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6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 13:08

Près du lieu où habitait Benjamin,  un château fort se dressait tout en haut de la colline. Son papa lui  avait raconté, qu'il y a bien longtemps, Charlemagne partant rejoindre son neveu Roland avait construit une première fortification. Charlemagne, Benjamin le connaissait ! Dans son livre d'histoire, il avait vu son portrait. On disait de lui qu'il avait inventé l'école ! Benjamin ne savait pas trop s'il devait ou non s'en réjouir, mais savoir qu'il avait séjourné près de chez lui le rendait fier, et Roland ? Il s'était battu à Roncevaux avec son épée Durandal !

Depuis l'époque de l'empereur à la barbe fleurie, une  deuxième forteresse, le château neuf, avait était édifiée. Cette fois c'est un neveu du pape qui en avait commandé la construction. Le pape d'Uzeste c'était Clément V ! Tant de gens illustres qui avaient vécu dans son voisinage, enflammaient l'imagination du garçon. Déjà sa maison le faisait rêver : c'était un ancien moulin. Sous sa chambre, située dans l'ancienne salle des meules, passait une dérivation du Brion. Souvent, le soir avant de s'endormir «  il jouait à autrefois ». Avec son frère Nicolas, ils s'inventaient des rôles, tantôt il était le meunier qui accueillait les paysans, tantôt il devenait le seigneur qui venait contrôler ses sujets ! N'étant pas encore féru d'histoire, il y avait bien des erreurs dans ces reconstitutions ! Un jour, un évènement vînt alimenter ses jeux. Papa était en vacances et profitait de ces quelques jours pour faire des travaux de terrassement dans la cour. L'oncle Patrick était là pour l'aider. A l'aide d'une pelleteuse, louée pour l'occasion à la ville, ils creusaient une tranchée destinée à recevoir des canalisations. Tout à coup l'un d'eux arrêta l'engin et observa le sol. Devant leur attitude interrogative et curieuse Benjamin s'approcha. 

  • - C'est un départ d'escalier dit Patrick, regarde, deux pierres espacées d'un mètre environ, qui s'enfoncent vers le sol.
  • - Creusons, répondit papa!

Un moment plus tard, il apparut nettement qu'il y avait là, le départ d'un « chemin » qui s'enfonçait dans la terre : un sous terrain peut-être ?

Depuis leur installation dans la région, toute la famille avait entendu des rumeurs: un trésor et un sous terrain existeraient. Personne n'en connaissait le tracé ou la situation, personne n'avait trouvé de preuves mais les langues s'agitaient. Les oubliettes du château avaient une sortie à l'air libre ! L'abbaye dont les ruines de la chapelle subsistaient dans le pré voisin communiquait avec le moulin par un passage secret on ne savait trop pourquoi, mais pourquoi pas !

Benjamin et Nicolas écoutaient. On interrogea les voisins, l'ancien propriétaire, on rechercha les précédents occupants, tous étaient au courant des  bruits répandus mais aucun n'avait d'explications solides et logiques. Quelques jours plus tard, les hommes décidèrent d'interrompre leur enquête et de réaliser les aménagements prévus. Benjamin, lui, n'oublia pas, désormais il se promenait dans les bois environnants en fouillant dans les fourrés, regardant d'un œil acéré les talus, les amas de pierres. Nicolas l'accompagnait mais il avait peur de tomber dans un puits profond et de disparaître. Les alentours de la vieille chapelle attiraient le garçon mais maman avait interdit aux  explorateurs de s'en approcher. Des broussailles, des ronces envahissaient les décombres qui étaient surement habités par des occupants peu fréquentables ! Benjamin armé d'un bâton se croyait capable d'exterminer les vipères qui y avaient trouvé refuge mais Maman était intraitable. Pendant tout l'été papa continua ses travaux d'aménagement. Benjamin et Nicolas, profitant des beaux jours, continuèrent et multiplièrent les ballades dans les environs. Un jour, ils s'éloignèrent plus que d'habitude et tournant et retournant, ils perdirent leurs repères. Consultant sa montre, Benjamin réalisa qu'ils ne pourraient être à l'heure pour respecter les consignes de maman. Nicolas commençait à pleurnicher.

  • - Je veux rentrer! J'ai peur!

En sa qualité d'aîné, Benjamin voulait le rassurer !

  • - Ne t'inquiète pas! Je sais où on est! Je reconnais l'endroit, on y est venu avec papa, on y a ramassé des champignons!

Malgré ces affirmations, il ne savait trop dans quelle direction se diriger ! Il essayait de se rappeler par où il était arrivé, il regardait le soleil pour en déduire l'ouest, mais rien de sur, rien qui ne lui indique la direction de la maison. Après un temps d'interrogation il décida de marcher droit devant lui, il finirait bien par retrouver un chemin, la forêt n'était pas si étendue que cela et des fermes se trouvaient en bordure, il pourrait alors demander de l'aide. Tenant fermement la main de Nicolas pour le rassurer, il avança vers ce qu'il croyait être son but. Les oiseaux, ignorants leur appréhension, chantaient joyeusement appréciant la douceur de la fin de journée. Il flottait dans l'air des parfums d'humus et sous leurs pas les feuilles crissaient. Les fougères prenaient une belle couleur dorée annonçant l'automne. Bientôt on pourrait croiser des ramasseurs de cèpes mais aujourd'hui ils étaient seuls ! Benjamin proposa une chanson pour vaincre la peur et éventuellement se signaler. Il se rappela qu'il avait promis un bouquet à maman et coupa rapidement quelques branches !

Pendant ce temps au moulin l'impatience et la colère s'emparaient de maman. Elle appela  papa :

  • - Les enfants ne sont pas rentrés ils m'avaient promis d'être de retour à six heures!
  • - Sais-tu où ils sont allés?
  • - Ils devaient fureter dans le bois pour me ramener de la bruyère!

Papa prit son VTT et à l'orée de la forêt  il cria les noms de ses enfants. Pas de réponse, seul l'écho lui revînt. Il s'avança mais ne savait trop où chercher. 

Nicolas, un instant rassuré se mit à sangloter :

  • - J'ai peur, nous sommes perdus! Tu crois qu'il y a des loups dans le bois?
  • - Tu sais bien que non, ne soit pas idiot, on va trouver quelqu'un!

A cet instant un bruit de branches cassées les fit sursauter. Nicolas cria et s'accrocha à son frère. Benjamin se retourna :

  • - Alors les enfants vous cherchez des cèpes? C'est un peu tôt!

Ils reconnurent Jean, un voisin, qui aidait parfois  papa dans ses travaux de restauration.  

  • - On est perdus! gémit Nicolas.
  • - Perdus? Mais vous êtes à deux pas de chez vous! Regardez!

Entre les branches des châtaigniers, nombreux dans cette partie du bois, ils aperçurent les ruines de la chapelle !

  • - Allez! Suivez-moi je vous ramène au bercail!
  • - Ecoute! Nicolas sautait de joie, il venait de reconnaître la voix de papa qui les appelait!

En quelques enjambées ils le rejoignirent. Il n'y eut pas de punition, l'aventure avait suffisamment impressionnée les gamins pour leur servir de leçon !

La rentrée des classes mit fin aux recherches brouillonnes, Benjamin fut très attentif aux leçons d'histoire, particulièrement  à celles qui portaient sur le Moyen-âge !

  L'année suivante, poursuivant ses investigations, Papa apprit que son moulin était autrefois un moulin à aube et que la situation de la roue justifiait le départ d'un sentier pour l'atteindre.

Les élucubrations sur les passages secrets n'avaient plus de raison d'être !

 

               

 

 

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commentaires

cimo 14/06/2008 17:07

Comme toujours je reste scotché à ta belle histoire si bien racontée et malgré que je ne sois plus un enfant j'arrive encore à m'y projeter grace à ton immense talent. bonne soirée, continue à enchanter les petits, les grands en seront ravis!

Nicole Coste 15/06/2008 08:11


Merci Cimo, tes compliments me font rougir! Bon dimanche. Nicole


"Charly" 13/06/2008 05:52

Oh, ça c'est le genre d'histoire à raconter à des enfants un peu trop intrépides. Elle peut très bien leur servir de leçon sans qu'ils aient à la vivre. Je la retiens. Je vais la lire à mes enfants, je te dirai ce qu'il en est.Charly...

Nicole Coste 13/06/2008 07:52



Je serai vraiment contente si cette histoire influence tes enfants dans le bon sens!
Quel âge ont-ils? La finalité de mon travail sur les contes est évidemment de plaire aux enfants! Nicole



jeanine et rené 09/06/2008 08:21

...ah j'oubliais, merci aussi pour la photo de Roquetaillade !!

Nicole Coste 09/06/2008 12:58


Tu as surement compris, c'est le moulin de mon enfance situé presqu'au pied de Roquetaillade! Nicole


jeanine et rené 09/06/2008 08:18

...bonjour Nicole, très belle histoire, et qui sonne agreablement  aux oreilles de quelqu'une née à Noaillan  !merci et grosses bises !

chrystelyne 08/06/2008 19:19

Un souvenir joliment conté , qui donne toute la mesure d'une belle et douce enfance ,  peuplée de rêves et d'aventures !bises  chrystelyne

Nicole Coste 09/06/2008 07:58


Souvenir d'un lieu, le reste n'est que fiction! nicole


Francoise du Var 07/06/2008 06:23

Une belle histoire très vivante.... bravo à toiBisousFrançoise

Nicole Coste 07/06/2008 08:24


Merci Françoise Bon weekend Nicole


michelgonnet 06/06/2008 17:18

Une bien belle histoire , de quoi donner à rêver.Bonne soirée.

Nicole Coste 06/06/2008 18:08


Il y a beaucoup de vrai!! Nicole


danae 06/06/2008 15:39

Bien raconté, on s'y croirait !danae

Nicole Coste 06/06/2008 18:06


Je connais parfaitement les lieux! Nicole


Jaqlin 06/06/2008 14:59

Belle histoire que celle de ces explorateurs "en herbe". La curiosité est une qualité qu'on ne devrait jamais perdre ( même si c'est un vilain défaut, comme disait ma mémé!)

Nicole Coste 06/06/2008 18:07


Faut se facher mais pas trop!! Nicole


Christian JULIA 06/06/2008 13:32

merci pour ces magnifiques lignes...tendresses

Nicole Coste 06/06/2008 18:05


Merci Christian, tu es trop gentil! Nicole