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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 16:25

 

Mohamed habitait  un village, dans l’intérieur du pays, loin de la mer.

Un été, il devait avoir vingt ans, étaient arrivés au village des cousins partis chercher fortune en France, dans ce qu’il croyait être le paradis.

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 Une voiture chargée de cadeaux pour toute la famille, tout laissait à penser qu’effectivement la vie était meilleure de l’autre côté du détroit.

Pour leur arrivée on fit la fête ! Elles sont si peu nombreuses les occasions de faire la fête au village ! On tua le mouton, on posa des questions, on assista à la distribution des cadeaux.  Une bousculade mémorable accompagna le déchargement de la voiture .

Il fallut d’abord enlever la bâche bleue qui recouvre la galerie de toutes voitures rentrant au pays.

La curiosité était grande, les enfants s’emparèrent des vélos, certes pas neufs, mais qui allaient égayer les vacances et qui rendraient de bons services, le vélo est ici un moyen de locomotion pas un jouet !

Les filles admirèrent les vêtements, les mamans rangèrent  la nourriture, les hommes eurent droit aussi à quelques objets qui rendraient service.

Avec fierté  les cousins jouaient les pères noël.

La route était longue de la région parisienne jusqu’au village. Plusieurs jours de conduite, la France, l’Espagne puis le passage du bac  d’Algésiras à Ceuta, et enfin la descente du «  pays » jusqu’ici.

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Ils sont arrivés, fatigués mais contents de retrouver la famille. Ils ont oublié les tracas de la route, les siestes rapides pour reprendre des forces, la longue file d’attente pour le passage du détroit.

Vous n’étiez pas les seuls à rentrer au pays !

Oubliés aussi, les soucis, là-bas ce n’est pas forcément le paradis. On ne va pas casser le rêve, on ne racontera que les bonnes choses. Un mois de vacances, congés payés c’est déjà quelque chose, pourquoi parler du travail à la chaîne, des   levers à l’aube, et de tout le reste.

Les hommes écoutaient, un peu envieux de cette réussite apparente. Mohamed, attentif, faisait des projets : un jour, lui aussi rentrerait et distribuerait des cadeaux !

Tu vivais chez tes parents, travaillant avec eux. Cultiver quelques arpents de terre, tenir l’épicerie, occupaient tes journées mais ne te laissaient pas espérer un avenir meilleur. L’agriculture est soumise aux conditions météo et celle-ci sont capricieuses !

Il n’est pas rare dans cette région d’attendre plusieurs années,  une pluie nécessaire !

Tu étais allé à l’école et avais appris à lire et à écrire. Tu étais même allé au collège à quelques dix kilomètres de ton village, ce n’était pas si courant !

Malgré ces études tu étais revenu au village, rejoindre tes sœurs, qui, elles, aidaient la mère, gardaient les chèvres et assuraient les provisions d’eau en allant tous les jours au puits.

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Une vie simple, peu lucrative, qui n’autorisait aucune fantaisie, ni surprise !

Un jour par semaine, le souk attirait du monde, on y faisait provision de légumes et autres courses nécessaires à la vie de tous les jours. De temps en temps, le taxi vous amenait à la ville, pour des formalités administratives ou pour des achats spéciaux.

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Si tu ne réagissais pas ta vie ressemblerait à celle de tous, tu voulais autre chose. Une femme, des enfants, tu avais de l’ambition pour eux, mais il te fallait partir.

Partir, une idée qui ne quitterait plus !

Dans ta tête commençait à s’organiser tes futures actions : gagner de l’argent pour le départ, convaincre ta famille, et tenter la grande aventure pour revenir au pays les bras chargés de cadeaux, et voir les sourires heureux des tiens.

Si tu restes ici, les quelques dirhams que tu gagnes te serviront tout juste à survivre, pas besoin de banque pour tes économies !

Gagner de l’argent, oui, mais comment ?

 

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