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Lundi 30 mars 2009


Ce matin la marée basse est à huit heures, et son coefficient 96 indique une amplitude importante, les conditions sont remplies pour une pêche à pied (c'est ainsi qu'on nomme le fait d'aller à la recherche de coquillages ou autres).
Sacs, crochet, couteau, un petit trident et surtout de bonnes chaussures les risques de glissades sont nombreux sur les rochers recouverts d'algues, le plateau s'étend sur plus d'un kilomètre, il est entièrement hors d'eau, la chasse est ouverte ! Je suis seule, les blocs calcaires ont des arêtes coupantes, c'est donc avec précaution que j'avance vers l'océan. Surprise ! Je dérange quelques oiseaux marins qui s'envolent en poussant des cris stridents de colère ou de peur. Les effluves iodés se mêlent à l'odeur salée de l'Atlantique. Pour être sure de ne pas revenir bredouille je me dirige vers la plate forme des moules. Tout le monde connait ce coquillage oblong, noir bleuté ou violacé à reflets châtains. Cette moulière naturelle me permet, en choisissant les plus grosses pièces, de remplir une poche pour le dîner. Il faut essayer de les détacher une à une et ne pas arracher le naissain. Maintenant chasse aux bulots également appelés buccins ou rochers. Ces gros escargots à coquille allongée se repèrent en limite du plateau lors des marées de vive eau (plus au Nord on ramasse des rochers à pourpre). Parfois ils s'aventurent sur la rocaille mais sont le plus souvent dans les anfractuosités à l'abri de l'assaut des vagues. Un œil exercé, une habitude des lieux mais surtout la passion de la cueillette font de la quête une réussite. Glaner des coquillages oblige à surveiller l'heure, inévitablement le flux avance de plus en plus loin et le rocher sur lequel on se croît en sécurité pourrait bien se trouver isolé et rendre le retour périlleux. Pour les novices les bigorneaux ont colonisé le plateau et les berniques (chapeau chinois) solidement fixés à la paroi rugueuse ne tentent guère le promeneur averti. Une autre fois, munie d'une balance, j'irai piéger les crevettes. Elles se cachent dans les recoins sombres des trous d'eau et sont attirées par l'odeur d'une sardine déposée au fond de la cavité. On peut en relevant très vite le piège en cueillir une poignée. Il suffit de recommencer, la patience est recommandée ! Le pêcheur local traque le poulpe, il a une valeur marchande mais possède une intelligence qui est loin d'en faire une proie facile. Il faut savoir qu'il est gourmand ; résiste difficilement à une sardine qui se balance devant son refuge. C'est également un animal solitaire et la vue d'un congénère le fait jaillir pour une attaque. Une petite pieuvre ou un chiffon blanc servant de leurre et on peut apercevoir un tentacule se projeter pour punir l'intrus. La patience sera récompensée, l'animal après plusieurs tentatives ira à l'affrontement. Aurons-nous encore l'envie de le harponner?
Plus facile est la récolte des oursins appelés châtaignes de mer ou hérisson de mer. Sachons-nous protéger de ses épines calcaires !
Le retour est une promenade sur la plage : un chien errant course les mouettes qui piaillent, des petits oiseaux à longues pattes courent sur le sable........

 

Par Nicole Coste - Publié dans : Récits de voyage
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