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24 février 2008 7 24 /02 /février /2008 13:55

 

 
 Je publie aujourd'hui un poème écrit par quelqu'un qui m'est proche.
 
 
 
La neige tombe,
Les fleurs se fanent,
Les feuilles dansent,
Les gens frissonnent,
Et moi je pleure.
 
Las, l’hiver est là,
Sans beaucoup de joies,
Les rosiers tremblent
De même les blés,
Et moi je pleure.
 
Là, le sol blanchit,
Et les gens aussi
Ici, le ciel gris
Fait que rien n’est vie,
Et moi je pleure.
 
Seuls, troublant le bruit,
Les oiseaux pépient,
La neige se rue,
La vie continue,
Et moi je pleure.
 
 
 
                                     Maryse janvier 1970
 
 
 
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18 février 2008 1 18 /02 /février /2008 19:32
Il y a quelques années, j’ai vécu avec mes élèves « une rencontre entre deux civilisations » qui m’a laissée un souvenir encore chargé d’émotion.
Début d’année scolaire, mes élèves, âgés de sept ans, sont invités à une séance cinéma. Le film projeté, « L’enfant lion » nous entraîne dans un conte africain aux paysages de savane magnifiques. L’histoire émeut ces enfants qui découvrent à l’occasion un monde si différent de leur quotidien.
Hasard, coïncidence, je rencontre le week-end suivant, mon neveu et son ami Samba, étudiant sénégalais. Il me propose de soumettre aux écoles de son village, un projet de correspondance scolaire.
Enthousiasmée par cette idée, toute la classe se passionne pour ce pays lointain.
Janvier, réponse positive, nous pouvons envoyer notre lettre de présentation.
Photos, récits, animeront ces échanges. Nous ferons connaissance avec le fleuve Casamance, les vergers de manguiers du village et la vie quotidienne de ces garçons et filles. Il me faudra du tact pour expliquer certaines coutumes  sans troubler ni choquer leur sensibilité.
 
Un jour de printemps, nous organisons une sortie afin de faire un reportage sur notre région. Nous cueillons des plantes en prévision d’un herbier, dessinons, photographions. La motivation est telle que chacun manifeste une ardeur au travail très agréable.
Un moment de repos est bienvenu. Assis sur le bord d’un fossé, dans lequel coule l’eau de la dernière pluie, nous goûtons, nous bavardons. Un lancer de cailloux démarre, une feuille flotte et s’éloigne.
Où va-t-elle ? Jusqu’où la poussera la brise ?
Une longue épopée s’organise : elle rejoindra la Dordogne puis le courant l’entraînera peut-être jusqu’à l’océan. Une « douce folie » s’empare de nous : elle va se diriger vers le sud, fera fi des tempêtes du golfe de Gascogne, n’hésitera pas une seconde au niveau du détroit de Gibraltar et c’est sûr voguera en direction du Sénégal.
 
De retour en classe, nous plancherons de nombreux jours pour raconter à nos nouveaux amis, cette histoire. Envahis par une imagination débridée, nous avons tous embarqué sur la feuille et, comme rien n’est alors impossible, nous remonterons le courant de leur fleuve et, surprise, ils nous verrons débarquer !
 Fiers de notre œuvre, illustrée, reliée, nous l’expédions.
 
Quatre à cinq semaines passent et la réponse arrive.
 Un récit détaillé de « notre visite ». Réceptions, repas, jeux, rien n’est oublié !
Nous fermons les yeux, nous sommes là-bas.
Pour des enfants africains, peut-être même pour des adultes, rien n’est impossible aux européens !
Ils nous attendent « en vrai ». Ils nous donnent le programme de notre séjour.
Pendant un court instant, nous avons joué, imaginé le départ, le voyage, la rencontre.
Un moment de magie qu’il fallait rompre !
Ce n’était qu’une fiction que nous avions intitulée : notre rêve.
Nous écrirons la suite : rêve impossible.
 
Responsable d’avoir fait naître un fol espoir, j’interviendrai pour choisir les mots qui transmettent nos remerciements, qui regrettent, qui transforment l’aventure en un conte dont on se souviendra tous avec beaucoup d’émotion.
Au moment de fermer l’enveloppe, une petite voix s’élève : j’aimerai bien me glisser entre les feuilles et m’envoler avec le courrier.
 
Samba, l’étudiant, viendra nous voir. Chargé de films, de cassettes audio, il sera notre ambassadeur auprès des écoliers de son village.
 Avec l’aide d’associations, de la municipalité, nous expédierons plus tard des livres pour démarrer une bibliothèque, pour rendre plus tangible le lien qui s’était tissé à l’occasion de cet échange.
 
 
 
 
         
 
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13 février 2008 3 13 /02 /février /2008 17:44
Il y a trente ans,
Nous avons choisi de faire,
Un bout de chemin ensemble
Il fallut accorder nos pas…
Tu étais pressé, 
J’avais besoin de temps….
Main dans la main nous avançons….
Des passions partagées,
Nos différences acceptées
Des tempêtes traversées,
Des raz de marée rencontrés
Main dans la main, nous poursuivons….
Pleins de curiosité,
Nous avons exploré
Des déserts et des chantiers,
Des jungles et des ronciers
Main dans la main nous défrichons…..
A la découverte du monde, 
Nous sommes partis...
Du temps à donner,
Des joies à partager
Main dans la main, 
Nous continuons….
 
 
                            
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6 février 2008 3 06 /02 /février /2008 14:37
J'ai écrit cette histoire d'après une trame fournie par une conteuse dans un atelier d'écriture.

Au pied du château fort, perché sur la colline, une forêt dense s’étale. On raconte à la veillée que les bêtes sauvages y font la nuit des sarabandes qui font crier de peur les enfants des serfs. L’hiver quand il gèle à pierre fendre, on perçoit au loin les hurlements des loups. Il circule dans ces lieux des histoires extraordinaires des histoires de fées, de lutins, de mauvais génies. Dans une clairière, cachée par un fouillis de branches et de feuillages il est une masure. Une veuve et ses trois fils vivent là depuis la mort du père. Quand les travaux qu’elle doit effectuer chez le seigneur lui laisse quelques loisirs, elle brode. Ses ouvrages sont appréciés de la châtelaine. Quand il y a fête dans la grande salle commune, quand les troubadours content les nouvelles au son de la vielle, chacun admire les tapisseries qui recouvrent les murs., les commandes affluent et la mère peut ainsi améliorer l’ordinaire à la maison. En ce jour ensoleillé d’automne, elle s’est installée en pleine lumière pour admirer le paysage qu’elle crée depuis de longs mois. Elle a laissé libre cours à son imagination, cette œuvre c’est son rêve, le champ de coquelicots, elle se souvient : une goutte de sang est tombée de son doigt , et aussitôt quelques points lancés, l’odeur des moissons, les blés, les fleurs…Ah ! S’il était aussi facile de faire pousser un champ de blé !! La vie serait plus douce et le pain plus présent dans le coffre !
Le vent fait tourbillonner les feuilles, la fraîcheur la fait frissonner, elle s’est trop attardée, il est temps de rentrer et d’allumer le feu quand soudain une rafale emporte la toile. Elle court, affolée, mais le mauvais génie de la forêt lui joue un vilain tour, impossible de récupérer sa broderie. Elle pleure, ses enfants la trouve prostrée au coin de la cheminée. Ils s’inquiètent : est-elle malade ? A-t-elle appris une triste nouvelle ?
Non, son rêve s’est envolé, elle n’a plus le courage de se battre. Petit à petit, sa santé décline. Dans la clairière il n’y a plus de chants, plus de rires, la soupe est claire faute d’argent pour les achats. Le fils aîné décide de partir à la recherche de la toile, il confie la garde de la maman à ses frères :
-         Je serai vite de retour, attendez-moi, la joie reviendra ! Hélas, les semaines passent.
-         Que faire ? Je vais à sa rencontre annonce le second garçon,
-          Aie confiance, dit-il au benjamin , je ramènerai la broderie et maman sourira à nouveau !
Mais l’attente est longue, trop longue.
-         Où sont mes frères ? S’interroge le troisième, et un matin le voilà sur les chemins questionnant les rares passants :
-         Avez-vous vu l’ouvrage de maman qui s’est envolé le jour du grand vent ?
Une vieille, édentée, de l’autre côté de la forêt le fait entrer dans sa masure.
   -   Es-tu le troisième fils de la brodeuse ?
   -   C’est moi, je cherche l’ouvrage de ma mère qui s’est envolé le jour du grand vent !
Elle lui tend une bourse remplie de pièces d’or.
   -   Mais, qu’est-ce ?
-         Les fées ont pris la toile, mais elles ont bon cœur et pour te dédommager elles t’offrent ces quelques pièces !
-         As-tu vu mes frères ?
-         Oui ! Ils ont pris la bourse et sont allés s’installer à la ville !
Le jeune homme réfléchit, il sait que l’argent ne guérira pas leur mère.
-         Où sont les fées ? Il faut que je ramène l’ouvrage, ma mère ne survivra pas à sa perte !
La vieille, qui était en réalité une sorcière, l’accompagne vers une prairie. Au bord d’un ruisseau, les jeunes fées tirent l’aiguille ! Des laines de toutes les couleurs sont éparpillées sur l’herbe verte, elles copient la fameuse toile, mais l’ouvrage est long et le jeune est triste.
-         Quand pourra-t-il reprendre son bien ?
Une jeune et jolie fée écoute son histoire, elle est émue et réussit à convaincre ses compagnes de lui rendre la toile qui leur sert de modèle. Elle le fait patienter quelques instants : le temps pour elle de broder, près du ruisseau qui borde le champ de blé, une jeune fille qui lui ressemble, pense le jeune garçon !  
De retour chez lui, il étend la toile et va chercher sa mère. Quand ils arrivent sur le seuil, le vent se lève et devant leurs yeux étonnés la toile s’envole, s’étire, se partage et …devient réalité !
Le champ de blé, les coquelicots, la maisonnette et là-bas près du ruisseau il reconnaît la jeune fille.
Dans la clairière la joie est de retour, la mère est guérie et bientôt le gazouillis d’un bébé…car, vous l’aviez deviné : ils se marièront et auront beaucoup d’enfants !! 
                                                                               
 
 
         
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4 février 2008 1 04 /02 /février /2008 16:55

Je vous offre aujourd'hui un conte trouvé dans  un recueil ...je ne connais pas son origine


Il y a bien longtemps, tout au début de la création du monde, le moineau et le pivert étaient soeurs.
On vînt un jour les prévenir que leurs parents étaient très malades. Vite, demoiselle moineau arrête sa toilette et part...les joues sales, le bec à moitié propre.
Demoiselle pivert fait d'abord grande toilette: rouge à lèvres, enfin rouge à bec! poudre de riz, mascara...puis elle part et ...hélas quand elle arrive, il est trop tard, ses parents sont morts.
Voilà pourquoi le moineau a toujours l'air ébouriffé, mal coiffé, mal débarbouillé, mais il vit près des hommes et sans se fatiguer mange les miettes. 
Le pivert, certes est très beau, a un joli plumage, un bec tout rouge...et doit toute la journée taper contre l'écorce pour trouver quelques insectes. Quand vient la nuit il se réfugie dans le creux d'un arbre et pleure, son bec lui fait mal.
La nuit venue, le moineau, lui, profite de la chaleur du toit des maisons et dort le ventre plein!

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31 janvier 2008 4 31 /01 /janvier /2008 14:06
 
Il était une fois un poulpe qui vivait là au milieu des rochers en bordure de l’océan.
Malgré toutes les péripéties de sa vie il avait conservé intactes ses huit tentacules.
Il y avait eu des prises de bec avec des congénères, lutte pour conserver son territoire, bataille rangée pour la capture d’une proie, quelques cicatrices en témoignaient. Il savait mieux que quiconque se coller au sol et en prendre la couleur afin de se confondre avec son milieu, le prédateur passait son chemin mystifié.
Sa gourmandise lui causa bien des frayeurs !
Se souvient-il du jour où, croyant trouver une proie facile il goba une sardine posée devant son trou ? Prudemment il avança une tentacule, tâta la chose puis comme rien ne se passait, il fit un autre essai, toujours rien ! il s’étira, s’enroula autour du poisson et recula prestement vers le fond de sa tanière. Mal lui en prit ! Il se sentit happé vers l’extérieur, eut l’impression qu’on lui déchirait son appendice. Il s’accrocha, se colla de toutes ses forces sur un caillou, abandonna quelques lambeaux de peau et put enfin s’éloigner vivement en crachant un nuage d’encre pour protéger sa fuite.
Il n’oubliera pas le jour où voulant chasser un prétentieux qui voulait pénétrer dans son domaine, il se trouva harponné et jeté sur le sable. Il se tortilla, s’enroula, se déroula et quand une vague vint lécher le sol il repartit avec le reflux ! Sauvé grâce à la marée !

Une vie de poulpe bien remplie !

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28 janvier 2008 1 28 /01 /janvier /2008 10:19
Je vous offre aujourd’hui un conte du Burkina Fasso
 
L’éléphant, le chef des animaux, donna un jour l’ordre à tous les animaux de se rendre 
auprès de lui…
Tous sinon se serait la guerre.
Tous obéirent…c’était le chef.
Chacun prépara ses paquets, ses provisions pour le voyage et se mit en route…
Bientôt les voilà tous devant l’éléphant.
Les uns arrivant un peu plus tôt les autres un peu plus tard, mais tous…enfin presque.
L’éléphant fit l’appel, et chacun de répondre : je suis ici !
Tous sauf l’escargot.
L’éléphant appela : ESCARGOT
Personne ne répondit
Trois fois l’escargot ne put répondre, l’escargot n’était pas là…
La réunion commença sans lui. L’éléphant présidait cette assemblée
Tout était bientôt terminé, lorsque les animaux qui étaient tout au fond de la cour 
se mirent à crier :
Voilà l’escargot, voilà l’escargot !
Le pauvre animal s’approcha, tout honteux, tout tremblant, il redoutait la colère de l’éléphant, 
mais comment pouvait-il faire ?
Il n’était pas de taille à lutter contre lui.
-         D’où viens-tu lui demanda l’éléphant ?
-         De mon village !
-         Et pourquoi arrives-tu si tard ? N’as-tu pas reçu mon ordre ?
-         Je l’ai bien reçu, grand chef éléphant, je l’ai reçu… 
et je me suis mis en route aussitôt mais le chemin est long ,
 tu ne m’as donné qu’un pied pour marcher, 
souvent les branches entraient dans mes yeux, cela me retardait, 
et puis je redoute le froid, la pluie me donne la fièvre !
-         Alors pour arriver chez toi en bonne santé 
je suis retourné chercher ma case et je l’ai transporté avec moi !
-         Voilà chef éléphant ce qui m’a retardé !
-         Voilà pourquoi j’arrive si tard !
L’éléphant se mit à rire, il rit beaucoup !
Il rit longtemps !
 
Tous les animaux qui avaient eu très peur pour l’escargot se mirent à rire
 
Puis l’éléphant dit :
-         Tu as bien parlé ESCARGOT ? 
désormais tu auras des yeux au bout de tes cornes, 
ainsi les branches des arbres ne pourront plus te frapper, 
et pour te punir d’être arriver en retard, 
désormais tu porteras ta maison sur ton dos…
 Et c’est depuis ce temps là 
que l’escargot a des yeux au bout de ses cornes 
et qu’il porte sa maison sur son dos !
 
Mais ce n’est pas une bien grande punition !
 
 
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25 janvier 2008 5 25 /01 /janvier /2008 12:43

J'ai trouvé ce matin                                                     

Tout contre moi,
Une petite chose                                                                    
Ronde comme une balle                                                     
Lancée par des enfants,                                                       
Lisse comme un caillou                                                         
Doré au soleil des vacances,                                               
Délicate comme un œuf                                                        
Plein de promesses de vie.                                                     
J’ai approché mon oreille                                                   
Contre, tout contre.                                                               
Je suis un petit bonheur,                                                        
Ai-je entendu,                                                                                                                                               
Tout chaud, tout gai, bien vivant.                                                                           
Mais attention,                                                                         
Je suis fragile !
Une parole glacée,
Un geste violent,
Et hop ! Je disparais !
J’éclate comme une bulle de savon,
Je ne suis plus qu’un souvenir !
                       Nicole
 
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23 janvier 2008 3 23 /01 /janvier /2008 15:11
En bordure du Niger il est une ville dont le nom fait rêver : 
Tombouctou la mystérieuse. On raconte qu’ici, il y a bien longtemps 
les nomades avait confié, la garde d’un puits à une vieille femme nommée 
Bouctou. Venues du Sud, chargées d’or, venues du nord, lestées 
de plaques de sel, les caravanes y échangeaient leur cargaison. 
Ainsi se développa une cité marchande connue bien au-delà des 
frontières du Sahara. Depuis ces temps lointains, deux fois par an, 
aux abords de la fabuleuse cité s’organise  l’azalaï : 800 kilomètres 
de marche pour joindre Taouedeni, où dans l’ancien lac asséché, 
les mineurs extraient l’or blanc.
Aujourd’hui, pour la première fois, Sofiane accompagne les hommes 
dans cette aventure. Les dromadaires, ici on dit les chameaux, 
sont bâtés. Tôt le matin, c’est le grand départ. Il faut avancer avant que 
les rayons de soleil ne viennent ralentir le rythme de la marche. 
Vingt jours pour traverser la hamada, plateau rocheux, et les vastes 
étendues de de sable. Le soir, au bivouac, quelques brindilles arrachées 
aux touffes de buisson permettent d’allumer le feu qui fera chanter l’eau 
dans la théière. Sofiane participe aux travaux, la fatigue ne se fait pas 
encore sentir, pile le mil pour confectionner les galettes, les dokhns, il est 
heureux, cette expédition est vitale pour la survie du groupe. Les dunes se dressent devant eux et leur franchissement n’est pas toujours facile. 
Le jeune homme songe aux épopées anciennes, aux risques qu’ils 
encourent.
 
Ce matin une atmosphère étrange règne sur le groupe, un nuage ocre 
apparaît à l’horizon: dans quelques heures le sirocco soufflera. Le vent 
chaud, venu de l’orient qui dessèche tout sur son passage, ne les 
épargnera pas. Il est temps de rajuster son chèche, de s’envelopper 
dans sa djellaba et de maintenir fermement la longe qui le relie au chameau. 
Déjà la poussière vole à la surface du sol, les bêtes sont nerveuses et 
ralentissent la marche. Aucune paroi rocheuse dans les environs pour se 
protéger, la colonne doit progresser contre le fléau et rejoindre au plus 
vite la prochaine halte. Sofiane connait les dangers du vent : il efface 
les traces, on ne retrouve plus les jalons. Ali, son père dirige la caravane, il s’approche et le réconforte :
-          Ne crains rien, derrière le cordon de dunes nous pourrons nous mettre à l’abri 
et organiser le bivouac.  
Après quelques heures de marche les voici enfin sur le lieu choisi pour 
la nuit. Entraver les animaux afin qu’ils ne s’enfuient pas affolés par la 
tempête, 
piler le mil et préparer les galettes, allumer le feu, ce soir toutes 
ces tâches répétitives sont accomplies lentement, la lassitude et la fatigue 
marquent les visages. 
Le repos est nécessaire, il faudrait dormir, pourtant Sofiane roulé dans sa 
couverture, observe le ciel. Le vent s’est calmé, là-haut brille l’étoile 
qui la nuit, leur sert de guide, saura-t-il un jour se fier à elle pour conduire 
à son tour la tribu vers la mine ?
-          Sofiane ! Près de lui se tient une vieille femme.
-           Qui es-tu ?
-          Je suis Bouctou, la gardienne du puits et depuis des lunes et des lunes 
la protectrice de 
ton clan.  Les tiens m’ont protégée autrefois, aujourd’hui c’est à moi de vous aider. Demain, quand la tempête soufflera à nouveau, quand les signes qui servent 
de repères auront disparu, aie confiance en moi, et je vous guiderai.
-          Mais comment … Sofiane éberlué se frotte les yeux, personne, la vieille femme a disparu ! 
A-t-il rêvé ? Un rayon de lune fait scintiller un caillou blanc sur le sol, Sofiane 
le prend entre ses mains, il le caresse longuement, ses yeux se ferment, il plonge 
dans un profond sommeil réparateur.
Aux premières lueurs de l’aube, la caravane reprend la piste.
-          Âw ! Âw ! Tu peux avancer !  
Crie le chamelier d’une voix gutturale. Déjà la poussière vole, les grains 
de sable piquent les visages, la journée s’annonce périlleuse, Sofiane 
s’est rapproché d’Ali, il le sent tendu, fatigué, c’est un vieil homme, 
un chibani disent les nomades avec respect. Longtemps il a conduit 
l’azalai, et avant lui son père, son grand père et son arrière grand père, 
mais aujourd’hui, devant les éléments déchaînés, il est inquiet.
-          Akaaba ! crie l’homme de tête, je ne vois plus les signes !
Sofiane, anxieux, presse la pierre qu’il a glissée dans sa poche. 
Là-bas, à l’horizon, il entrevoit le creux entre les dunes qui, tel un col, leur
 permettra de franchir l’erg. C’est la « passe » qu’ils cherchaient. Ses compagnons vont-ils le croire ? N’est-il pas victime d’un mirage, le péril qui guette le voyageur inexpérimenté
 ?
-          Père ! Père ! Regarde ! Il tend le bras et la pierre étincelle au soleil.
Le vieillard a compris, le temps est venu pour lui de se reposer, ce sera son dernier voyage et son fils continuera la tradition.  
-          Aie confiance en moi ! Lui a dit Bouctou, il sait qu’elle est près de lui, il doit 
convaincre les autres. La chose est difficile, la discussion s’anime, les propositions divergent, il s’avance et d’une voix ferme qu’il ne reconnait pas lui-même il indique 
la voie.
-          Tout droit ! Vite il nous faut traverser avant que le vent ne reprenne de la vigueur !
En silence, la colonne s’ébranle. Sofiane puise sa force dans le talisman 
donné par Bouctou.
-          Aie confiance en moi ! A-t-elle dit.
Sans encombre la caravane chemine, les dunes semblent s’écarter, 
et l’ouragan se calme. Le soir au campement, le père appelle le fils :
-          Souviens-toi, il ne faut jamais douter !
Bientôt ils échangeront le mil contre les lourdes plaques de sel et reprendront 
le chemin du retour.
Dans quelques semaines, à Tombouctou la mythique, des danses et des cris 
de joie fêteront les hommes et les animaux qui ont survécu au désert aride. 
Ils s’inclineront devant Sofiane.
-          Aie confiance en moi !  Et dans sa main brille le galet blanc.
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10 janvier 2008 4 10 /01 /janvier /2008 09:45
Une nouvelle pour vous distraire....

Depuis une semaine Charles Bérard s’est installé dans la demeure familiale. Il est las de la vie parisienne et fatigué par les affaires florissantes de sa société qui accaparent tout son temps. Le médecin, son ami d’enfance, lui a conseillé un repos complet, allant jusqu’à pronostiquer une issue fatale à son existence, s’il ne se conformait pas à son ordonnance ! Béa, son épouse, a immédiatement organisé son départ pour la campagne. Il était bien sur prévu qu’elle soit du voyage. Comment pouvait-elle envisager qu’il survive seul dans la maison natale ? Depuis sa plus tendre enfance il a vécu entouré de femmes : mère, grand-mère, puis Béa . A la fabrique, héritage reçu très tôt au décès de son père, c’est Carole, sa secrétaire, qui gère son emploi du temps. Elle remplit avec soin son bloc-notes et semble satisfaite lorsqu’il n’y a plus une heure de libre : rendez-vous, déjeuner, téléphone, Charles hait cet agenda qui dispose de sa vie. A la maison, Béa se consacre avec délectation à la réussite de ses soirées : il est nécessaire de recevoir, d’accepter des invitations et de se montrer dans les spectacles pour affirmer sa place dans la société. Il est l’heureux papa de Chloé, dont l’éducation est en grande partie régie par les conseils dictés par Marie Démon, pédiatre de grande qualité. Sa bible trône sur la table du salon. Il lui doit son exil solitaire. Chloé, est entrée cette année dans une école, choisie pour respecter les méthodes d’éducation de Marie Démon. Il serait néfaste de la soustraire à ses compagnes et à l’éducatrice qui doit la préparer à sa vie future, la présence maternelle étant bien sur nécessaire,.
Charles est donc parti, seul, pour la première fois de sa vie, vers le pays de son enfance. Constance et Georges , les gardiens de la propriété, dûment prévenus par Madame Bérard, ont ouvert les volets, allumé le feu dans la cheminée du séjour et préparé un repas chaud pour son arrivée. Ils assumeront les charges domestiques pendant cette retraite.
Les premiers jours de sa nouvelle existence furent consacrés au sommeil, lecture, marches dans le parc, mais aujourd’hui, c’est un homme neuf qui a ouvert les fenêtres à l’aube. Un air de printemps lui chatouille les narines. Des souvenirs affluent, le départ pour l’école du village, la cueillette des jonquilles pour le sourire de la maîtresse, le chant de la cascade au détour du bois. Après un copieux déjeuner, il grimpe sous les combles à la recherche d’une paire de bottes pour une promenade sur les chemins de sa jeunesse. Le grenier, qui fut son refuge, n’a pas subi de rangements notoires depuis de longues années. Après la mort de son père, sa mère et sa femme ont fait du nettoyage par le vide, une activité estivale. Heureusement il s’est opposé fermement, pour la première fois de sa vie, à une intrusion fatale dans son domaine. Là se trouvent pêle-mêle, ses cahiers, ses jouets, ses vieux vêtements d’adulte qui reprennent du service quand il redevient campagnard et là-bas dans le coffre l’histoire familiale : les carnets de son aïeule paternelle qui n’a jamais quitté « le château » et qui jouit encore au village d’une notoriété empreinte de mystère. Dans un coin, des après-skis et un anorak côtoient une luge. Relégués aux oubliettes pour cause de « plus dans le vent », ils vont participer à la balade. Chaudement équipé, Charles pénètre dans la forêt qui jouxte la propriété. Il caresse l’écorce rugueuse des arbres, écoute le chant des oiseaux et respire à pleins poumons l’air frais matinal. Complètement régénéré, remis à neuf comme après la « bugeade » de son enfance, cette journée de lessive, les premiers jours de printemps, qui devait permettre de ranger armoires et placards. Mami Bérard, surveillait les employées chargées de la besogne et ne laissait à personne le soin de glisser entre les piles de linge le brin de lavande qui le parfumerait et éloignerait les parasites. En fin d’après-midi, c’était elle qui lui donnait le bain dans le baquet où avait trempé le linge. Revigoré, frictionné, il était prêt pour écouter les contes et légendes qu’elle racontait avec art et délectation. Les énigmes, les signes, les réminiscences historiques qui les émaillaient, passionnaient Charles. Il ne cherchait pas à distinguer le vrai du « faux » et adhérait sans réserve à cette littérature.
Mami n’était-elle pas, elle aussi, un peu sorcière ? Elle savait les vertus des herbes et soulageait les maux de ses semblables, elle écoutait et ne divulguait pas les confidences. Pourtant, une certaine méfiance habitait le voisinage : dépositaire de tant d’aveux, n’a-t-elle pas été tentée d’en faire part à son entourage ? Béa, fille de notables voisins, a souvent questionné Charles pour apprendre quelques histoires croustillantes qui auraient alimenté les conversations entre amis. Ce matin, les souvenirs le ramènent vers le pays de son enfance. Avec une joie non dissimulée il revient au domaine et grimpe quatre à quatre les marches qui le conduisent jusqu’à la malle remplie de livres et documents divers. Assis sur le plancher, Charles n’est plus le PDG, dont la vie est régentée par le bloc de Carole, il fouille, lit, compulse et semble particulièrement attiré par la couverture d’un livret, le nom du propriétaire est écrit sur une étiquette : Charles Silas, son arrière grand-père . Il emporte les documents et s’installe sur le canapé du salon. A midi, il ne réagit qu’au deuxième appel et transgressant les règles de politesse, il parcourt les feuillets tout en avalant le délicieux repas, sous le regard réprobateur de Constance.
-          Il n’est pas bon mon civet ?
-          Pardon ?
-          Mais qu’est-ce que vous avez aujourd’hui ? et elle rejoint sa cuisine en maugréant.
Charles la regarde, sourire aux lèvres, puis se replonge dans sa lecture. A nouveau, il s’isole dans ses pensées et n’entend pas le téléphone.
-          Madame vous demande, annonce Constance.
-          Je viens !
-          Allô Béa, comment vas-tu ?
-          Bien, que se passe-t-il ? Constance te trouve bizarre, tu es fatigué ?
-          Mais non, je fais des recherches dans les papiers de Mami et j’ai découvert …
-          Un trésor ? le fameux sous terrain ?
C’était un jeu entre eux, depuis longtemps d’imaginer qu’il y a des siècles leurs ancêtres respectifs avaient creusé un lien entre leurs domaines pour des rencontres secrètes, et de penser qu’ils n’étaient que la réincarnation des amoureux d’une autre époque. 
-          Je ne peux rien te dire, ce serait trop long ! Je t’expliquerai de vive voix, ne t’inquiète pas!
Après avoir raccroché, il reprend son « travail ».
-          Georges ! avez-vous un appareil photo ?
-          Oui, un numérique, c’est celui de ma fille, je vais vous le chercher !
-          Merci, je vous accompagne, je vais faire une promenade.
Charles s’intéresse aux vestiges d’autrefois, nombreux dans les environs, dont certains datent de l’époque médiévale. Il accumule les prises de vues, vérifie des alignements, compte les pas d’un endroit à l’autre, trace des croquis puis se dirige vers l’entrée du bourg . Il s’arrête devant une maison basse, entourée d’un jardinet, pousse le portillon :
-          Holà ! Mémé Lise, vous êtes là ?
Une vieille femme toute de noir vêtue, s’avance sur le seuil.
-          Charly ! C’est toi ? Entre, mon petit, entre !
Mémé Lise, la centenaire du village, la contemporaine de Mami Bérard, enlace Charles. Il la raccompagne jusqu’à son fauteuil, salue l’auxiliaire de vie qui permet à l’ancêtre de rester dans sa demeure, et s’assoit sur une chaise auprès d’elle .
-          Le petitou de ma Jeanne ! Le parisien !
A l’époque de leur jeunesse, elles étaient inséparables, Lise et Jeanne n’avaient aucun secret l’une pour l’autre, cette amitié a perduré, la vie d’adulte ne les ayant pas éloignée du village. Le dialogue, rendu difficile par la surdité de l’aïeule, se poursuit un long moment. Charles accepte de partager la pause tisane en souvenir de sa grand mère, et promet de revenir dès que Béa l’aura rejointe, au vacances de printemps .
-          N’attends pas trop longtemps, ma mémoire s’enfuit !
Les aller-retour à l’étage se multiplient, les photos sont transférées sur l’ordinateur et examinées avec soin, le cahier d’écolier se remplit d’annotations, Charles sifflote, son visage se pare désormais d’un air mystérieux !
-          Tu me caches quelque chose, s’indigne Béa, lors de leurs entretiens quotidiens, Constance et Georges ne veulent rien me dire !
-          Ca ne les regarde pas, dans une semaine tu seras là et je te raconterai !
-          J’aurai moi aussi quelque chose à te dire !
-          Ah oui ! Alors à bientôt !
 
 
 
Une semaine plus tard…
C’est la joie des retrouvailles, Chloé est intarissable, elle monopolise la conversation, papa doit être mis au courant des derniers évènements scolaires : sa maîtresse l’a choisie pour jouer la fée dans le spectacle de fin d’année !
L’heure du sommeil arrive enfin, couchée dans le lit qui fut celui de son père, la fillette s’endort, sous le regard attendri de ses parents.
-          Alors, raconte ! Chuchote Béa.
-          Viens !
Main dans la main, ils rejoignent le bureau.
-          Regarde.
Il lui tend un manuscrit, écrit à l’encre violette, un peu délavée.
   -   J’ai trouvé ça, la-haut !
Elle feuillette l’objet qui sent le moisi, certaines pages sont tachées mais l’ensemble est bien conservé. Il y a des recettes, des dessins de plantes, des plans et des textes recopiés avec application dont le nom de l’auteur figure au bas de la page . Béa fait une moue dubitative.
-          J’ai aussi trouvé ceci !
Il lui tend une feuille de papier pliée en quatre. Un texte est inscrit :
-          C’est quoi ?
-          Lis !
 
Quand la lune en Saturne viendra rencontrer Jupiter ,venu de l’est un effrayeur viendra : des années de grands chambardements, le pays déstabilisé . Durant cette période la rencontre du chêne et du roseau s’accomplira. Au joli moi de Mai, l’arrivée tant attendue d’une nouvelle branche laissera augurer une ère plus prospère, un arc en ciel se lèvera. Dans la deuxième époque, belle dame arrivera. Quand le grand moteur des siècles se renouvellera, il faut s’attendre à des changement importants. Des incidents jalonneront la longue route. La pause sera bénéfique, et au pays boisé la vie renaîtra…. 
 
Béa pouffe
-          Où as-tu trouvé ceci ? Qu’est-ce que ça veut dire ?
-          Dans la malle, il y avait une liasse de feuillets, avec des annotations. Quelqu’un avait commencé une traduction, mami Jeanne probablement ! Des lieux, des évènements, cela ressemble à des prophéties. Je suis allé chez mémé Lise, elle m’a dit avoir vu ces documents, avoir aidé grand-mère à comprendre !    
Regarde, l’effrayeur venu de l’est, la guerre , sûrement…
-          Mais alors, ce passage ?
-          Notre temps ! Le siècle se renouvelle : l’arrivée du vingtième siècle !
-          Les incidents ? Tu crois qu’il s’agit de ta santé ?
-          Peut-être, mais la vie renaîtra, il ne faut pas s’inquiéter !
-          Non, ce n’est pas ça, je t’ai dit que j’avais moi aussi un secret ?
-          C’est quoi ?
-          Devine !
Un silence , puis un cri de joie :
-          C’est vrai ?
Charles enlace Béa et l’entraîne dans une ronde endiablée.
-          Tu sais quoi ? Chuchote t-elle, on n’ira pas au grenier lire la suite, on fermera le coffre et on jettera la clé dans l’étang !
                                                      
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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