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25 mars 2007 7 25 /03 /mars /2007 14:43
         
 
 L’été vit ses derniers jours, déjà les brouillards matinaux annoncent la saison suivante.
Les arbres se parent des couleurs automnales. Dans les forêts, l’humus fermente, on dit ici que la terre fleurit et que les champignons vont pousser !
Odeur de rentrée des classes, odeur de vendanges, c’est le moment de rentrer les récoltes, de se préparer pour l’hiver.
           Les hirondelles se rassemblent sur les fils électriques et préparent leur migration.           Attendues par les chasseurs dans les cols pyrénéens, les palombes fuient vers des contrées plus chaudes. Des envies d’ailleurs s’emparent de nous. Bientôt le grand départ !
Nous ne serons pas seuls, chaque année à la même époque, nombreux sont les européens du nord qui fuient vers des cieux plus cléments !
Où vont-ils ?
Comme les oiseaux migrateurs, ils choisissent leur destination en fonction de leur pays d’origine.
Certains feront halte en Andalousie, mais la plupart d’entre eux changeront de continent.
Que cherchent-ils ?
Un exotisme gorgé de soleil mais aussi des rencontres, et pour certains la possibilité de réaliser leur passion. C’est notre cas, attirés comme les papillons, par une lumière lointaine, nous irons cap au sud !
 
Traversée de l’Espagne, franchissement du détroit, le rocher de Gibraltar se dresse pour surveiller cette transhumance qui à chaque saison froide se renouvelle.
Se souvient-il d’autres passages ?
Phéniciens, Carthaginois n’ont laissé que peu de traces de leurs incursions tandis que les Maures et les Arabes ont établi leur suprématie sur le sud du pays « El Andalous ». Ce fut l’ère de l’expansion islamique, l’Afrique du nord était alors un espace de culture et de religion opposé à celui de l’Europe.
Plus tard les puissances coloniales attirées par des richesses supposées ou réelles entreprirent à leur tour une marche conquérante.
Beaucoup plus pacifiques sont les dauphins qui nous accompagnent.
A bâbord, à tribord, de nombreux navires coupent notre trajectoire, et déjà les rives de l’Afrique se profilent à l’horizon. La baie de Tanger apparaît, le Maroc nous accueille.
Les formalités douanières nous mettent dans l’ambiance : quelques palabres, attente au guichet, nous entrons dans la ville !
Premier choc des cultures : foule bariolée, bruyante,  charrettes tirées par les ânes ignorant les règles élémentaires du code de la route.
 Par la fenêtre ouverte, des effluves nous parviennent. La terrasse d’un café est une invite à un arrêt : notre premier thé à la menthe !
Nous ne nous laisserons pas prendre au charme un peu trouble de cette ville, notre but est ailleurs !
Paysages méditerranéens, figuiers de barbarie, forêt d’eucalyptus, une autre civilisation !
Des villages en pisé, dominés par un minaret s’égrènent tout au long du chemin. Dans les champs cultivés, on récolte les légumes qui seront vendus au souk, le lendemain.
Des cigognes nous ont devancées. Elles cherchent dans les flaques d’eau, vestiges de la dernière pluie, un peu de nourriture.
Là, des vergers d’orangers et de citronniers font oublier, pour un instant, la sécheresse, fléau du pays.
 
Agadir est derrière nous…
Le vent  apporte un léger parfum de sable mêlé aux embruns de la mer, tout juste de quoi nous maintenir dans la légère euphorie qui accompagne notre périple.
On longe la côte pendant plusieurs kilomètres avant de pénétrer dans l’intérieur des terres, ici le climat est adouci par la proximité de l’eau.
Un voile de poussière mouvante traverse la chaussée, le vent d’est va-t-il venir troubler et retarder notre voyage ?
De tous temps, deux dangers ont guetté les intrépides qui s’aventuraient sur les pistes du sud, le vent et la chaleur qui crée les mirages.
Vent de sable, chergui ici, sirocco ailleurs, c’est toujours lui qui est le plus redouté car il peut, rapidement, se transformer en tempête, mais aujourd’hui, le ciel bleu augure d’une belle journée.
De chaque côté de la voie, ce n’est pas encore l’immensité aride du Sahara, ce paysage chaotique où toute vie végétale semble exclue.
Dans les champs de pierres et de cailloux, des troupeaux de chèvres sont à la recherche de la touffe d’herbe, de l’arganier, olivier du désert, qui comblera leur appétit. Nullement incommodées par les épines de l’arbre, elles grimpent dans les branches, et jouent les équilibristes pour la plus grande joie des touristes. Il n’est pas rare d’en voir une dizaine accrochée aux branches du même arbre ! Arrêt photo pour ceux qui viennent ici pour la première fois !
Les enfants, au regard luisant de malice, les surveillent et  font de grands gestes, une halte et ils se précipitent :
   -   Un dirham pour la photo !
Très vite, une grappe de bambins surgit près du véhicule. Comme un essaim d’abeilles, ils tournent autour de nous, tendant leurs mains, quémandant une babiole.
Clic, clac, distribution de bonbons, puis, gentiment mais fermement, il faut les éloigner et reprendre la route. C’est pour eux un évènement dans leur journée, ils attendront le prochain passage d’étrangers en jouant dans la poussière.
Sur le bas côté, profitant de l’ombre d’un eucalyptus, un bourricot, une charrette, et un homme couché à même le sol.
Rien ne presse,  après un somme, il empruntera la piste qui s’enfonce là-bas entre les rochers pour rejoindre un douar niché dans la montagne.
Combien de kilomètres le séparent de son village ?
Dix, quinze, peut-être vingt !
Rien n’est plus étranger à un arabe que le besoin incessant d’action.
Ils ne connaissent pas le prix du temps et ne peuvent  comprendre notre impatience !
 
 Les paysages superbes, dunes de sable, montagnes de l’Atlas, défilent de chaque côté.
 
A l’approche d’une ville, règne une vive animation.
Nos provisions se font rares, curieux, nous partons à l’aventure.
Voilà les boutiques ! Le marchand de fruits et légumes côtoie le boucher, le barbier, le soudeur à l’arc, le laitier et même le dentiste.
Le marchand d’épices se signale par un étalage du plus bel effet, c’est un régal pour les yeux et pour le nez ! Cette fois nous sommes vraiment ailleurs !
 
   -   Bonjour ça va ? Français ?
   -   Tu connais le Maroc ?
Chacun essaie de nous satisfaire, n’hésitant pas à aller dans l’échoppe voisine chercher l’article qu’il ne possède pas.
   -   Tu veux du lait frais ? Regarde celui là sort du réfrigérateur il est froid !
Les paniers bien garnis, nous regagnons la rue.
Toute la vie réunie en un même lieu. Au milieu de la cohue, des appels, des cris, des rires, étrangers, nous le sommes, conscients de notre différence, curieux mais discrets.
Des femmes, enroulées dans leur voile qui ne laisse apparaître que leurs yeux, ont placé sur leur tête, le plateau chargé du pain qu’elles vont déposer chez le boulanger pour la cuisson. Tôt ce matin elles ont pétri, malaxé et travaillé la pâte avant de former les boules qui seront cuites dans le four de l’artisan.
Des hommes palabrent autour d’une tasse de thé, des enfants quittent l’école, laissant la place à d’autres qui prendront le relais.
Certains ne résistent pas à l’envie de nous aborder :
-            T’as pas un stylo ?
-            T’as pas un bonbon ?
 
Malgré le désir de leur faire plaisir, nous rejoignons notre véhicule. Les plus courageux nous aident à porter nos paquets, veulent nous indiquer les curiosités, nous accompagner, cela mérite quelques friandises.
Plus loin, toujours plus loin, nous continuons !
 
Le soleil est au zénith, depuis quelques heures, par la fenêtre ouverte, des bouffées d’air chaud nous caressent le visage, avant goût de la fournaise de l’intérieur.
Insensiblement, nous nous rapprochons à nouveau de la côte, l’air marin trouble le ciel, la brume s’élève à l’horizon.
Nous roulons maintenant sur un plateau qui surplombe l’océan.
Tel un trottoir interminable, le Sahara, de cailloux, de sable jaune, longe la mer.
Depuis des millénaires, la terre et les coquilles des animaux marins se sont agglomérées et les falaises ont résisté aux assauts des flots qui inlassablement viennent se fracasser contre elles.
Les alizés, sans répit, usent, sculptent et créent des paysages d’une sauvage beauté.
Nous laissons derrière nous TanTan, port sardinier, dernier havre avant les ports du grand sud.
Devant nous  des grandes étendues de rocaille et ça et là quelques touffes de tahlas à moitié desséchés. Les dromadaires se régalent de ces épineux qu’ils arrachent et mâchent avec volupté. Quelques uns errent, insensibles au trafic qui les a remplacés. L’ère des caravanes est terminée, c’est le règne du quatre-quatre et des camions.
Le pays des hommes bleus, l’immensité mythique qui traverse l’Afrique, s’étend devant nous. Nous resterons, face à une autre immensité : l’Atlantique.
Notre but est proche….
Un pont sur un oued : bien qu’asséché dans la plus grande partie de son cours, près de l’océan, il s’étale dans une zone  marécageuse et un peu de verdure pousse sur ses rives. Les flamants roses fouillent la vase, les oiseaux font une pause avant de rejoindre l’hivernage du banc d’Arguin.
Des goélands, face au vent, sont en grand conciliabule.
En amont, des lauriers roses puisent dans le sol un peu d’humidité pour survivre.
Le grondement des vagues s’engouffre dans cette trouée et soudain au détour d’un virage, sur une plate-forme, un village de campeurs.
Les nomades se rassemblent autour d’un point d’eau, mais ici pas de puits, pas de pâturage.
Ont-ils tous étaient attirés par un mirage, le deuxième danger ?
Comme aimantés par le lieu, nous empruntons la piste, signalée par un petit tas de pierres. Taillée entre les rochers, elle nous conduit vers ces « aventuriers ».
Venus de différents coins de France et même d’Europe, ils sont là pour la même raison.
Pour elle, ils ont accepté une vie rude dans un milieu hostile et, pour trois ou quatre mois ont troqué le confort contre une vue inoubliable et l’exercice de leur passion.
 
Le désert n’offre aucune richesse tangible, aucun trésor à découvrir, rien à y voir, rien à entendre, il faut être animé de sollicitations invisibles pour venir vivre dans ces lieux inhospitaliers.
De camping en camping, ils ont entendu l’appel : « il faut aller au sud tenter sa chance ! »
 
Le véhicule à peine stoppé, les politesses échangées, un sentier de chèvre part en direction de l’eau, nous l’empruntons.
Le voilà, ce fameux balcon au dessus de l’océan, celui pour lequel on a roulé 3000 kilomètres !
Eau, électricité, pains frais, inconnus !
Il faudra s’adapter, mais le premier bar moucheté que l’on remontera, quel plaisir !
Quelle récompense !
Une courbine de cinq, dix kilos, peut-être plus ! On peut toujours rêver !
La pêche, l’espoir de la grosse prise, voilà le motif de la transhumance !
Les narines frémissent : « Ca sent la sardine ! C’est ici l’appât de prédilection et son odeur s’infiltre partout !
Avant de faire halte et de s’asseoir sur un rocher, il faut faire le ménage. Les mouettes attendent le départ du pêcheur pour inspecter les lieux, mais déçus par cette nourriture salée, elles l’abandonnent à une lente décomposition.
A nos pieds, la mer ! Se peut-il que dans ces eaux profondes, se cache la réalisation de nos espérances ?
 Une sensation de paix nous envahit, demain, c’est sur,  une autre vie va commencer…..
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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commentaires

chrystelyne 29/03/2007 21:26

Bonjour Nicole
tes récits de voyage sont un régal, tu n'oublies rien , les paysages, les odeurs, les sons, les saveurs, leslégrendes,les  gens , l'ambiance.
Tes mots portent au rêve et sont une invitation au voyage , d'ailleurs , ayant un projet je puise dans la féérie de tes mots, des idées de destination !
merci pour ton soutien sur mon blog , cela me touche beaucoup !
amicalement   chrystelyne