Le sage de l’oasis
Comme chaque année, la tribu d’Ali se dirige vers le point d’eau.
Depuis peu, une rumeur circule :
Un homme vit là, sédentaire.
Il possède un dromadaire, âgé lui aussi.
Les clans racontent tous la même chose :
chaque soir, il part dans les dunes,
son animal chargé de sacs vides,
et revient au matin, les sacs pleins.
Personne ne sait où il va, personne ne sait ce qu'il transporte.
Personne n'ose poser la question.
Un parfum de mystère l’entoure !
Mais Ali n'est pas un homme superstitieux...
La tribu installée, le campement monté,
Il va errer du côté du nouvel occupant.
L’histoire de cet homme le fascine et l’intrigue,
il souhaite faire sa connaissance.
Ali est curieux, aime comprendre,
et apprendre avec les gens, les choses de la vie !
Chaque rencontre est une fête !
Une nouvelle page dans son livre d’études !
il pose des questions, réclame des explications.
Elles ne sont pas fréquentes
les occasions de s’instruire dans le désert !
Il a décidé, malgré les réticences de sa famille,
De percer le secret du vieil homme.
Il s’approche de la tente,
une vraie tente berbère de couleur marron, une khaïma.
Tout autour, des cailloux, des rochers,
et le dromadaire mâchouillant quelques buissons,
le vieillard est à l’intérieur,
il prépare le thé.
Que faire ?
Il ne peut troubler cet instant
Il reviendra ce soir et…….
Les soirées, dans les déserts, sont très chaudes;
quelquefois, un vent très doux vient caresser
les visages endurcis par les brûlures du soleil.
Mais, ce soir-là, Ali est insensible à la beauté du ciel,
A la douceur ambiante,
Il ne voit pas les nombreuses étoiles,
la lune lointaine, cette lune……
enfant son grand-père lui affirmait
que des hommes y avaient posé les pieds...
Non, ce soir,
Ali a décidé de parler à l’homme mystérieux...
Près de la tente, attaché à un pieu le chameau…
Ses compagnons ont tenté en vain de l’en dissuader
mais Ali, est curieux et têtu...
Il pénètre sous la toile, le vieil homme est assis,
les yeux clos, les mains jointes,
invoquant, on ne sait quel esprit.
Un long silence s'installe, le jeune homme ne sait que faire,
toussoter pour signifier sa présence ou demeurer là,
à attendre que l'autre réagisse.
Celui-ci regarde l'intrus...
- Que me veux-tu, homme?
La voix du vieux semble sortir des profondeurs du passé,
rauque, unique, grave et intrigante à la fois,
une voix qui inspire respect...
Ali a osé pénétrer dans son antre,
Comment va-t-il réagir ?
Les yeux baissés, regardant ses babouches, il dit.
« Excusez-moi, je voudrais savoir !
-Savoir quoi ? Tu es bien jeune pour savoir !
-Quel est ton nom !
« Ali monsieur ! »
-Ali ! C’est un nom qui a une destinée
un nom qui a toute une histoire,
et tu veux savoir, me dis-tu ?
Lève les yeux regarde-moi !
-Petit Ali, le savoir c’est la connaissance,
l’intelligence, la sagesse, la science,
c’est tout ça le savoir, c’est aussi le pouvoir…
-Ai-je bien répondu à ta question ?
Perdu dans toutes ses réponses, Ali ne comprend pas …
Le savoir ….
Mais ce qu’il veut c’est………….
Ce que Ali voudrait savoir :
Est-ce que son désert sera toujours à lui ?
Pourra-t-il s'y promener à longueur d'années,
Pourra-t-il y accompagner ses futurs enfants,
les enfants de ses enfants ?
Les nouvelles de la ville sont surprenantes:
on dit que des boîtes à images sont apparus dans les maisons,
qu’elles transmettent les nouvelles du monde,
on dit que les hommes en sont fous
et ne se parlent plus !
La ville est loin,
Mais elle attire et ensorcèle les jeunes de sa famille.
Il est né dans les dunes,
la ville, c'est le bruit,
le monde toujours pressé, courant derrière le temps
Ali riait, comment pouvait-on rattraper le temps?
- Tu as l'air tourmenté, Ali,
assieds-toi près de moi.
Si proche et si loin aussi...
- Tu as peur de l'avenir, n'est-ce pas, je le lis dans tes yeux...
Ali ne sait que répondre,
tout est si confus soudain dans sa tête.
- Tu es jeune, Ali... Laisse le temps au temps...
Le jeune homme relève la tête.
Le temps... Non, il ne faut pas laisser le temps au temps,
il faut réagir,
protéger le désert,
pour eux, pour leurs enfants et pour ceux de demain...
- Parle, voyons, vide ta tête, tu réfléchis trop, Ali...
Il regarde le sorcier.
Je voudrais dit Ali, je voudrais...
-tu voudrais quoi?
-je voudrais arrêter le temps!
Je voudrais que rien ne change,
que le sable soit toujours le sable,
que les oasis restent des oasis!
-Mon pauvre garçon, apprends que le temps ne s'arrête jamais!
Il poursuit inlassablement sa route,
mais je vais te confier un secret:
approche, écoute bien ce que je vais te dire...
….Ecoute Ali ! Quand les hommes du désert
se réunissent autour d’un feu,
ils racontent la légende des filles du vent…
Ce sont les dunes qui sans cesse se déplacent.
Pas facile de les retenir ces coquines !
Personne ni toi, ni moi, ni eux, ne pourrons les dompter.
Quand un grand coup de vent
soulève des milliers de grains de sable !
Hop ! Les voilà quelques mètres plus loin.
Et depuis des milliers d’années, elles sont toujours là !
Il n’était pas venu pour cela !
Cet homme était un véritable sorcier,
il pénétrait dans vos pensées
et vous faisait oublier vos questions !
Il n’allait pas repartir comme ça !
Il voulait savoir, il saurait !
Dis-moi, vieil homme, toi qui as la connaissance,
toi qui connais les secrets du désert,
que transportes-tu,
lors de tes sorties nocturnes ?
Tu es curieux Ali,
mais la curiosité est utile pour apprendre !
Tu n’ignores pas que les autres t’appellent le sorcier
et qu’ils croient que tu as trouvé une mine d’or ?
Ou autre chose de précieux ?
Comment peux-tu vivre toute l’année dans cette oasis ?
Nous sommes des nomades,
nous nous déplaçons en cherchant des pâturages et toi ?
Moi je suis bien trop vieux pour me déplacer, je n’ai pas de troupeau,
ce que je transporte dans mes sacs ? Viens voir !
Je ne suis pas un sorcier, non !
Les hommes n’aiment pas que l’on soit différent d’eux,
il faut des explications pour tout !
Sils ne comprennent pas, ils croient à des pouvoirs mystérieux !!
Tout est si simple, il suffisait de demander !
Ali suivi l’homme,
il le conduisit vers un tas de cailloux derrière les palmiers.
Tu vois je construis un abri solide qui résiste au vent du désert
quand la saison est mauvaise !
Ali comprit, les choses ont une explication souvent très simple,
il suffit de poser les questions pour avoir les réponses !
Il revint dans sa tente, il devait dormir,
demain une journée recommencerait,
il faudrait s’occuper des bêtes,
chercher la nourriture…
Et le soir il pourrait repenser au vieil homme
qui avait prononcé des paroles vraies,
des paroles rassurantes...
Oui, son désert survivrait toujours aux hommes,
il pourrait le raconter à ses enfants,
à ceux de demain...
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