est
labourée et l’attente continue : « pleuvoir n’est rien si le sol ne boit pas quand il faut à l’heure des semis et de la récolte ».
Quand les conditions climatiques sont favorables, des milliers de fleurs surgissent entre les cailloux, le miracle de la vie se renouvelle pour le plaisir des yeux et dans les familles l'espoir
renaît: cette année le blé lèvera et le troupeau mangera. Par la Grâce d'Allah!
Nicole 18 mars 08
En supplément quelques proverbes Touareg :
Le courage de la goutte d'eau, c'est qu'elle ose tomber dans le désert
Les rêves ont leur place dans la vie, une vie sans rêve est comme une terre sans pluie.
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