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21 décembre 2014 7 21 /12 /décembre /2014 11:08

Rédiger la lettre ne fut pas chose facile. Nous n’étions jamais d’accord sur la façon de tourner nos phrases ! Bénédicte voulait écrire mais devant les difficultés de l’orthographe elle me laissa volontiers le stylo. Maman eut droit à la première mouture qu’elle trouva trop succincte. Devant notre embarras elle s’assit près de nous pour nous expliquer les règles de convenances à respecter.

                                               Madame, Monsieur,

 

    Depuis six mois nous occupons la maison que vous nous avez vendue. Après quelques temps d’adaptation nous y  sommes maintenant tout à fait à l’aise. Profitant des vacances de printemps pour ranger le grenier, nous avons eu la curiosité d’ouvrir une grosse malle qui était là depuis de longues années.

Remplie de souvenirs de voyage, de prospectus et de cahiers, elle nous intriguait. Elle contient également une correspondance et nous aimerions la rendre aux anciens propriétaires.

Pouvez-vous nous faire parvenir leur adresse afin que nous leur rendions leur bien ?

En ce moment la forêt est belle, les genets couverts  fleurs.

Nous espérons que vous vous plaisez dans votre région et  que vous êtes en bonne santé.

   Grosses bises de Bénédicte et Nicolas   

Après quelques heures d’efforts, maman, satisfaite de notre littérature  nous accompagna au village poster la missive.

   -   Quand allions-nous recevoir une réponse ?

Impatients, nous courrions à la rencontre du facteur dès qu’il s’annonçait d’un coup de klaxon strident.

Pour nous distraire, maman nous accompagna à la bibliothèque pour une recherche de documents.

Ce fut aussi à cette époque qu’elle démarra mon initiation à l’Internet.

Les vacances se terminèrent sans que la réponse soit arrivée.

Après de longues discussions, il fut convenu que ce voyage aurait lieu l’année suivante. Il nous fallait bien une année complète pour le mettre au point. Nous voulions tous en faire une aventure commune parfaitement réussie.

Un soir, maman nous accueillit un sourire mystérieux sur les lèvres…

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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 17:12

Les genets exhalaient des odeurs sucrées, des parterres de violettes s’étalaient dans le sous-bois. 

Les bras chargés, la chienne sur les talons, une course folle nous ramena à la maison.

   -   Papa est là !

Aboiements, cris, son arrivée ne passait pas inaperçue, heureusement les voisins étaient suffisamment éloignés pour ne pas être dérangés par nos manifestations bruyantes.

 La lumière du soleil couchant rosissait le ciel, il régnait en cette fin de journée,  calme et douceur. Une moisson de parfums chatouillait nos narines : les lilas en fleurs et l’herbe fraîchement coupée, annonçaient les premiers beaux jours. Bientôt il serait temps de mettre la piscine en service. Déjà des relents de vacances envahissaient nos esprits !

 Nos bouquets  donnaient un air de fête à la table servie sur la terrasse. Dans un coin sur une console s’étalaient les journaux que nous avions consultés.

Le repas était une occasion de se retrouver, de  raconter sa journée,  un de nos  moments préférés. Ce soir là plus particulièrement  propice aux bavardages, les nouvelles nombreuses, Maman  prit la parole :

   -   Les enfants ont fait des découvertes cet après midi !

   -   Vous avez exploré  la malle ?

   -   Oui, on a vu des messieurs habillés avec des robes ! Pouffa Bénédicte.

   -   Des djellabas ! Complétai-je, fier d’utiliser mes nouvelles connaissances !

Les parents échangèrent un regard complice, ils avaient préparé le repas ensemble et de toute évidence avaient une proposition à nous faire. Leurs yeux brillaient, on sentait une impatience à nous annoncer une surprise.

   -   Que diriez-vous de vacances à l’étranger, cette année ?

   -   En Espagne ?

Nos amis allaient souvent dans ce pays et vantaient au retour le temps ensoleillé immuable pendant la durée du séjour. Bordées de plages magnifiques, la Méditerranée ne démentait pas son surnom de Grande Bleue !

   -   On pourra faire du scooter de mer ?

   -   Il y aura des jeux d’eaux ?

   -   Non ! Pas en Espagne, plus loin !

   -   Au Portugal ?

C’était une autre destination prisée de nos connaissances.

   -   Au Maroc !

Silence, étonnement !

Comment  traversera-t-on la mer ?

Ma petite sœur était inquiète, elle aimait le bord de l’océan mais les vagues de l’atlantique l’inquiétaient.

   -   On prendra le bac, c’est un gros bateau, la traversée est rapide.

   -   On irait voir les gens qui sont sur les journaux ?

   -   Ceux là ou d’autres, a  une condition toutefois!

    -   Laquelle ?

   -   Vous devez préparer le voyage.

Un grand silence succéda à cette phrase, pour le moins inattendue.

Quoi ? Nous  allions organiser les vacances, comme des adultes ? Etaient-ils devenus fous ? Le soleil troublait leur esprit !

Devant notre moue dubitative, les parents éclatèrent d’un grand rire joyeux, communicatif et en quelques secondes un fou rire généralisé s’empara de la famille.

Nous allons marcher dans les traces de nos prédécesseurs, peut-être pourriez-vous leur écrire pour leur signaler vos découvertes et leur demander l’autorisation de regarder les documents ?

Nous ne connaissons pas leur adresse !

Mais nous connaissons celle des suivants qui eux, ont ces renseignements !

 Nous avions conservés de bonnes relations avec les anciens propriétaires et échangions épisodiquement des nouvelles.

Dès le lendemain matin, rédaction au programme !

 

 

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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 12:24

Surprise ! Rien de scolaire là dedans ! A nouveau des itinéraires, des dates, des comptes rendus de voyage.

Daniel repartit.

Nos parents eurent encore de longs conciliabules.

   -   Tout le monde au lit, la nuit porte conseil !

 Le lendemain matin, un bol de café dans les mains maman nous donna les conclusions de leurs discussions : nous pouvions consulter les cahiers, les cartes et autres journaux, il pourrait être intéressant de se documenter sur les pays visités, nous ferions ainsi de la géographie! C’était une habitude chez eux de tout transformer en apprentissage ! Cette idée n’était pas très exaltante mais pour satisfaire notre curiosité nous étions prêts à promettre tout ce qu’ils voulaient.

Farfouiller dans ces vieux papiers, reconstruire  l’histoire des gens qui avaient occupé notre maison  pourquoi pas ?

Il faisait beau, sur la terrasse, le salon de jardin nous permettait de nous installer au soleil. Un léger souffle apportait l’odeur des bruyères et le pollen des arbres recouvrait le sol d’une fine pellicule jaune. 

Les cahiers nous attiraient, il y avait des tracés de  parcours, des dates et ensuite des photos collées, quelques textes qui  ressemblaient à des histoires.

Toute la matinée fut consacrée à compulser  ces documents.

A midi maman nous interrogea :

    -    Alors les enfants, qu’avez-vous découvert ?

    -     Il y en a un qui s’appelle Michel, il est allé au Maroc !

    -     Oui, il y a aussi Catherine et François !

    -    On a vu les photos et quelquefois sur les photos il y a un arabe !

Elle s’inquiéta :

   -   Ce n’est pas un journal intime ?

   -   C’est quoi ?

   -   Quelqu’un qui écrirait tous les jours ou presque les évènements de sa vie. Dans ce cas il faudrait le renvoyer à son auteur !

   -   Non je ne crois pas ce sont plus tôt des souvenirs de vacances, pour se rappeler !

   -   Je viendrai y jeter un œil !

Après un examen minutieux des livrets, elle convint qu’il n’y avait là que des comptes rendu de voyage, agrémentés de photos.

   -   Vous devriez reconstituer leur parcours, le tracer sur la carte. Vous apprendriez à  connaître ce pays !

   -   Il y a des revues, on peut aller les chercher ?

   -   Si vous voulez, mais vous ne touchez pas aux lettres !

Toute l’après midi nous poursuivîmes notre travail. Bénédicte cherchait les noms de ville, j’essayais de les retrouver sur la carte et les entourais. Rabat, Marrakech, Agadir, c’était facile, mais il y avait souvent des noms inconnus ! Bénédicte les prononçait mal, les disputes étaient fréquentes. Ses notions de géographie étaient faibles et les miennes à peine plus élevées !

 Les reportages racontaient la vie de gens dans des régions lointaines. Nous découvrions un autre monde. Bien sur nous regardions la télévision mais nous étions à l’âge des dessins animés, de la musique et quelquefois du sport. J’adorais voir les matches de foot avec papa. Les soirs de retransmissions, le salon devenait la pièce des hommes. Maman et Bénédicte fuyaient nos hurlements.  

Les reportages sur les pays étrangers étaient souvent diffusés à des heures tardives, seuls les parents s’y intéressaient.

Ma sœur regardait avec étonnement les tenues tellement différentes des nôtres.

   -   Ils sont sales ! Regarde, les enfants jouent dans la terre !

   -   Là ! Ils jouent au foot avec un ballon de chiffon !

   -   Oh ! La dame, on ne voit que ses yeux !

   -   Celle là, elle est habillée comme la mère de Nadia !

Nadia était une camarade de classe, sa mère venait parfois la chercher en robe longue, un foulard sur la tête.

A nos questions, maman avait répondu :

      -     C’est parce qu’elle est tunisienne !

En feuilletant les magazines, nous comprenions que ce qui n’était ici qu’une exception était là-bas chose courante !

   -   Les messieurs ont tous des robes !

   -   Oui, ce sont des djellabas, précisa maman qui passait près de nous.

   -   Pourquoi ne sont-ils pas habillés comme nous ?

   -   Tout simplement parce qu’ils vivent dans une autre civilisation !

Civilisation ! Voilà un mot que nous ne connaissions pas. Elle promit que, ce soir, tous ensemble, notre curiosité serait satisfaite ! .

La douceur de ce début de printemps nous incita à abandonner nos lectures pour une promenade en forêt en compagnie du chien. Les dégâts dus à la tempête de Noël étaient partout visibles. Branches cassées, arbres couchés, pins étêtés, il faudrait des années pour effacer les cicatrices. Pourtant des bruits de tronçonneuses, de moteurs, des éclats de voix se faisaient entendre et la reconstruction était en marche.

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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 11:22

Submergé par nos commentaires, papa jetait des regards à maman pour comprendre de quoi il s’agissait !

   -   Du calme s’il vous plait, laissez-moi expliquer.

Elle fit un rapide compte rendu de l’affaire, nous étions impatients de connaître la décision finale.

Comme d’habitude, quand quelque chose lui posait problème, il se grattait la tête, prenait un air lointain, semblait prendre très au sérieux notre requête.

La décision tomba :

   -   Je crois qu’on peut l’ouvrir, mais maman et moi déciderons si on va plus loin dans notre exploration !

   -   Quand ? On y va !

 

Peu  désireux de supporter notre agitation toute la soirée, toute la famille s’engagea dans l’escalier qui conduisait sous les toits !

Seule, la chienne ne comprenait pas notre curiosité, elle nous suivit cependant pour vérifier une fois de plus la présence éventuelle de rongeurs !

Devant notre empressement autour de la caisse elle la renifla et s’éloigna vers d’autres recoins. Cette boîte n’avait rien de particulier ! Pourquoi les humains s’intéressent-ils à des choses qui sentent le vieux papier ?

Papa essaya sans succès de faire jouer les serrures.

Je vais prendre une tige pour faire levier.

Peine perdue, la rebelle résistait ! A croire que les secrets devaient  rester secrets !

   -   Allons chercher Daniel, il aura sûrement le matériel nécessaire !

 

Je courus à perdre haleine et arrivai  chez  lui écarlate. Après une rapide explication un peu confuse de ma part, il prit son  quatre-quatre et m’accompagna.

 Calmement il examina la situation et repartit chercher les outils et …  

On entendit un craquement,  le couvercle se souleva légèrement.

Nos cris, nos applaudissements, saluèrent la réussite de l’entreprise !

   -   Ouvre ! Ouvre !

La malle aux secrets se livra enfin. Bouffées d’odeurs, effluves  moisis, parfums surannés, le passé rejoignait le présent mais ce n’était pas notre passé ! 

Des journaux, des paquets de lettres, des cartes routières, des cahiers d’écoliers apparurent.

Nos mains se tendaient pour toucher, lire, être le premier à voir.

Silence, nous devons regarder sans détériorer :

   -   Tout ceci ne nous appartient pas, rappela papa.

Il choisit ce qui était le moins personnel : les cartes routières.

Des itinéraires traversant l’Espagne, le Maroc, d’autres plus détaillées sur les pays maghrébins, accompagnés de notes, il s’agissait vraisemblablement de projets de vacances. Daniel se souvenait : bien que n’ayant jamais eu de relations amicales avec ses voisins, il avait compris qu’ils venaient des anciennes colonies, on les appelait « Les pieds noirs » ! Pieds noirs, cela nous fit beaucoup rire, papa promit de nous expliquer.

Les cahiers attirèrent notre attention. J’imaginais les exercices, les problèmes, tout le travail d’une enfance, abandonné pour ne pas tomber entre les mains des enfants qui auraient pu établir des comparaisons.

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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 14:58

Quelques mois plus tard, avec l’arrivée du printemps, les souvenirs de cette période étaient encore visibles.  De nombreux arbres décapités, des branches cassées, nous rappelaient cette semaine de tempête.

Les vacances de Pâques nous octroyaient  quinze jours de congé que nous allions mettre à profit pour terminer les travaux entrepris. Nettoyage et rangement étaient au programme.

Dès les premiers jours, les combles eurent notre visite.

 

Notre mission était claire, trier et classer les jouets inutilisés, pour les donner ou les jeter. Les persiennes ouvertes, le soleil pénétrait dans la pièce. Bénédicte s’inquiétait :

Tu crois qu’il y a des souris ?

Peut-être mêmes des rats ?

Nous devrions aller chercher Grisou, le chat des voisins.

Nous avons Lorraine qui consciencieusement furetait un peu partout cherchant des traces, des signes  d’une présence.

Les lieux semblaient inhabités, nous pouvions commencer notre classement.

Chaque objet était soigneusement examiné, commenté avant de trouver sa place. Les souvenirs de notre petite enfance étaient là, bientôt destinés à rejoindre les oubliettes. Au bout d’un certain temps, le jeu devenant lassant, nos regards allaient vers les malles qui, elles, contenaient de vrais secrets !

On ouvre ?

On n’a pas le droit !

On ouvre et on referme, personne ne le saura !

D’accord, vas-y !

J’étais l’ainé, le garçon, je devais donc agir mais

ma sœur, toujours d’accord sur le moment,    changeait d’avis ensuite par peur de la punition. Il arrivait même qu’elle aille raconter à maman ce que nous avions fait pour éviter les remontrances : faute avouée, à moitié pardonnée !

Je m’approchais de la caisse et regardais les serrures. Elles étaient rouillées, et n’avaient pas été manœuvrées depuis longtemps.

Une barre de fer pourrait me servir de levier, mais rien ne semblait convenir.

A table !

Nous descendîmes les escaliers quatre à quatre bien décidés à revenir, munis des outils nécessaires.

Pendant le repas, Bénédicte ne put tenir sa langue :

   -   Dis maman, qu’est ce qu’il y a dans la grosse malle ?

J’eu beau lui faire des signes, elle continua :

   -   Nicolas a essayé de l’ouvrir

   -   Petits curieux, vous savez bien que son contenu ne nous appartient pas !

   -   Mais, maman, puisque ils l’ont abandonnée chez nous, on peut l’ouvrir ?

   -   Je suppose qu’elle ne contient pas de choses secrètes mais cela fait partie de leur vie pas de la notre !

   -   On pourrait ouvrir et si ça ne nous regarde pas, on referme ?

   -   Oui, on pourrait mais je ne sais pas si j’en ai envie ! Attendons papa nous  prendrons une décision tous ensemble.

L’après midi fut longue, la proximité du coffre excitait notre curiosité, des images de chasse au trésor tournaient dans ma tête. Bénédicte rêvait de toilettes d’autrefois, de dentelles et autres fanfreluches.

Allions-nous être déçus ? Découvrir des secrets de famille abandonnés pour ne pas être découverts par les intéressés ?

Papa était très attendu ce soir là !

Il ne comprit pas tout de suite pourquoi nous nous précipitions sur lui et l’aidions à ranger ses affaires.

   -   Papa ! On peut ouvrir la valise ?

Elle ne pouvait tenir sa langue  plus longtemps !

   -   Quelle valise ?

   -   Tu sais bien celle du grenier !

   -   Vous deviez le ranger ce grenier, l’avez-vous fait ?

   -   Oui, mais la malle, celle qui était là avant, qu’est-ce qu’on en fait ?

   -   On devrait l’ouvrir, et on referme si ce sont des secrets !

   -   Nicolas a essayé mais il n’a pas pu !

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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 07:46

Le dimanche, nous aidions maman à ranger la vaisselle de fête quand le bulletin météo annonça de grosses perturbations sur la région parisienne, l’est et le nord de la France. Dès le lendemain des nouvelles alarmantes circulaient : arbres arrachés, toitures effondrées et autres dégâts très importants.

Loin de se calmer la tempête menaçait le sud-ouest : la promenade  prévue chez des amis fut annulée. Le soir papa vérifia les fermetures des volets et nous partîmes nous coucher sans trop d’angoisse : c’était sûrement un avertissement préventif.

Dans la nuit, le vent fort se leva. Des bruits étranges, des craquements, des sifflements réveillèrent la maisonnée. Lorraine, elle que rien n’inquiétait, semblait cette fois anxieuse.

Les résineux se balançaient si fort que leur chute nous semblait inévitable !

Aucun ne menaçait la maison, ils étaient éloignés et seul le parc pourrait souffrir du mauvais temps

Les lumières s’éteignirent.

Un arbre est tombé sur la ligne, dit papa et avec ce vent nous ne serons pas dépannés avant demain !

Il ne pouvait savoir que l’interruption durerait cinq jours chez nous, une semaine ou plus dans certains endroits!

Au matin, le réveil fut difficile, rien ne marchait ! Pas de télévision, pas de grille pain, pas de micro-ondes !

L’éclairage à la bougie, transformait les pièces en théâtres d’ombres. Quand la lumière du jour fut là, Bénédicte se mit à pleurer. Elle venait de découvrir les branches qui jonchaient le sol et rendaient l’allée impraticable. Nous étions tous tristes. Maman essayait de nous remonter le moral : un peu de courage, nous allions tout remettre en ordre !

Le téléphone était coupé lui aussi, seule la radio nous relayait au monde.

Après une inspection rapide des lieux, la situation  n’était  pas catastrophique.

Quelques tuiles avaient été soulevées et avant les réparations, on déplaça les objets qui pourraient être endommagés par une gouttière. Les grosses caisses furent poussées et une fois de plus elles excitèrent notre curiosité !

L’entrée dans le vingt et unième siècle, qui avait tant inquiété certains pour d’autres raisons, se révélait épouvantable  pour les sylviculteurs. Une promenade dans les bois proches nous permit de rencontrer Daniel, un voisin.

Propriétaire de quelques hectares de pins, il avait les larmes aux yeux en voyant ces géants abattus, gisant sur le sol. L’étendue des dégâts était considérable, les branches entremêlées rendaient notre avancée difficile. Daniel, nous invita à grimper sur son tracteur.  En évitant les pièges nous rejoignîmes sa ferme. Construite sur un airial, entourée de chênes c’était une maison landaise typique avec son poulailler perché. Un retour dans le passé nous attendait dans la pièce à vivre ! Sa femme cuisinait sur le feu de la cheminée, des lampes à pétrole  posées sur la table éclairaient la pièce. Ces objets que nous avions l’habitude de voir chez les antiquaires reprenaient du service et nous intriguaient !    

Daniel nous en expliqua le fonctionnement. Ravis, après avoir dégusté de bonnes tartines de confiture, nous reprîmes le chemin de la maison.

Depuis ce jour-là, Daniel et sa femme devinrent nos amis et souvent nous allions les retrouver. C’était alors une formidable occasion d’apprendre à connaître la forêt.

 

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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 07:31

Un peu d’organisation, de nouvelles habitudes, c’était parti pour une année.

Lever sept heures, déjeuner, puis course de vitesse pour arriver le premier à la salle de bains. Le second tambourinait à  la porte pour accélérer les préparatifs car le car de ramassage scolaire n’attendait pas. Plusieurs fois il fut nécessaire que maman  nous conduisent en voiture ainsi nous ne sommes jamais arrivés en retard.

De nouveaux profs, de nouveaux copains, finalement l’épreuve n’avait pas été si difficile !

Le village était peu éloigné, il possédait quelques boutiques mais pour le ravitaillement il y avait les centres commerciaux dans la banlieue. L’autoroute permettait un accès rapide à la métropole et papa l’empruntait régulièrement pour rejoindre son travail. Nous étions à la campagne mais la ville était suffisamment proche pour que nous ne nous sentions pas dépaysés. Je tenais toujours ma place dans mon ancienne équipe de foot et racontait à Fred mes journées en me donnant le beau rôle!

Pendant l’hiver les parents profitèrent des week-ends pour parfaire notre installation.

Noël, occasion de réunir oncles, tantes et cousins autour d’un sapin minutieusement choisi dans la forêt si proche lors d’un week-end écologique. Comme chaque année, la décoration de la maison était notre responsabilité. A cette occasion de fréquentes incursions au grenier pour rechercher le matériel qui y avait été entreposé excitaient notre curiosité. Que pouvaient contenir ces malles ?

Protégées par de belles serrures, elles garderaient leur secret jusqu’aux travaux du printemps quand la pièce deviendrait officiellement notre salle de jeux.

 

La réunion familiale fut une réussite.

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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 16:35

Que de bouleversements cet été là !

Il fallu  toutes les grandes vacances pour nous sentir vraiment chez nous. Pendant que les parents clouaient, démontaient remontaient, Bénédicte et moi nagions, plongions. La piscine était appréciée,. Les copains partis en vacances nous retrouveraient aussi bronzés qu’eux.

 L’automne s’annonçait, prometteur d’une vie nouvelle, le vingt et unième siècle qui se profilait à l’horizon verrait l’aboutissement du projet.

Papa et maman, parfois pris de remords de nous laisser une autonomie que nous apprécions, nous proposaient des visites dans les environs.

Celle-ci est riche en vestiges archéologiques, et joignant l’utile à l’agréable, les sorties « culturelles »nous occupèrent. Visite de Roque taillade : Charlemagne est passé là avant de rejoindre Roncevaux, Uzeste, village dans lequel est né Bertrand de Goth, il deviendra  pape sous le nom de Clément V, un pape si près de chez nous ! De quoi alimenter nos conversations avec les copains. Dans son château de Villandraut aujourd’hui en ruines, c’est une visite animée par le guide qui nous a propulsé des siècles en arrière! Mieux qu’un jeu vidéo !   

 

Mes préférences allaient tout de même aux virées sur  le bassin d’Arcachon, proche. Quelques dizaines de kilomètres et les odeurs de varech emplissaient nos narines.

  Papa et si nous achetions un bateau ?

Pour explorer l’île aux oiseaux poursuivit Bénédicte, à qui j’avais fait part de mes projets !

Pas question, répondit papa, il y a beaucoup d’autres choses à financer avant de l’envisager. Mais je vous promets une après midi en canoë sur la Leyre  la semaine prochaine. Cette promenade fut un vrai régal !

 

La saison avançait, l’angoisse, le stress commençait à nous tenailler. Nouvelle école, nouveaux camarades, nouvelles habitudes, c’était le côté le moins tentant de l’aventure. Nos chambres étaient prêtes, accueillantes grâce au bon goût de maman. Incessamment le bureau allait se  couvrir de cahiers, stylos et autres instruments de travail. Mes livres s’alignaient sur les étagères, à cette époque l’ordinateur n’était pas encore là.

 La maison se chargeait de nos odeurs, nous nous adaptions à ses particularités et commencions à nous y sentir à l’aise. L’étage, sous les combles, n’avait pas encore était aménagé, il y avait, entassé dans un coin, des cartons et des malles, certains nous appartenant, d’autres abandonnés par les précédents occupants, qui n’avaient pas voulu s’encombrer de vieilleries et qui, généreusement nous les avaient laissées !

Ce rangement serait pour plus tard, aux prochaines vacances

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22 novembre 2014 6 22 /11 /novembre /2014 15:58

Le retour fut bruyant. Nous étions « excités comme des puces » dit maman, mais je voyais bien qu’elle aussi, avait sur les lèvres un sourire épanoui qui en disait long.

Les parents essayèrent de calmer notre enthousiasme et le leur, en évoquant le financement, les problèmes d’installation.

Ca y est ! On a trouvé ! criai-je aux copains dès mon arrivée à l’école.

Où ? Où ?

Y’a une piscine, elle est grande, elle est dans les pins pas très loin de Bordeaux. Papa a dit : vingt minutes aux heures creuses !

Tu vas changer de classe ? Fred se sentait abandonné.

Vous savez, ce n’est pas encore sur, les parents réfléchissent.

 

 

Les jours suivants, nous essayâmes de deviner si les réflexions étaient ou non positives.

La maison possédait  un grenier que maman envisageait de transformer en salle de jeux, avec la piscine, on approchait de la maison idéale !

Les papis et les mamies furent consultés. Nous nous y attendions, les avis ne furent pas concordants. La différence de mentalité apparût. Les uns appréciaient la situation, les autres s’inquiétaient d’un investissement non productif qui allait nous endetter pour longtemps, répétait maman après un coup de téléphone qui n’en finissait plus. 

De nombreuses fois, papa nous emmena revoir l’objet de nos rêves.

Quelques semaines plus tard la décision était prise :

-  Vous êtes d’accord ? On l’achète !

Au fur et à mesure des visites de notre futur patrimoine, les occupants nous racontaient son histoire. Ils habitaient là depuis cinq ans et repartaient dans leur région natale ayant atteint l’âge de la retraite.

 Les précédents propriétaires en étaient les bâtisseurs et seul l’âge et l’éloignement de leurs enfants avaient motivé la vente.

Cédric, mon voisin, ne comprenait pas :

Vous achetez et vous êtes encore là ?

Il faut leur laisser le temps de déménager. Je termine l’année scolaire et à notre tour de changer de rue !

Dis donc, il faut un quatre -quatre  pour venir chez toi ? Questionna Jonathan.

Non ! Pourtant l’idée était séduisante, ce véhicule à la mode, irait très bien avec notre nouvelle vie ! J’allais la soumettre à papa !

 

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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 17:30

 Nous allions jouer les aventuriers pendant un certain temps. Au fil des visites, pendant que les parents visitaient, mesuraient, examinaient et calculaient, nous faisions des parties de cache- cache dans les pièces vides qui sentaient souvent le moisi,  nous nous disputions les chambres, chacun voulant s’approprier la meilleure. Nous créions des personnages qui nous recevaient et nous distrayaient. Les escaliers en colimaçon qui conduisaient sous les toits nous tentaient mais nous avions interdiction absolue de les emprunter.

Dès que la voiture s’arrêtait devant un logement notre imagination se débridait. Avant que l’accompagnateur n’ouvre les volets, des personnages fictifs apparaissaient sur le seuil et s’avançaient pour nous accueillir. Main dans la main, complices, nous partions à la découverte.  

Après avoir en vain sillonné les bords de la Garonne, les parents élargirent leur champ d’investigation.

C’était l’hiver, la campagne était triste, humide, et nous commencions à nous lasser de ces randonnées. Le jeu avait cessé de nous plaire, nous avions épuisé les scénarios, ne restaient qu’ennui et réprimandes. Nous étions toujours là ou il ne fallait pas et jamais prêts quand le signal du départ était donné !

Pourtant les batailles de pommes de pin, les courses folles en bordure des « esteys », avaient emporté notre préférence.  L’hiver, les vignes et les pâturages offrent un spectacle de désolation, tandis que les résineux gardant leurs aiguilles,  la morte saison y est moins triste ! Et puis il y avait le Ciron ! Il serpente entre des aulnes  et le vignoble avant de rejoindre la Garonne qui le conduira jusqu’à l’océan.

Un parcours pour kayaks permet de descendre son cours. Je rêvais de franchir les rapides qui jalonnent la rivière !

On pourra faire des courses, vous viendrez chez moi ! Annonçai-je à mes copains.

Chez moi ! Je ne savais pas encore où serait ce chez moi !

.

Papa accepta les arguments de maman, la proximité de l’autoroute lui permettrait de rejoindre la préfecture dans des délais raisonnables. Il pourrait, à l’automne cueillir des champignons et peut-être chasser la palombe ! La palombe ! Ce ramier qui, chaque automne migre vers l’Afrique du Nord et se rassasie de glands avant de franchir les Pyrénées. Dès le mois de Septembre d’étranges cabanes deviennent des résidences secondaires dans la forêt. Le « mal bleue » s’abat sur la région rendant les hommes indisponibles  ! Ils se retrouvent pour guetter et chasser les oiseaux.

De temps en temps une bâtisse attirait nos regards : nichée dans une clairière elle symbolisait le rêve que nous poursuivions, hélas elle était habitée et pas à vendre !

La chance allait nous sourire. Le printemps nous gratifiait d’un soleil agréable, les oiseaux chantaient en préparant leur première nichée, nous avions rendez-vous chez des gens qui voulaient repartir dans la région parisienne. Une super affaire avait précisé notre informateur :

Ils veulent partir rapidement, allez les voir !

Dans la voiture maman entonna «  colchiques dans les prés «   que nous reprîmes tous en chœur bien que ce ne fût pas de saison, les jonquilles auraient été plus appropriées ! Papa se concentrait sur la conduite, scrutant les panneaux afin de suivre les explications  communiquées par l’agence. Entre les pins, un portail en fer forgé s’ouvrait sur une allée goudronnée bordée de rosiers et dans une clairière une demeure apparût. Un cri de joie fusa.

    -    Quelle est belle ! Youpi !  

Visiter une maison habitée est une  autre aventure.. Par timidité, par crainte de paraître indiscret, nous restions sur le seuil des pièces, n’osant pas trop observer. Les propriétaires très compréhensifs,  encourageaient notre exploration, vantaient les commodités des lieux. 

Un courant de sympathie s’installa. Ils nous invitèrent à goûter.  Pendant que les parents évoquaient les problèmes d’argent, nous pûmes prendre possession du parc.

 Dans la voiture, Lorraine s’impatientait, il fallait qu’elle donne son avis !

Aussitôt libre, elle renifla, visita les alentours et revînt vers nous, frétillant de la queue, sa façon à elle d’approuver notre choix.

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