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contes du Maroc

Mardi 13 mars 2007 2 13 /03 /Mars /2007 13:21
MIRAGE OU REALITE ?
 
 
 
Il y avait dans cette vaste étendue désertique un étrange animal.
D’où venait-il ? Tous l’ignoraient. Il errait mélancolique, cherchant vainement sa pitance entre les cailloux qui jonchaient le sol. Une belle et étrange histoire d’amour avait permis sa venue au monde. Hélas, la suite, comme vous allez le découvrir, n’inspirait que tristesse et remords.
 
Une ânesse était née dans un village du grand sud niché dans les montagnes de l’Atlas, une région pauvre, aride, où la vie est une lutte perpétuelle. Quand les pluies, si rares, tant espérées, permettaient d’envisager les semailles, elle tirait la charrue. Tous les soirs les enfants la chargeaient de bidons et, par le sentier qui serpentait dans la colline, la menaient au puits. Ployant sous la charge elle ne pouvait se dérober au pénible retour : armés d’une pique, ses conducteurs, la houspillaient sans arrêt. Elle avançait tête basse, lentement mais prudemment, espérant un picotin d’avoine en paiement de son travail. Une pierre qui roule et c’est la chute, la pente était raide et le chemin escarpé.
 
 Dès l’aube, le lundi, jour de souk, la famille s’entassait dans la carriole et la promenade se déroulait suivant un rite immuable : pas question de flâner, trot de rigueur, le fouet prêt à  claquer si le rythme ralentissait. En bordure d’un champ, envahi par une foule bruyante et active, elle retrouvait ses congénères et tous attendaient la fin des festivités, entravés mais libres de papoter. La convivialité des ânes est légendaire, ils aiment la compagnie de leurs semblables. Sa mère y avait rencontré l’élu de son cœur, bientôt, elle aussi aurait un ami, et fonderait un foyer.
Le destin devait en décider autrement !
 
En revenant de la corvée d’eau, elle trouva, couché dans son étable, un compagnon inattendu: un dromadaire ! Le paysan l’avait acheté, le matin même, à une caravane qui terminait son ultime voyage.Le camélidé, connu depuis l’antiquité pour ses capacités à tirer l’araire, serait parfait pour défricher la terre fraîchement acquise dans des lieux inhospitaliers.
Le lendemain, attelés de concert, ils s’efforcèrent de tracer un sillon, le plus droit possible, dans un sol rocailleux à flanc de montagne.
Fatigués, fourbus, après avoir accompli leur rude labeur, ils retrouvèrent leur litière pour une nuit de repos. Une amitié, une tendre complicité s’établit entre eux.
Dame nature nous réserve parfois des surprises !
Les savants, depuis longtemps, jouent à l’apprenti sorcier dans leur laboratoire, manipulent les gènes et mélangent dans les éprouvettes les semences sélectionnées. Ils seraient bien étonnés s’ils apprenaient que dans une remise, naquit, douze mois plus tard, un être hybride. Eux qui après de multiples tentatives, n’ont réussi à produire que deux camas, mélange d’un guanaco et d’un dromadaire.

 
 Un braiment de joie rompit le silence de la nuit pour saluer sa venue.
Le papa très fier, blatéra de satisfaction. A genoux il ne se lassait pas d’admirer sa progéniture.
Le maître des lieux, interloqué, cherchait en vain une explication à cet enfantement.
Les enfants accoururent, caressèrent la petite boule fragile qui tentait de dresser ses pattes flageolantes. Personne, ce jour là n’examina attentivement le nourrisson, il eut donc la vie sauve. Affamé, il téta goulûment la mamelle qui s’offrait à lui.
 
Pris par leurs occupations, peu enclins à s’attendrir devant les évènements de la vie, somme toute bien naturels et ne nécessitant pas d’attention particulière, les habitants du logis laissèrent mère et bébé faire connaissance. Si le nouveau né survivait, il serait temps de prendre une décision, dans le cas contraire, on attendrait la prochaine naissance.
 
Quelque temps plus tard, abasourdi, l’agriculteur observait « la chose ».
Elle gambadait autour de sa mère, folâtrait dans l’herbe derrière la maison. Par la porte restée ouverte, les senteurs printanières les avaient attirées à l’extérieur. Couché dans la paille, le dromadaire regardait son rejeton avec fierté, mâchonnant consciencieusement son brin de verdure.
 
Etait-il devenu fou ? L’homme se frotta les yeux, écarta une mèche rebelle, non il ne rêvait pas, elle broutait là devant lui. En silence, de peur d’alerter les voisins, il avança prudemment vers le couple. Troublé, il n’osait les toucher !
De loin on pouvait croire à un petit ânon, la couleur, les oreilles sans cesse en mouvement, oui, c’était bien l’héritage maternel. Mais son dos ? Cette excroissance, cette bosse, qui se balançait de droite à gauche, comme un sac vide ?
Et son museau ? La lèvre supérieure fendue, une haleine à faire fuir le plus intrépide des curieux, sa mâchoire allait et venait, ne réussissant pas à conserver les grains d’avoine que sa mère lui désignait.
Sa queue ? Longue, balayant le sol et munie d’une ridicule touffe de poils à son extrémité !
 Regardant furtivement si quelqu’un pouvait apercevoir ce qui se passait dans son jardin, le fermier se désolait.
 Une catastrophe ! Il deviendrait la risée du douar si la nouvelle se répandait !
Il fit rentrer les animaux dans l’étable, ferma soigneusement la porte à clé et s’en fut dans le djebel pour réfléchir.
L’angoisse s’empara de lui. Il ne se souvenait pas d’avoir insulté un djinn, ni blessé un marabout qui aurait pu lui jeter un mauvais sort.
Quel péché avait-il commis ?
Assis sur un rocher, à l’ombre d’un figuier, la tête entre ses mains, ses pensées se bousculaient : comment résoudre une telle situation sans se couvrir de ridicule?
Seuls les siens s’inquiéteraient de la santé du nourrisson. Il eut un geste de dépit ; la naissance avait suscité un espoir : une prochaine rentrée d’argent, fruit de la vente, aurait amélioré les maigres revenus de la propriété. Feindre une maladie pour écarter les visiteurs serait facile, il ne fallait pas contaminer le reste du cheptel, chèvres et moutons devaient être protégés.
Mais que faire de cet énergumène ?
Le laisser dépérir était hors de question : les forces occultes, sûrement à l’origine de cette histoire, n’apprécieraient pas. Ignorant les raisons de cette punition - si punition il y avait- il devait prendre des précautions et éviter de nouveaux ennuis.
La saison des récoltes approchant, il serait aisé d’habituer le petit à une absence progressive de ses compagnons, le temps du sevrage serait long, mais l’enclos protégé par une haie de figuiers de barbarie le soustrairait aux yeux de la collectivité.
 
De retour à la maison, il se cacha pour voir une nouvelle fois l’objet de ses soucis.
Mi âne, mi chameau, les doux yeux de maman, le rictus de papa ; cette moue dédaigneuse qui lui donne l’air de sourire avec condescendance, une facétie de la nature, pensa-t-il, mais il n’appréciait pas le comique de la situation !
Serait-il têtu, capricieux ? Aurait-il la résistance du vaisseau du désert ?
Trotterait-il, ou marcherait-il à l’amble, donnant le mal de mer à celui qui le monte ?
Saurait-il baraquer pour charger son cavalier ?
Perdu dans de sombres pensées, son épouse le surprit.
Apercevant la créature, elle poussa un hurlement de terreur. La différence fait peur !
-   C’est un monstre !
-   Voilà le rejeton de notre ânesse ! La honte est sur notre famille !
 
Partager son tracas soulagea son fardeau. Son visage se détendit, ils décidèrent de garder le silence et de remettre à plus tard la recherche de la solution. Le sommeil, source de réconfort apporterait peut-être une réponse à leur préoccupation.
Las, leur air de conspirateurs les trahit ! Les enfants eurent vite fait de découvrir la cause de leurs allées et venues à l’étable et malgré l’interdiction formelle d’y entrer, ils s’y retrouvèrent tous, un soir, autour de celui qui y avait vu le jour.
 
La rumeur se répandit dans la région, on cachait un étrange phénomène chez Ali !
Dieu est le créateur de toute chose vivante, il faut respecter sa volonté, ne pas chercher à comprendre, mais……
Maléfice ou bon présage ? La différence tient parfois à peu de chose :
Que vienne la pluie, que les récoltes soient abondantes, on le remerciera.
Que la sécheresse se prolonge, que les nuages de criquets dévastent les champs de céréales, on chassera sans ménagements celui qui sera jugé responsable !
 
Pendant plusieurs mois, on vint de loin voir « le drom’âne », le toucher, le caresser, lui porter de l’herbe fraîche.
Il grandissait, prenant à l’un ou l’autre de ses parents quelques traits de caractères. Son aspect physique intriguait, repoussait parfois, mais ne laissait pas indifférent. Ses grognements peu mélodieux amusaient les enfants. Il faut reconnaître que ni papa ni maman n’étaient des chanteurs appréciés !
Cela ne pouvait durer, la chance tourna, les jours de bonheur laissèrent place à la méchanceté ou à l’ignorance.
Une clameur s’éleva dans la chaleur de midi : les mauvais esprits avaient frappé ! Le bouc du troupeau voisin venait de rendre l’âme sans raison apparente.
La terreur fut à son comble quand une brebis s’effondra.
Le malheur ne pouvait venir que de « la chose », il fallait l’éloigner ! Les femmes se répandirent en lamentations, les paysans s’armèrent de gourdins et se dirigèrent vers le misérable. Dans cette frénésie qui gagnait, une voix s’éleva : ne pas le tuer, l’envoyer loin vers ces étendues sans fin dont on ne revient pas !
 
La bête fut poussée, huée. Les clameurs hostiles l’accompagnèrent dans son exil. Elle prit la fuite pour échapper à ses poursuivants hystériques. Parvenue bien au-delà des confins du bled, elle huma l’air et se reposa. Quelques touffes d’épineux calmèrent sa faim. Sa sobriété, héritage de papa, lui permit d’attendre des jours meilleurs et de préparer une vie d’errance.                                                             Sa vie s’organisait dans les steppes rocailleuses quand … une caravane s’arrêta près de la source où il s’abreuvait. En entendant le sable crisser sous les pas des nouveaux arrivants, le drom’âne s’était plaqué contre la falaise cherchant refuge dans une anfractuosité. A nouveau les regards de méfiance, de curiosité, vite remplacés par des cris d’allégresse.
Traité comme une merveille de la création, il accompagna les nomades, reçut sa nourriture, participa aux corvées de transport. A chaque halte on l’entourait de soins et les enfants jouaient avec lui. Devenu membre de la troupe, il coula des jours heureux.                                                                       Le vent chaud du désert transmis la nouvelle de son union avec une belle chamelle. Une année plus tard, comme dans un conte de fées, il eut la joie d’accueillir un chamelon, blanc, qui devint porte bonheur de la tribu.                                                                                                                                 Ainsi va la vie dans un monde tantôt cruel, tantôt généreux.
 
 
Nic   2 avril 2003
 
 
Par Nicole Coste - Publié dans : contes du Maroc
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Lundi 19 mars 2007 1 19 /03 /Mars /2007 17:38
  
 
 
 
 
 
 

Elle s’appelait Amina.
Petite fille brune, gaie, aux longs cheveux nattés,
elle vivait dans un village, 
niché au creux de la montagne
dans ce pays si beau, si sauvage
et pourtant si pauvre .
On se serait cru sur une autre planète,
dans un autre monde.
Ici, la vie était simple,
 réduite aux nécessités premières,
le feu, la terre, l’air et l’eau,
les quatre éléments qui influençaient la vie.
 
Le feu venait du ciel, le soleil dardait des rayons
dont il fallait se protéger :
hommes, plantes, animaux,
tous le craignaient !
Et pourtant, à l’ombre ou le soir, il faisait froid,
Ce qui faisait dire aux gens :
nous habitons un pays froid où le soleil est chaud !
 
La terre ocre, sableuse et rocheuse,
pouvait être fertile
quand la pluie décidait de tomber.
Hélas ! elle était plus souvent sèche,
et le sol se fendillait.
 
L’air pur, le ciel bleu et les nuits étoilées
promettaient une liberté
mais seuls en profitaient
les oiseaux migrateurs
en route pour leur hivernage.
 
Quand à l’eau, source de vie,
elle était présente et absente.
Partout on entendait le grondement de l’océan,
ses puissantes vagues
qui claquaient contre les rochers.
Mais cette eau là, salée
pouvait être ennemie.
Heureusement, il y avait les sources, les puits.
 
Il fallait, tous les matins
harnacher l’âne, le charger de bidons
et aller faire provision d’eau douce.
Amina aimait cette corvée
qui n’en était pas une pour elle !
Rêveuse , elle partait, chaque jour,
 pour une promenade enchantée !
Tout était prétexte à joie et bonne humeur :
Un oiseau sur une branche poussait sa chansonnette,
un bouvier roulait sa bille,
un lézard gecko à gorge verte
 s’enfuyait à son approche !
Et depuis peu, son secret !
Une chienne l’attendait sur le sentier,
 Elle lui apportait un morceau de pain.
Chienne, couleur de sable
qui jappait à son approche,
Chienne sauvage,
qui s’était laissée apprivoiser
sans difficulté.
Elle ne pouvait la ramener au village,
il n’est pas dans les coutumes
d’avoir un animal pour le plaisir !
Alors chaque matin,
Amina glissait un croûton
dans sa poche
et allait vers son rendez-vous !
Chaque matin, Aziza,
c’est ainsi qu’elle avait nommé l’animal,
 l’attendait et l’accompagnait.
Elles se connaissaient depuis quelque temps
et la chienne lui faisait fête !
Elles jouaient ensemble.
 
Amina, n’était pas peureuse,
Et se sentait en sécurité auprès d’elle.
Quand les garçons s’approchaient
 pour la taquiner
Aziza montrait les dents
et tous s’enfuyaient !
Au village, ni ses parents, ni ses frères,
 n’étaient au courant de cette relation.
Comme tous, ils avaient peur des chiens,
qui souvent transportent la rage et sont dangereux.
Un jour, moins attentive que d’habitude,
perdue dans ses pensées,
elle ne vit pas,
 sous la pierre
qui avait roulée sous les sabots de l’âne,
le scorpion qui dressait sa queue,
et se croyant menacé
 piqua la cheville de la petite fille.
Elle poussa un cri de douleur.
 
Aziza apparût et lécha la jambe de l’enfant
qui ne pouvait marcher.
Une conversation inaudible eut lieu,
D’un seul regard la petite fille et l’animal se comprirent.
Aziza mordillant les mollets de l’âne,
lui aboyant aux flancs,
 le ramena au village.
Voyant arriver l’animal, les bidons vides,
sans la petite fille,
 tout le monde s’inquiéta.
La chienne aboya tant et tant,
 que le père d’Amina la suivit.
 
Il trouva sa fille, assise sur une pierre,
la prit dans ses bras et la porta au village.
Le guérisseur lui appliqua des herbes
soigneusement choisies,
la chienne la consola
et quelques jours plus tard,
l’enfant put reprendre ses promenades.
Mais quelque chose avait changé !
 
Aziza, devenue sa protectrice,
était connue et adoptée par tout le village.
Désormais elle pouvait circuler librement.
Tout le monde
 la connaissait, la nourrissait et la choyait !
Mais ce qu’elle préférait par dessous tout ,
C’était se faufiler sur le lit d’Amina
et se lover contre elle,
Afin que nul n’approche !
Personne n’osait la chasser :
N’était-ce pas grâce à elle
qu’Amina avait pu être sauvée
du poison de la bête maléfique!
 
La chienne et l’enfant
 poursuivirent longtemps
cette amitié
si peu commune
dans cette oasis du désert !
 
Nicole
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
Par Nicole Coste - Publié dans : contes du Maroc
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Mardi 15 mai 2007 2 15 /05 /Mai /2007 16:18

Il était une fois un oiseau. Oiseau de mer, il volait au-dessus des flots bouillonnants, se moquant des vagues qui se fracassaient sur les rochers.
Quand le soleil se couchait, quand la mer devenait rose, il se réfugiait dans une anfractuosité de la falaise. Personne ne pourrait l’y déloger, du moins le croyait-il !
Il eut fallu être alpiniste pour escalader l’abrupt et que viendrait-il faire sur cette côte sauvage ?
A l’aube, le volatile s’élançait vers l’horizon lointain mais jamais il n’avait pu l’atteindre. Quand la muraille, qui abritait son refuge n’était plus qu’une ombre dans la brume, il faisait demi-tour et se rapprochait du rivage.
Plongeant dans l’océan pour y pêcher sa pitance, il jouait avec le vent, montant et redescendant, profitant des courants. Jamais fatigué, il se croyait le m aître de l’air !
 
 
 
Pourtant un jour, l’ennui
vînt : il lui fallait une compagne ! Jeune présomptueux qui croyait qu’un cri suffirait pour qu’accoure ou plutôt vole à sa rencontre, une femelle esseulée !
 
Il s’égosilla en vain et ses appels stridents n’eurent aucun effet. Il dut moduler, exécuter un ballet aérien pour tenter une compagne. Enfin quelqu’un s’approcha et l’accompagna jusqu’au logis. Mais la demeure ne convenait pas à la belle. Examinant chaque creux, chaque fente, la femelle choisit de se poser sur un caillou en surplomb servant de balcon à une petite grotte.
L’aménagement du lieu demanda une longue après midi mais au crépuscule le couple put se reposer dans une résidence à sa convenance. La suite aurait pu être bien banale : pondre les œufs, couver et élever une famille, mais un imprévu vînt troubler cette quiétude.
Un matin, alors que le soleil montait dans un ciel bleu sans nuage, un sanglot, un miaulement déchira le silence.
Dérangé dans la préparation du nid, le mâle plongea vers la sortie, la femelle se terra dans le coin le plus sombre.
Grâce à ses yeux perçants, il fouilla la paroi, inspectant chaque recoin. Il allait et venait, prêt à fondre sur l’intrus et à défendre bec et ongles sa propriété.
Ce n’était qu’un chaton accroché à une pierre sur le balcon voisin ! Jouant sur le sommet de la falaise, essayant maladroitement de poursuivre une alouette, il avait dévalé le flanc rocheux et apeuré il miaulait à perdre haleine.
Que faire ? A l’approche de l’oiseau l’angoisse de l’animal augmenta.
Ses griffes lui permettaient de remonter mais le vertige et la peur le paralysaient.
Que se passa t-il dans la tête des mouettes ?
Préoccupés par leur descendance, cette jeune vie leur apparut comme un heureux présage. D’un commun accord, ils décidèrent de nourrir l’orphelin en déposant près de lui des petits poissons.
 Le chaton reprit des forces, s’enhardit, et put enfin rejoindre le sommet et reprendre une vie plus normale.
Il y eut cette année là sur la falaise, deux belles nichées d’oisillons qui s’envolèrent vers la liberté dès que leurs ailes eurent assez de force !
Dans un village voisin, un gros matou, faisait le beau, fier et oublieux de sa mésaventure, il paradait pour montrer sa force et son courage ! Personne ne saurait pourquoi il miaulait, quand d’aventure, un goéland tournoyait au-dessus de la place du village !

Par Nicole Coste - Publié dans : contes du Maroc
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Dimanche 8 juillet 2007 7 08 /07 /Juil /2007 18:34
Le sage de l’oasis
 
 
 
Comme chaque année, la tribu d’Ali se dirige vers le point d’eau.
Depuis peu, une rumeur circule :
Un homme vit là, sédentaire.
 
 Il possède un dromadaire, âgé lui aussi.
 Les clans racontent tous la même chose :
chaque soir, il part dans les dunes,
son animal chargé de sacs vides,
et revient au matin, les sacs pleins.
 Personne ne sait où il va, personne ne sait ce qu'il transporte.
    Personne n'ose   poser la question.
Un parfum de mystère l’entoure !
Mais Ali n'est pas un homme superstitieux...
 
 
La tribu installée, le campement monté,
Il va errer du côté du nouvel occupant.
 L’histoire de cet homme le fascine et l’intrigue,
il souhaite faire sa connaissance.
Ali est curieux, aime comprendre,
   et apprendre avec les gens, les choses de la vie !
Chaque rencontre est une fête !
Une nouvelle page dans son livre d’études !
 il pose des questions, réclame des explications.
 Elles ne sont pas fréquentes
les occasions de s’instruire dans le désert  ! 
Il a décidé, malgré les réticences de sa famille,
De percer le secret du vieil homme.
Il s’approche de la tente,
une vraie tente berbère de couleur marron, une khaïma.
Tout autour, des cailloux, des rochers,
et le dromadaire mâchouillant quelques buissons,
 le vieillard est à l’intérieur,
 il prépare le thé.
 Que faire ?
 Il ne peut troubler cet instant 
Il reviendra ce soir et…….
 
 
Les soirées, dans les déserts, sont très chaudes;
 quelquefois, un vent très doux vient caresser
 les visages endurcis par les brûlures du soleil.
 Mais, ce soir-là, Ali est insensible à la beauté du ciel,
A la douceur ambiante,
Il ne voit pas les nombreuses étoiles,
 la lune lointaine, cette lune……
enfant son grand-père lui affirmait
que des hommes y avaient posé les pieds...
Non, ce soir,
Ali a décidé de parler à l’homme mystérieux...
 Près de la tente, attaché à un pieu le chameau…

Ses compagnons ont tenté en vain de l’en dissuader
 mais Ali, est curieux et têtu...
Il pénètre sous la toile, le vieil homme est assis,
 les yeux clos, les mains jointes,
invoquant, on ne sait quel esprit.
Un long silence s'installe, le jeune homme ne sait que faire,
 toussoter pour signifier sa présence ou demeurer là,
 à attendre que l'autre réagisse.
Celui-ci regarde l'intrus...
- Que me veux-tu, homme?
La voix du vieux semble sortir des profondeurs du passé,
 rauque, unique, grave et intrigante à la fois,
une voix qui inspire respect...
 Ali a osé pénétrer dans son antre,
Comment va-t-il réagir ?



 Les yeux baissés, regardant ses babouches, il dit.
« Excusez-moi, je voudrais savoir !
-Savoir quoi ? Tu es bien jeune pour savoir !
-Quel est ton nom !
« Ali monsieur ! »
-Ali ! C’est un nom qui a une destinée
un nom qui a toute une histoire,
et tu veux savoir, me dis-tu ? 
Lève les yeux regarde-moi !
-Petit Ali, le savoir c’est la connaissance,
l’intelligence, la sagesse, la science,
c’est tout ça le savoir, c’est aussi le pouvoir…
-Ai-je bien répondu à ta question ?
 Perdu dans toutes ses réponses, Ali ne comprend pas …
Le savoir ….
Mais ce qu’il veut c’est………….
 
 
Ce que Ali voudrait savoir :
Est-ce que son désert sera toujours à lui ?
 Pourra-t-il s'y promener à longueur d'années,
Pourra-t-il y accompagner ses futurs enfants,
les enfants de ses enfants ?
 Les nouvelles de la ville sont surprenantes:
 on dit que des boîtes à images sont apparus dans les maisons,
qu’elles transmettent les nouvelles du monde,
on dit que les hommes en sont fous
et ne se parlent plus !
 
La ville est loin,
Mais elle attire et ensorcèle les jeunes de sa famille.
 
Il est né dans les dunes,
la ville, c'est le bruit,
le monde toujours pressé, courant derrière le temps
Ali riait, comment pouvait-on rattraper le temps?

- Tu as l'air tourmenté, Ali,
assieds-toi près de moi.

Si proche et si loin aussi...
- Tu as peur de l'avenir, n'est-ce pas, je le lis dans tes yeux...
Ali ne sait que répondre,
tout est si confus soudain dans sa tête.
 
- Tu es jeune, Ali... Laisse le temps au temps...
Le jeune homme relève la tête.
Le temps... Non, il ne faut pas laisser le temps au temps,
il faut réagir,
protéger le désert,
pour eux, pour leurs enfants et pour ceux de demain...
- Parle, voyons, vide ta tête, tu réfléchis trop, Ali...
Il regarde le sorcier.
 
Je voudrais dit Ali, je voudrais...
-tu voudrais quoi?
-je voudrais arrêter le temps!
Je voudrais que rien ne change,
que le sable soit toujours le sable,
que les oasis restent des oasis!
-Mon pauvre garçon, apprends que le temps ne s'arrête jamais!
Il poursuit inlassablement sa route,
mais je vais te confier un secret:
 approche, écoute bien ce que je vais te dire...
 
 
….Ecoute Ali ! Quand les hommes du désert
se réunissent autour d’un feu,
ils racontent la légende des filles du vent…
Ce sont les dunes qui sans cesse se déplacent.
Pas facile de les retenir ces coquines !
Personne ni toi, ni moi, ni eux, ne pourrons les dompter.
Quand un grand coup de vent
soulève des milliers de grains de sable !
Hop ! Les voilà quelques mètres plus loin.
Et depuis des milliers d’années, elles sont toujours là !

Il n’était pas venu pour cela !
Cet homme était un véritable sorcier,
 il pénétrait dans vos pensées
 et vous faisait oublier vos questions !
Il n’allait pas repartir comme ça !
 Il voulait savoir, il saurait !
Dis-moi, vieil homme, toi qui as la connaissance,
toi qui connais les secrets du désert,
que transportes-tu,
lors de tes sorties nocturnes ?
Tu es curieux Ali,
 mais la curiosité est utile pour apprendre !
 
Tu n’ignores pas que les autres t’appellent le sorcier
 et qu’ils croient que tu as trouvé une mine d’or ?
Ou autre chose de précieux ?
 Comment peux-tu vivre toute l’année dans cette oasis ?
 Nous sommes des nomades,
nous nous déplaçons en cherchant des pâturages et toi ?
Moi je suis bien trop vieux pour me déplacer, je n’ai pas de troupeau,
 ce que je transporte dans mes sacs ? Viens voir !
Je ne suis pas un sorcier, non !
 Les hommes n’aiment pas que l’on soit différent d’eux,
il faut des explications pour tout !
 Sils ne comprennent pas, ils croient à des pouvoirs mystérieux !!
Tout est si simple, il suffisait de demander !
Ali suivi l’homme,
il le conduisit vers un tas de cailloux derrière les palmiers.
 Tu vois je construis un abri solide qui résiste au vent du désert
quand la saison est mauvaise !
Ali comprit, les choses ont une explication souvent très simple,
 il suffit de poser les questions pour avoir les réponses !
 
Il revint dans sa tente, il devait dormir,
 demain une journée recommencerait,
il faudrait s’occuper des bêtes,
chercher la nourriture…
Et le soir il pourrait repenser au vieil homme
qui avait prononcé des paroles vraies,
des paroles rassurantes...
Oui, son désert survivrait toujours aux hommes,
il pourrait le raconter à ses enfants,
à ceux de demain...

 
 
Par Nicole Coste - Publié dans : contes du Maroc
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Mercredi 22 août 2007 3 22 /08 /Août /2007 21:26
 
Pour réaliser un reportage, mes élèves ont suivi la rubrique faits divers dans le journal local. Un communiqué les a interpellés. Après enquête et visite nous avons  pu connaître la vie de : SIMBA LE LION.
 
Sur la place du village on dresse un chapiteau. Les badauds s’agglutinent, curieux : il n’est pas courant dans ce coin des Landes de voir apparaître lions, tigres, singes et autres animaux qui animeront le spectacle de la soirée. Les cirques qui sillonnent les campagnes se font rares, les spectateurs blasés aussi. Dans celui-ci une lionne a mis bas et les lionceaux sont une charge supplémentaire. Emu, un restaurateur apporte de la nourriture. Il caresse les « chatons » et une soudaine envie de pouponner l’envahit ! Peut-on abandonner ces lionceaux que guette la famine ? Le propriétaire affirme que les bébés sont sevrés et peuvent sans risque quitter leur mère. Après une nuit peuplée de rêves fous, il ramène un jeune male au foyer.
Surprise du caniche qui se croyait unique objet de l’attention des adultes ! Le chien adopte rapidement ce compagnon de jeu, sensiblement de sa taille. Pendant quelques jours l’âge lui donnera l’ascendance mais très vite le jeune fauve, bien nourri, grossit. Les jeux continuent, la ruse de l’un compense la force de l’autre. Pour que la situation perdure un aménagement du territoire est nécessaire. L’homme entreprend donc de grands travaux : cage dans la cave avec sortie grillagée vers un enclos extérieur lui-même doublement protégé.
La bête grandit, quand le matin les portes s’ouvrent, il pousse un rugissement de joie !
Dans la pinède le cri surprend ! On s’interroge, les langues se délient, on papote chez les commerçants, la rumeur s’amplifie et la maréchaussée enquête. Les experts sont consultés, les légistes aussi :
-          Conditions sanitaires bonnes
-         Sécurité de bon niveau
-         Conditions d’adoption non règlementaires
Le verdict tombe : Samba doit rejoindre un zoo. Très rapidement un hébergement lui est proposé dans les environs. L’histoire se propage, les médias sont alertées : pour ou contre le retour de Samba dans son parc landais ?
Une régularisation administrative permet sa réintégration dans sa famille d’accueil. La bonne volonté de son maître est évidente, il apporte des améliorations au site et retrouve le fauve.
Curieuse, je suis allée rendre visite à Samba.
Dans un parc entourant une villa, dans une clairière de la forêt landaise, j’ai vu un superbe animal à la crinière naissante.  Son regard luisait, il épiait nos gestes et ne semblait pas apprécier notre intérêt pour sa personne ! De bonne grâce il est rentré dans sa tanière et son maître est allé le caresser. Possédant des griffes rétractiles comme le chat, il peut être un compagnon de jeux agréable, mais ne nous y trompons pas, le quadrupède est d’humeur variable, certains jours les récréations sont courtes ou inexistantes !   
Dehors une surprise m’attendait : la promenade de Samba  prolongée  par un deuxième parc séparé, hébergeait une femelle de quatre mois ! Je suis rentrée dans la cage et l’ai prise dans mes bras. Malgré sa fourrure épaisse et soyeuse ce n’était ni une peluche ni un gros chaton !  
Que se passera-t-il lorsque le temps des amours viendra ?   Comment l’amoureux des fauves gèrera-t-il la situation ?
 
 
 
 
 
  
 
 
 
 
 
 
 
 
Par Nicole Coste - Publié dans : contes du Maroc
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Vendredi 24 août 2007 5 24 /08 /Août /2007 18:34
 
Venu de l’intérieur du désert, après avoir roulés ses eaux, jadis impétueuses, à travers une nature tropicale, l’oued se dirige vers l’océan atlantique. Son lit entaille profondément la hamada littorale. A droite de l’embouchure des dunes majestueuses se reflètent dans l’onde, à gauche, des falaises surplombent la rive. Soumis à l’influence des marées le fleuve communique avec la mer par intermittence. La lagune très poissonneuse accueille de nombreux oiseaux migrateurs de passage ou en hivernage. Il n’est pas rare d’apercevoir, tôt le matin, des pêcheurs sur leurs barques relevant des filets. Entendent-ils papoter les occupants du lieu ?
 
-           Anguille, petite anguille, d’où viens-tu ? Demande un gros poisson aux flancs argentés à l’animal serpentiforme qui ondule près de lui.
 
-         Mon histoire est une longue histoire, commence t-elle….Venue de la mer des Sargasses, un jour je reprendrai la route qui me conduira vers le berceau de ma naissance.
 
-         Tu radotes, tu veux m’épater !
 
-         Je dis la vérité, et suis née prés des Amériques.
Le mulet n’en croit pas ses ouïes, cette prétentieuse voudrait lui faire croire qu’elle a nagé des milliers de kilomètres avant de venir se perdre dans ce coin d’Afrique ?
Qu’elle a affronté les tempêtes sans dommage, et qu’elle repartira pour assurer sa descendance ?
-         Allons, allons ne dis pas de bêtise ! Tu sais que je suis le poisson le plus rusé du lac ! N’entends-tu pas les pêcheurs sur les falaises ? Ils me voient, me traquent, m’espèrent mais ne réussissent  que rarement à piéger mes frères. Nous déjouons leur ruse, sautons par-dessus les filets et faisons la fine bouche devant leurs appâts ! Toi, ta gourmandise te perdra, déjà tes sœurs se balancent au bout du fil et ne doivent leur salut qu’à leurs contorsions qui les font retomber dans le lac. Tu voudrais me faire croire…
 
-         Crois ou ne crois pas ! J’ai vu le jour, larve, au large des Bermudes, après trois années d’errance, je suis devenue civelle dans les eaux saumâtres ou douces avant de prendre ma livrée actuelle. A l’âge de huit ans je repartirai et portée par les courants je reviendrai vers mes origines pour donner naissance à une progéniture nombreuse qui perpétuera l’espèce. Ainsi va la vie des anguilles !
 
-         Je ne peux te croire ! Moi qui grâce à mon intelligence ai atteint un âge respectable, moi qui ai déjoué les pièges des prédateurs, j’ai toujours côtoyé des individus de ta famille.
Ainsi bavardaient deux individus dans les profondeurs du lac…
Par Nicole Coste - Publié dans : contes du Maroc
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Dimanche 6 janvier 2008 7 06 /01 /Jan /2008 15:28
A l'origine des temps, alors que le monde était tout nouveau, tout beau et que les animaux venaient tout juste de se mettre au service des hommes, il y avait un chameau qui vivait en plein désert.
Pourquoi vivait-il dans le désert? Parce qu'il ne voulait rien faire...
Mais s'il ne voulait rien faire, les hommes ne lui donnaient rien...
Il se nourrissait de bouts de bois, de ronce, d'épines...Il ne pousse pas grand chose dans le désert!
Mais jamais il ne travaillait.
Si quelqu'un lui adressait la parole il disait:
                             
-  "BOF comme ça!
                              -  "BOF" et puis voilà!
Un jour le cheval vînt le trouver:   
                              -  Chameau, chameau, sors de là, viens trotter avec nous!
                             
  -  BOF, répondit le chameau!

Le cheval alla se plaindre à l'homme.

Le lendemain, le chien vînt le trouver:
                                  -  Chameau, chameau, sors de là ,viens jouer à rapporter avec moi!
                                   -  BOF, répondit le chameau

Le chien alla se plaindre à l'homme.

Le jour suivant boeuf vînt le trouver:
       
                            -  Chameau, chameau, sors de là, vient labourer avec nous!
                                    -  BOF, répondit le chameau!
Le boeuf  alla se plaindre à l'homme.

A la fin de la journée, l'homme réunit le cheval, le chien et le boeuf.
                                     -  Mes amis, leur dit-il, vous avez bien travaillé mais là-bas, dans le désert ce monsieur BOFme semble bien paresseux!
Je vais m'occuper de lui mais en attendant vous allez travailler davantage.

Les trois amis étaient furieux, ils se réunirent à la lisière du désert.
Le chameau vînt les voir, il mâcha une herbe puis dit:
                                     -  BOF, une fois plus.
Vint à passer le djinn responsable du désert. Il s"arrêta pour participer au conseil.
                                      -  Djinn de tous les déserts dit le cheval,est-il juste que dans ce monde quelqu'un reste sans rien faire?
                                       -  Assurément non; répondit le djinn.
                                      
 -  Eh bien dit le cheval, il existe dans votre désert, un chameau brailleur au long cou et aux longues jambes qui n'a pas levé le petit doigt depuis ce matin.
                                        -  Il refuse de trotter, il dit BOF
                                        -  Il refuse de rapporter, il dit BOF
                                        -  II refuse de labourer, il dit BOF

                                        -  Il ne dit rien d'autre, demanda le djinn?
                                        -  Non; BOF et puis c'est tout!
                                        -  Très bien, je m'en vais le BOFER, attendez une minute s'il vous plaît!
Le djinn traversa le désert et trouva le chameau, il s'accroupit et songea à un tour de magie.
                                        -  Tu as obligé trois amis à travailler encore plus, à cause de ta fichue paresse!
                                        
                                       
 -  BOF, répondit le chameau.
                                         -  Si j'étais toi, je ne dirai plus BOF
                                         Et le chameau répondit:
BOF
Mais à peine avait-il dit cela qu'une grande et grosse bosse lui poussa sur le dos.
                                          -  Vois-tu dit le djinn à force de dire BOF, il te pousse une bosse sur le dos, allez: au trava
il!      
                                    -  Mais comment travailler avec une bosse sur le dos?
                                          -  C'est exprès, tu as dans ta bosse de quoi manger pour trois jours sans t'arrêter, comme cela tu pourras rattraper le temps perdu! Ta bosse sera ton garde manger! Va rejoindre tes trois amis !
Au travail!

Le chameau n'a jamais rattrappé ses trois jours, il a toujours une bosse sur le dos! 
                                         





Je vous offre ce conte trouvé dans un recueil  Nicole
Par Nicole Coste - Publié dans : contes du Maroc
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Lundi 12 mai 2008 1 12 /05 /Mai /2008 15:54

 

Dans le grand désert de sable, le vent souffle soulevant la poussière. Chassés des oasis de l'intérieur, papillons et libellules volent vers la bordure littorale ou l'air frais venu de l'océan rend l'atmosphère plus supportable. Dans les rochers, entre les dunes, un jeune fennec s'est réfugié. Profitant de la fraîcheur nocturne pour chercher de la nourriture, il a vagabondé toute la nuit puis, surpris à des kilomètres de son gîte par la chaleur matinale, il s'est réfugié dans cette grotte. Loin des siens, loin de ses habitudes, il est aux aguets. Au moindre bruit il agite ses oreilles comme une antenne radar à l'affût du plus petit mouvement. A l'horizon, une caravane passe. Courbant l'échine, s'abritant derrière les dromadaires, les touaregs, enveloppés dans leurs burnous, le visage caché par le chèche,  avancent résignés vers l'oasis la plus proche.

Soudain un galop se fait entendre, le renardeau se réfugie dans le coin le plus sombre. Une gazelle apparaît dans l'entrée. Elle a fui devant un danger connu d'elle seule, aveuglée par le sable qui tourbillonne, elle cherche un refuge pour reprendre des forces. Elle entre, dans l'obscurité elle ne voit rien, pourtant ses narines frémissent, elle flaire et pénètre. Sa curiosité est aiguisée, elle inspecte les lieux et découvre le jeune animal tapi contre la roche. Il tremble. Elle s'approche et le lèche. Son instinct maternel lui souffle qu'il faut rassurer la bête. A grands coups de langue râpeuse elle le rassure. Il se détend peu à peu et se blottit contre elle.

Dehors les éléments se déchainent. Un voile sombre cache le soleil. Bêtes et gens attendent, on ne se rebelle pas contre la nature, on subit, deux ou trois jours de patience et le ciel redeviendra bleu, la vie reprendra son cours.

Gazelle et renardeau, serrés l'un contre l'autre, espèrent une accalmie. Ce soir peut-être, ils pourront rejoindre leur famille.

Se reverront-ils ? Surement pas ! Mais quand le fennec croisera la piste d'une gazelle, ses narines frémiront au souvenir d'un moment d'amitié.

                                      Nicole pour Dimitri

Par Nicole Coste - Publié dans : contes du Maroc
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Jeudi 31 juillet 2008 4 31 /07 /Juil /2008 07:53

Il y a quelques temps, sur le site de Danaë, répondant à un message, quelqu'un m'a transmis un conte Touareg. Je l'ai inclus dans mon histoire et le remercie.


 La souris et le dromadaire

L'ombre des dunes s'allonge sur la vaste étendue déserte. C'est l'heure où les fils des nuages préparent le campement pour la nuit. Toujours à la recherche de nouveaux pâturages ils se déplacent de puits en puits, scrutant le ciel en espérant qu'Allah sera clément et leur enverra quelques gouttes salvatrices. De longs jours s'écouleront avant le prochain lieu de ravitaillement. Ils viennent du Rio Oro et traversant la Seguiet El Hamra se dirigent vers Smara. La tribu s'est installée, les tentes bien amarrées résisteront aux tempêtes de sable si fréquentes en cette saison. Le troupeau de dromadaires s'est égayé dans la nature à la recherche de buissons à mâchouiller. Les hommes ont pris soin de les entraver pour qu'ils ne s'éloignent pas trop de la halte. Quelques chèvres raclent les brins d'herbe nés après la dernière pluie, broutent les feuilles d'euphorbe. Les femmes cuisinent le repas, les enfants ont ramassé du bois pour alimenter les braséros. L'eau dans la bouilloire cabossée chante, Ali prépare le thé. Nour, son petit fils s'approche. Nour aime s'asseoir près du vieil homme. Souvent après le repas, avant que le froid de la nuit leur impose de se réfugier sous la Khaïma, il lui narre l'histoire de son peuple : le peuple Touareg, les hommes bleus, hommes du désert en marche vers des oasis accueillantes, traversant les océans de sable, fuyant le vent d'est. Ce soir, Nour aimerait entendre un conte, la journée a été dure, le soleil brûlant, les grains de sable fouettaient les visages, les chameaux grommelaient, éternuaient, les enfants, fatigués, pleuraient. Ayant atteint leur but, ils se sont abreuvés au puits, bêtes et gens ont bu l'eau fraîche qu'un de leurs remontait des profondeurs de la terre. A la tombée de la nuit le vent s'est arrêté. Maintenant ils vont manger les galettes, les dattes et boire le lait caillé. Les enfants, les mères iront se reposer sous la toile brune, les hommes fumeront quelques cigarettes sous le ciel étoilé et ...l'espoir de Nour sera exaucé : Ali a une histoire pour le jeune homme.

Doucement, d'une voix rauque, il commence :

De la souris et du chameau, lequel est le plus sage ? Nour sait qu'il ne doit pas interrompre son grand-père, la question ne s'adresse pas à lui.

La souris est rusée, elle glisse entre les mains de l'homme, s'introduit chez lui et grignote son fromage, le pain et même ses vêtements. Il lui tend des pièges qu'elle déjoue le plus souvent. Il tempête, s'agite et pousse des hurlements quand, impertinente, elle le nargue ! Pourtant, on lui accorde  un regard attendri,   s'amusant de sa malice, et on  reconnait son habileté, excusant son dévergondage.

Le chameau ou dromadaire impose le respect par sa haute taille, on loue sa résistance. Il obéit à l'homme, porte ses marchandises et peut traverser le désert, marchant de longues heures sans boire ni manger. Il est  robuste, placide, mais jamais on ne dit de lui qu'il est malin ou futé ! Pourtant...

« Un jour,  une souris, fuyant l'homme, sauta sur un chameau et, imitant son maître, fit claquer sa langue, fouetta les deux bosses, lui intimant l'ordre de se lever et d'avancer. Le chameau ne dit mot, et ébranla l'équipage. La souris orgueilleuse, certaine de son pouvoir, fit des bonds de fierté sur la montagne des poils.
Arrivé sur les bords d'un tout petit ruisseau, le chameau demanda à la souris de descendre, de passer devant lui, de le tenir par la bride afin de le guider.
-"Souris, mon chamelier, montre-moi donc la route. Je ne suis que monture. Toi tu sais le chemin."
-"C'est que ...dans ce ruisseau ...je crains de me noyer! "
Alors le chameau dit : "Tout seul, jamais je ne l'ai fait. Je veux bien aujourd'hui pour toi, essayer." Et il mouille ses pieds en déclarant que l'eau n'est pas profonde, et qu'elle n'atteint même pas le bas de ses jarrets.
-"Oui, mais, dit la souris, ce qui pour toi est minuscule devient pour moi montagne, et la puce qui te pique est pour moi éléphant des tropiques. Ce qui est filet d'eau pour toi, devient pour les souris un océan furieux. Je ne puis te guider."
-"Alors, dit le chameau, cesse de faire la fière, descends de ta monture pour réfléchir au moyen d'échapper à l'homme qui te poursuit et que je vois venir."
-"Pardon, dit la souris, je t'offre à genoux mille prières pour me faire traverser. J'irai par les monts et les dunes chanter tes louanges et dire que le chameau est le plus sage des animaux."

Voilà, ajouta Ali, et maintenant regarde les étoiles, elles ont avancé dans leur ronde nocturne, il est temps d'aller dormir. Demain un long chemin nous attend !    

   

 

 

Par Nicole Coste - Publié dans : contes du Maroc
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Dimanche 27 septembre 2009 7 27 /09 /Sep /2009 13:30

 

un conte inspiré par la région.... 



De l’autre côté de l’Anti Atlas s’étend la Hamada, plateau de pierres, de silex tranchants. Les dromadaires errent au milieu des épineux et de quelques pieds d’euphorbe. Au loin une tache verte, des acacias, un puits d’eau saumâtre et des tentes couleur sable. C’est là que vit Mohamed, l’enfant du désert. Fils d’Ali et de Leila, petit fils d’Hassan, le chibani (l’ancien), il est le dernier né de la tribu.

Autour de lui la vie s’organise : les filles doivent aller chercher l’eau au puits, Hassan, Ali et les autres hommes bâtissent le mur de cailloux pour l’enclos des animaux. C’est aussi un mur de pierres sèches qui limitera le champ de terre arable. Les pluies d’automne, l’humidité de la nuit permettront la culture de plants de fèves et de blé.

Quand l’ombre des arbres s’allonge, quand la brise adoucit l’atmosphère, les chèvres qui s’éparpillent dans la nature s’approchent de l’abreuvoir : c’est l’heure de la traite. Armé d’un bâton Mohamed par à la recherche des égarés. Il taquine les gerboises qui se cachent dans les creux des rochers. Les mouches volent autour de son visage et de ses bras souillés de poussière.

Les fumées des braséros s’élèvent, les femmes cuisinent le repas du soir sur le tajine en terre cuite. Plus tard, rassemblés près du plat commun, les hommes d’un côté, femmes et enfants de l’autre, ils trempent le pain dans la sauce. Puis auprès du feu où chantonne la bouilloire, ils préparent le thé. De temps en temps quelqu’un jette des brindilles sur le foyer qui crépite et étincelle. Au ciel les étoiles s’allument, ils rejoignent leur natte et roulé dans un manteau ou une couverture, ils s’endorment. Seuls les aboiements des chiens sauvages, les bêlements des agneaux viennent troubler le silence de la nuit. A l’odeur âcre de la fumée se mêlent les effluves de suif et d’urine venus du parc des animaux.

Le chergui, vent d’est chargé de sable, vient parfois déranger cette vie calme. Tous le redoutent : ils poussent bêtes et gens vers les abris. Tous courbent l’échine et s’arment de patience.

 

 

 

 

 

Tous sauf Mohamed. Il n’a pas encore appris la résignation nécessaire. Il ne sait pas qu’on doit subir les caprices de la météo et que la révolte n’est d’aucune utilité.

Ce matin un gros nuage rouge se profile au levant, c’est lui le vent du désert, celui qui chasse les libellules et fait bouger les dunes. Mohamed rejoint Hassan, s’assied et écoute son grand père lui conter l’histoire de son peuple.

-            Il faut que tu saches, il faut que tu te souviennes et qu’à ton tour, plus tard, tu transmettes à tes enfants, à tes petits enfants…

Grand père est vieux, son visage a la couleur cuivrée des collines, il est brûlé par le soleil et ses cheveux sont blancs comme le lait du matin. Il a quitté son chèche bleu qui entoure son crâne et lui donne une allure martiale comme il sied au chef de clan. Aujourd’hui l’enfant perçoit la gravité du moment. Hier soir une discussion a eu lieu dans le coin des hommes. Taiëb, le grand frère, baissait la tête. Les voix gutturales des adultes s’élevaient dans la pénombre et Taiëb est allé dormir dans l’enclos en maugréant.

Des mots reviennent à la mémoire de Mohamed, des mots qu’il voudrait comprendre. Maman est triste, papa regarde au loin par les fentes de la khaïma et ce n’est pas le vent qui les inquiète.

-            Dis grand père, c’est quoi la tradition ?

-            La tradition, mon fils, ce sont les règles de notre vie celles qu’on doit respecter comme avant nous nos ancêtres, comme ils nous l’ont appris.

-          Dis grand père, l’homme qui est venu dans sa voiture bruyante, l’homme que Taiëb appelle Nour et qui est son ami, il la respecte la tradition ?

-          Oui, il la connait, mais lui il vit à la ville et…

-          Grand père, il nous apporté de l’huile, la farine, les bidons d’eau pour le thé et même du pain gonflé comme un ballon.

-          C’est un marchand, il manipule l’argent, il n’est pas de notre famille.

-          Taiëb dit qu’il veut le suivre !

-          Ton frère, Mohamed, croit qu’il sera plus heureux là-bas. Il ne sait pas qu’il lui faudra aussi travailler et surtout qu’il lui faudra être à l’heure. Là-bas on mesure le temps, on lui court après…

       Le jour suivant, alors que le coq salue l’aurore, Mohamed est éveillé par un  vrombissement. Il se faufile à l’extérieur et en se frottant les yeux il découvre une trainée de poussière qui disparaît à l’horizon.

 

 

 

Taiëb a suivi Nour, il a quitté le campement. Au pied de la colline, sur le plateau caillouteux, personne ne prononce son nom. La vie continue, rythmée par les travaux et par la marche du soleil. En gardant les chèvres, en fendant l’air avec son bâton pour faire fuir les mouches, assis sur une pierre, Mohamed feuillette une revue glissée dans les provisions apportées par Nour. Des images, des signes, tout cela doit signifier quelque chose ? Un soir il s’approche d’Hassan puis d’Ali :

-            Non, ils ne savent pas. «  Lire les signes, savoir élever les agneaux est plus important pour nous que savoir lire. »

Des lunes et des lunes plus tard, Taiëb vint leur rendre visite .Il raconta sa vie, l’eau qui coule du robinet, la télévision, l’ampoule qui éclaire…

Il dit à Mohamed :

-            Grand père est âgé, il ne sait  pas tout !

Puis il repartit vers sa nouvelle vie. D’abord incrédule puis déçu et triste Mohamed réalise que les anciens n’ont pas la connaissance de toutes les choses.

        Est-ce possible ?

Il se promet d’aller étudier, d’aller à l’école et de revenir apprendre aux enfants de campements en campements.

 

       Concilier progrès et tradition est-ce possible ?

        Combattre l’illettrisme est-ce possible ?

 

                                 

  

Par Nicole Coste - Publié dans : contes du Maroc
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