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14 septembre 2008 7 14 /09 /septembre /2008 14:41

 Un village se crée

Dès le mois d'octobre, les camping-cars arrivent. Le bouche à oreille a bien fonctionné. On amène ses amis, puis les amis de ses amis...

Pour le pêcheur, point de puits pour situer le campement, son chemin est parsemé de balcons, de rochers et de postes de pêche


 
Une esplanade, le regroupement s'organise. Quartier des français, des italiens, des allemands, l'Europe se forme, se centralise et se décentralise au gré des caractères de chacun !Certains s'installent pour six mois et aménagent leur espace, d'autres ne seront que de passage et devront rester discrets, ne pas s'imposer, il y a les habitués et les autres ! Quelques problèmes de voisinage viendront pimenter le séjour. On transporte avec soi ses valises et ses habitudes. La vie en communauté n'est pas toujours facile, la promiscuité ne facilite pas les rapports.

Il y a toujours un chien qui vagabonde au-delà du territoire qui lui est attribué, une radio qui est réglée trop haut et la mauvaise humeur se manifeste, les clans se forment ! Rien de bien grave et la bonne humeur  règnera à nouveau dans quelques heures !

Il y a quelques années, seuls des courageux venaient y exercer leur passion.

Le désert n'offre aucune des richesses habituellement recherchées par le touriste.





Il n'y a rien à y voir, rien à entendre, il faut être animé de sollicitations très fortes pour y vivre ou bien y être né.

Le soleil s'y lève déformé par la brume, mais en montant au zénith, il lancerases flèches brûlantes, et ce n'est pas pour le folklore que l'indigène se drape dans sa djellaba et s'enroule dans son chèche !

Ici, point d'adduction d'eau, point d'électricité, le village le plus proche est à trente kilomètres, le pain frais quotidien est un rêve !

Mais le progrès est passé par là ! Avec la multiplication des touristes, le camion citerne vient remplir les bidons d'eau, les véhicules se sont améliorés, congélateur, panneaux solaires, permettent de recréer une vie meilleure. Les paraboles fleurissent, et un village de vacances est né !

Il y a même:

  Le gardien 

Bienvenue au Maroc !

Sourire aux lèvres, il nous accueille.

  • - Tu viens d'où? Tu es déjà venu?
  • - Oui, il y a deux ans, tu te souviens?
  • - C'est vrai, tu étais là-bas avec les chiens! Bienvenue, tu te mets là?

Il donne des nouvelles de ceux qui sont déjà passés, de ceux qui doivent arriver.

Après les nécessaires informations pratiques, les renseignements indispensables au moral du nouvel arrivant !

  • - La semaine dernière, André a pris un bar de quatre kilos! Il y a quinze jours, les courbines étaient là, il y a eu un orage, l'eau est marron et depuis plus rien il faut patienter.
  • - Inch Allah que le poisson revienne!
  • - Dis-moi et la sardine pour pêcher? Tu peux avoir de la sardine?
  • - Oui, je téléphone à un ami, demain Inch Allah, il te porte la sardine.

Ne jamais dire non, cela fait partie de l'hospitalité marocaine, ne rien refuser, mais s'en remettre à la volonté divine pour la réalisation des dites promesses !

 Il vit sur ce plateau depuis neuf ans, seul, il assure le gardiennage d'un abri de coopérants d'Agadir et devant l'affluence des étrangers il se reconvertit en guide touristique !

Aujourd'hui, prenant son rôle très au sérieux, il vient avec un beau cahier.

Sait-il écrire ?

Quelqu'un lui a-t-il préparé ses belles colonnes ?

Il nous demande d'inscrire notre nom.

  • - Si tu veux l'eau, tu me dis, je t'installe le bidon et quand il est vide, je téléphone!

Quelques poules, le gîte assuré, une rémunération pour ses services, le minimum vital est là !

De quoi d'autre rêve-t-il ?

A-t-il des projets ?

 Nous ne le saurons pas et ne lui poserons aucune question personnelle.

  • - Ca va?
  • - Ca va, Inch Allah!

Il n'est pas le seul à nous intriguer.

 

Une vie de pêcheur

 

Fréquemment sur le plateau, une tente, une cabane, attire l'œil. Une canne dressée nous avertit : un pêcheur professionnel habite ici.




Venu d'Agadir, de Marrakech ou bien d'un douar dans la montagne, il a, pour quelques mois quitté femme et enfants, et tente sa chance sur les falaises.

Des piquets, une toile, des cartons de récupération, l'habitation est prête. Un réchaud de terre cuite, un plat à tagine, une théière, la préparation des repas peut se faire. Ah ! J'oubliai...

 Le fanion sur le bord de la route, pour indiquer à l'acheteur qu'ici on a besoin de ses services.

Tous les matins, au volant de son véhicule, cet homme sillonne le plateau. Au signal, il emprunte la piste et distribue les appâts : cette sardine qui dégage depuis Tantan, le parfum caractéristique de la côte.

 Il prend commande des provisions, le soir il repassera

acheter les prises, fournira le pain, les légumes. Si bénéfice il y a, il rendra de la menue monnaie !

Une vie on ne peut plus simple !

Qui sont ces hommes, pour accepter des conditions aussi dures ?

Une vie aussi fruste ?


Des hommes fiers, qui ne mendient pas, et qui partagent sans hésiter, tout ce qu'ils ont.

  • - Tu pêches?
  • - Regarde, il faut que tu t'installes là, ce rocher est meilleur, là-bas, tu vas casser ton fil, il y a des cailloux dans la mer.
  • -
  • - Ici, c'est bien! Tu veux un thé?

Ne jamais refuser et assister au rituel.

Charger le réchaud de brindilles ramassées avec peine entre les cailloux,

Souffler sur les braises,

Remplir la bouilloire.

Prendre le temps, on peut beaucoup avec de la tranquillité et de la patience.

Maintenant la bouilloire bosselée chante et laisse fuser la vapeur par son bec.

L'homme jette une grosse poignée de feuilles, les ébouillante et rejette le liquide.

Il remplit à nouveau le récipient, thé vert et pain de sucre, beaucoup de sucre.

Il verse le breuvage dans un verre, le transvase dans la bouilloire et recommence, puis il goûte.

Quand il est satisfait, il remplit, en soulevant très haut la théière, des verres minuscules du liquide sirupeux.

Nous le dégustons à petites gorgées et le verre à peine vidé est rempli à nouveau!

 Après beaucoup de remerciements, nous repartirons. Peu de paroles, cet homme parle berbère ou le chleu, mais une rencontre de deux civilisations.

Inch Allah ! Si nous prenons du poisson nous le lui donnerons.

Il regarde notre matériel et choisit, hameçons, fil et des plombs.

  • - Demain, Inch Allah, je te porte la crevette.
  • - Où la trouves-tu?- Là-bas, un peu plus loin à marée basse.

Là-bas, c'est peut être à une dizaine de kilomètres ! Les longues marches sont leur quotidien et ne semblent pas les affecter.

 Ils gravissent les dunes et descendent vers la mer en sautant de rocher en rocher, avec la facilité des chèvres !

Il est temps de se mettre au travail :

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commentaires

Les pollhuguett's 26/05/2010 13:33



Bonjour Nicole,


C'est super j'adore vos commentaires;


Amicalement;


Huguette



katara 17/09/2008 12:09

Toujours cette belle écriture Nicole, si facile à suivre et qui nous plonge vraiment au coeur de ce récit. Un gros bisou en espérant que tes soucis familiaux ne soient pas trop graves.

Nicole Coste 20/09/2008 07:23


Bon weekend Katara, nous poursuivrons ce voyage! Nicole


jeanine et rené 17/09/2008 07:26

...ton récit est passionnant, côte sauvage, le désert, depaysement total ! et ces gens qui vivent de rien, quelle leçon ! bravo Nicole bonne journee et bisous

Nicole Coste 17/09/2008 07:40


Bisous à vous deux Nicole


Francoise du Var 17/09/2008 06:54

Quelle belle histoire, un bar de 4 kilos, une merveillle, merci pour toutes ces belles photos et ce voyageBisousfrançoise

Nicole Coste 17/09/2008 07:40


Il pourrait bien y avoir plus gros! Nicole


chrystelyne 16/09/2008 21:21

les photos sont magnifiques  et  ton texte  nous   transporte dans l'intimité du Maroc  !tu aimes et respectes et comprends  ce pays et ses hommes  et  tu le partages avec bonheur ,merci pour ce merveilleux  voyage  auquel  tu nous convies  !  bises chrystelyne

Nicole Coste 17/09/2008 07:39


Merci, tes compliments m'encouragent à continuer. Nicole


camomille 16/09/2008 18:03

Je ne sais si ce sont des souvenirs récents mais c'est passionnant. Je ne connais que très peu le Maroc... Avec vous je vais le découvrir ! Merci de votre visite et à bientôt !

Nicole Coste 17/09/2008 07:38


Ce séjour date de 2003, j'y reviens chaque année et prépare un nouveau départ pour très bientôt! Nicole