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20 décembre 2008 6 20 /12 /décembre /2008 18:01

Voyager est l'occasion de faire des rencontres.
Ce récit d'un voyageur est un témoignage de l'hospitalité marocaine.
Merci Jean, d'avoir partagé avec nous ces moments.

DIRECTION ICH

Après 110 kms de désert et à 45 kms d'ICH nous nous arrêtons pour déjeuner dans une zone aride et pierreuse.
Au loin nous apercevons une tente de nomades avec des troupeaux de chèvres et de moutons.
Bientôt nous apercevons 2 petites taches noires qui s'en détachent et nous savons déjà ce qui nous attend. (ti donnes, ti donnes avec plus ou moins d'insistance)
Arrêtés à 50 m de nous ils nous observent et étudient certainement les meilleurs moyens de nous attaquer.
Ils décident de nous prendre par le coté où nous ne pouvons les voir.
Intrigué je les observe par la vitre du porteur.
Ils ne bougent pas.
Un quart d'heure plus tard pris de pitié de voir ces enfants sous ce soleil écrasant je les invite à nous rejoindre pour déguster un bon jus de fruits frais.
Les 2 enfants de 4 et 6 ans s'approchent avec précautions.
Arrivés à la porte du porteur 2 petites menottes se tendent vers moi et comme une offrande me tendent 2 œufs.
Je tombe de toute la hauteur de mon piédestal et je me sens tout petit.
Un moment d'émotion devant ces humbles frimousses .
Un moment plus tard nous voyons approcher ce qui semble être la maman avec un enfant accroché à ses jupes.
Elle avance d'une façon curieuse comme glissant sur les pierres
Plus tard nous voyons arriver la sœur, une jeune fille de 13 ans qui porte une coupe remplis à ras bord.
Du lait caillé bien rafraichissant.
nous étions là à bien 2 kms de la tente.


ICH

village solitaire perdu à la frontière Algérienne dans un endroit tout aussi solitaire.
Le village ou la ville la plus proche est BOUARFA plus de 100 kms.
Accroché à une falaise le village semble replié sur lui même et ressemble à un village provençal abandonné dans les années 70.
Pas de commerce, pas d'électricité sauf un groupe électrogène qui fonctionne dés la tombée de la nuit jusqu'à 22h.
Pas de moyen de locomotion sauf une navette les lundi et vendredi vers Bouarfa.

Composé de 40 familles soit environ 400 personnes, le village domine une petite palmeraie jardin d'où il tire sa subsistance.
Une petite source alimente les jardins et un petit château d'eau qui alimente les habitations.

Un petit détachement militaire est installé à l'entrée du village.
Lorsque nous arrivons un militaire nous place dans leur parking et un des militaires nous annonce qu'il est spécialement désigné pour nous servir de guide. MAO n'est po loin.

Au cours de l'après midi nous visitons le village en sa compagnie, les bains douches communautaires hommes puis celles des femmes avec son lavoir qui fonctionne toujours.
Vieilles ruelles pavées, parcs à chèvres.
Nous ne rencontrons personne dans ce village, le militaire nous explique que les femmes s'occupent de la maison et les hommes des jardins.
Visite des jardins ou nous rencontrons surtout des enfants, pas de jardins clôturés mais 5 tours de guets désaffectés.
Visite de l'école, de l'infirmerie occupée par un infirmier qui y loge.

À 300m du village une KAIMA.
ICH étant un village d'agriculteurs un chevrier est chargé de s'occuper des 400 chèvres du village.
Ce chevrier vit avec sa femme et ses enfants dans cette tente.
Dés 6h il récupère les chèvres et part dans les montagnes avec son troupeau qu'il ramènera à la tombée de la nuit. Son fils de 8 ans l'accompagne.
Nous nous approchons de la tente. L'état sanitaire de la tente et de ses environs est épouvantable. Femme et enfant en bas âge circulent pieds nus dans une couche de crottes jusque sous la tente.
Un enfant nous tend 2 œufs et la femme nous apporte un bol de lait où des grumeaux surnagent. Je vais être malade, je le sens mais ne peux refuser devant tant de gentillesse.

A 19h nous sommes à nouveau au CCar et partageons avec les militaires, thé, apéro, couscous au lait de chèvre, souvenirs etc....
On se passe les albums photos on me montre un groupe de CCaristes qui ripaillent au milieu de ce village. j'en ai la nausée cela doit être le lait ?.

Très tard le soir l'adjudant vient encore s'enquérir de notre bien être et nous proposer thé ou café avec pain et huile d'olives pour le petit déjeuner.

Tôt le matin les chèvres me réveillent en traversant le village pour rejoindre le berger. Elles accourent de toutes les ruelles pour leur rendez vous devant la tente du berger. Ce berger est en principe un nomade qui se déplace au gré du pâturage, ici il est sédentaire.
Plus tard je prends mon paquetage et me dirige vers la Kaima pour le remettre à l'enfant qui déjà m'attend. Sans un mot il récupère le sac et le traîne vers la tente.
La mère me fait un signe bien timide.
Le berger et son fils de 8ans sont déjà dans les montagnes.
De retour au parking l'adjudant attend déjà avec sa théière.
Nous ne sommes que des voyageurs qui passons comme des pèlerins en quête de savoir et de souvenirs.
Pour la première fois depuis bien longtemps notre contact ne s'est pas réalisé dans un village.

DIMANCHE le 20 avril 08

Nous décidons de continuer notre chemin.
En cours de route nous croisons un fennec puis beaucoup de lézards géants soudain ma mie me crie
« LA LAAA ATTENTIONNNN»
Cha y est j'ai écrasé quelqu'un « OU OU ?? »
« Sous le ccar...... 2 lézards »
Je recule et il en reste un, 40cms de long et 20 de large, la largeur du pneu de notre CCar. Paix à son âme.

ENFANTS AUX PIEDS NUS SANS AVENIR
Peu après nous apercevons la KAIMA des enfants rencontrés la veille. Lentement nous quittons la route pour nous engager dans un terrain bien pierreux mais nous y parvenons sans trop de difficultés.
Nous nous arrêtons à 20m de la tente.
Pendant notre approche ils ont déjà préparé le terrain, œufs, lait de chèvre, fromage de chèvre .....le comité d'accueil (3 femmes et 5enfants) est prêt et nous très gênés.
Après un échange de petits cadeaux nous sommes entraînés sous la Kaima.
8m de long et 5 de large, un large trou au plafond à une extrémité prés de l'entrée sous lequel est installé la cuisinière (4 cailloux, un petit feu au milieu) l'ensemble est propre et bien aéré. Nous y pénétrons à 4 pattes.
La tente est divisée en 2 parties, une pour les animaux (poules, coqs, dindons, lapins) semble t-il et une pour les adultes.
Un muret fait de caisses, sacs à provisions, couvertures et coussins les sépare.
Une trentaine d'agneaux et de chevreaux pattes liées sont entassés sur un des cotés.
La dame la plus âgée nous montre son savoir faire avec la toison des moutons.
La plus souriante nous montre une baudruche, qui contient du lait. En forme et de la taille d'un mouton elle l'agite avec force.
La plus jeune, belle à faire damner les dieux, nous prépare le thé et les galettes.
Les enfants entretiennent le feu et chassent de la tente poules, dindons, lapins à coups de pieds ou de pierres.
On a étalé à terre à notre intention un tapis et des coussins.
Nous nous déchaussons, nous sommes les seuls à avoir droit au tapis et aux coussins.
Rituel lavage des mains dans une cruche et broc en plastique.
Avec les galettes on nous sert du saindoux ??.
bon OK pas ricanement cela doit être du beurre de leur bétail.
Le petit déjeuner est délicieux, les crêpes ont le goût et la texture d'un croissant chaud.
C'est bientôt la franche rigolade nous arrivons à nous faire comprendre par gestes et grimaces.

2 heures plus tard tournée général de coca dans le CCar. 10 personnes dans le CCar y reste po de place.
Nos invités sont fascinés par le robinet d'eau et la salle d'eau.
Il est 13 heures le berger rentre avec son troupeau, on lâche les agneaux et chevreaux qui courent rejoindre leurs mères.
La dame souriante vient nous prier de rejoindre leur table mais malheureusement nous somme déjà en train de déjeuner sans avoir vraiment faim.
Déçu, elle repart avec des cigarettes pour le berger.
Qu'à cela ne tienne elle revient avec un délicieux couscous sec puis peu après avec une omelette au fromage de chèvre.
BOCUSE est un débutant chez Mac do en comparaison de notre charmante et belle cuisinière. un délice.

Nous leur demandons si nous pouvons passer la nuit ici.
les visages s'épanouissent.
Je passe l'après midi à errer dans le désert avec le garçon le plus âgé, 8 ans.
Moi jean et toi ?
???
Moi jean en me frappant la poitrine comme un gorille et toi ?
???
Jean et toi ?
????
Jo et toi ?
????
Je dresse l'oreille et la tend vers lui car il me semble entendre un murmure
Harrreuuuuu
Comment ?
Je m'appelle rrrrrecs moins fort qu'un murmure
Bon d'accord, pour nous deux tu seras ALEX
Il me répond par une grosse toux.


L'après midi n'est pas de tout repos, dés qu'une poule a pondu un œuf les enfants accourent nous l'apporter
Le summum est atteint quand ils nous ramènent 2 BELLES TRUFFES car ils ont droit à une récompense.
Pendant 2 heures les enfants rapportent les truffes, une par une, qu'ils cueillent dans le désert.
Pendant ce temps les dames nous prennent pour des toubibs elles nous ramènent leurs ordonnances et nous désignent leurs bobos, elles repartent toutes fières avec parfums et savons odorants qu'elles sniffent à en perdre les sens .boudiou el ont gagnées li gros lot.
Le berger fait la sieste et on se relaie pour garder le troupeau, (60 moutons et autant de chèvres) aux pâtures à 1 km.

Un fût de 200 litres sur une charrette sert de réservoir d'eau que l'on va remplir dans les environs.
6 ânes ou mules (j'vois po la différence) servent comme moyen de locomotion et de transport d'eau et de déménageurs.
2 chiens pour aboyer.

La nuit arrive et le ciel est couleur ocre.
Les photos sont splendides.
La plénitude.

Les enfants dorment sous une deuxième tente qui ne sert qu'à cela.
Pas de matelas tout le monde dort sur un tapis rembourré et des couvertures .

Nous dormons tranquillement jusqu'à 4h et là ce n'est plus le muezzin mais le coq qui nous réveillent ainsi que les chiens et les ânes.

A 5 h je regarde l'horizon et je vois une tête qui émerge du troupeau, c'est la jeune fille de 13 ans en train de traire le troupeau.
Il fait frisquet ce matin 9°

Nous avons 450 kms à faire pour arriver à HASSI LABIAL prés de MERZOUGA, nous devons partir tôt avant que le soleil soit à son zénith.
A 6h mise en route du CCar les femmes accourent avec bol et lait chaud de chèvre.
6h45 nous partons enfin avec des souvenirs et des images extraordinaires.

Un instant rare.

Pauvres enfants quel est leur avenir dans la société moderne ?.
Ne nous leurrons pas nous avons eu la chance d'être tombés sur une famille très soigneuse .
Beaucoup des enfants de nomades ressemble à la famille d'ICH.
Nous étions un peu déçus de notre crochet de 500kms mais notre seule rencontre avec ces derniers nomades vaut le détour.

En quittant cette terre ingrate je pense encore à ces enfants ayant déjà perdus toutes leurs illusions et leurs rires d'enfants.
A 5 ans l'enfant garde déjà le troupeau et ne se plaint plus.
A 13 ans cette jeune fille Cosette au visage triste trait le troupeau bien avant le levé du soleil, toute la journée elle est occupée, soit à filer une corde, soit à s'occuper du dernier né toujours dans ces jupes, soit .......
Ici pas de radio ou de télé, de jouet quelconque, de livres ou de BD on ne sait peut être même pas que cela existe.
J'aimerai leur transmettre ma hargne de se battre contre un avenir prédéfini.

                                                            Jean

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commentaires

cimo 01/03/2009 12:01

bravo pour ce récit sensible , une écriture que j'aime bien, simple et émouvante. amities

Rémy 28/01/2009 19:38

Re BonsoirExcusez moi je n'avais pas tout lu.Jean.... merci à toi de ces récits d'une simplicité et d'une vérité extraordinaires. Des mots simples pour dire tant de choses .... de simples mots et les images arrivent toutes seules.........Le début d'un film ........ Merci encoreRémy

chrystelyne 29/12/2008 21:17

Ce sont souvent ceux qui n 'ont  rien qui donnen t le plus , ce témoigange  en est un bel exemple  !  ce texte est  tès touchant !  quel contraste  entre ces enfants qui ont si peu  et les notres qui  ont  trop  !  des mots  bienvenus  pour réfléchir  en cette période de fête   à la frénésie , à l'indécence  des courses  de noël, à la  vraie valeur  d'un cadeau   !merci pour ce partage chrystelyne

jeanine et rené 23/12/2008 07:27

Azalaïs 21/12/2008 21:09

où que tu sois, je te souhaite un très doux et très joyeux Noëlbises

danae 21/12/2008 19:38

C'est touchant l'accueil de ces populations pauvres mais qui partagent.Bonnes fêtes Nicole

paola 21/12/2008 17:43

Je profite de mon passage pour te souhaiter de très bonnes et douces fêtes de fin d'année.Bisespaola

jeanine et rené 21/12/2008 08:04

oh ! quel superbe texte ! très touchant, merci Jean, ça remet les idées en place ! Bravo à Nicole pour avoir mis ce merveilleux article à la Une ! nous te souhaitons de bonnes fêtes, un Joyeux Noel et un Heureux Nouvel An ! grosses bises