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28 mars 2007 3 28 /03 /mars /2007 16:59

 

L’arganier est un arbre qui pousse dans le sud marocain. Il produit des fruits semblables à des olives dont on broie les noyaux pour en extraire une huile très parfumée. Depuis quelques années pour éviter sa disparition, il est protégé.   
 
Seul, au milieu d’un champ caillouteux, on apercevait de loin sa silhouette torturée. Perdu dans le grand désert, au milieu d’un champ caillouteux, isolé de ses congénères, un arganier se lamentait.
Comment avait-il atterri ici, quel oiseau avait transporté la graine qui lui avait donné naissance ?
 
Que n’avait-il germé dans un bosquet, entouré d’autres arbres pour palabrer et occuper ses journées ?
La solitude était son lot de tous les jours. Il subissait sans broncher le vent chaud qui dessèche tout sur de son passage.   Parfois, il apercevait au loin quelques dromadaires qui broutaient des buissons épineux avant de se lancer dans la périlleuse traversée de l’immensité sableuse. Trop éloigné d’une piste, personne ne venait s’assoupir à son pied et profiter de son ombre.
Un jour pourtant, sa vie changea.
Dans un vacarme assourdissant, de gros tracteurs vinrent stopper près de lui : une route allait le tirer de son isolement !
Auparavant l’installation du chantier occupa de nombreuses heures.
Les ouvriers déblayèrent le terrain puis dressèrent les tentes qui leur serviraient de lieux de vie, les ingénieurs supervisèrent la mise en place des bungalows.
. Ses branches furent accrochées par des maladroits lors des manœuvres des engins, mais l’animation régnait, il se sentait vivre.
Il eut bien quelques inquiétudes, quand au crépuscule, certains coupèrent des branchages pour faire du feu !
-          Bah ! Tout cela repousserait au prochain printemps !
 L’eau qui s’infiltrait près de ses racines provoqua chez lui un gros soupir de satisfaction. Elle étancha la soif qui le tenaillait depuis de longs mois. Ses aiguilles reverdirent et ses fruits gonflèrent.
La civilisation avait du bon, pensait-il.
Les travaux promettant d’être longs, chacun essaya d’organiser au mieux la vie domestique.
Un troupeau de chèvres fournirait le lait du petit déjeuner ! Agiles, elles grimpaient jusqu’au sommet de l’arbre, se jouant des règles de l’équilibre et n’ayant aucun souci de vertige.
La vie était belle pour notre ancien solitaire mais ce bonheur ne devait pas durer. Quelques mois s’écoulèrent et le printemps qui s’accompagnait d’une végétation nouvelle apporta des inquiétudes à notre arbuste.
Ses jeunes pousses servaient de mets de choix aux caprins et les vieilles branches alimentaient le feu qui égayaient les soirées et sur lequel cuisaient les repas. Il y avait bien le chuintement de la bouilloire qui accompagnait la préparation du thé et qui chantait joliment à ses oreilles mais les étincelles qui jaillissaient du foyer était une menace permanente.
 Quand à sa descendance, sur laquelle il comptait pour la compagnie dans les temps futurs, la récolte des fruits était faite de façon méticuleuse pour extraire l’huile des noyaux ! Aucun espoir de voir pousser un seul de ses rejetons!
Avec le temps, on le négligeait, les arrosages s’égaraient dans la nature et ne parvenaient pas à son pied.
Le troupeau vorace raclait la moindre pousse de verdure qui naissait sur le sol.
Il devint ronchon et ne cessait de geindre !
Un dromadaire, curieux, s’était approché :
-          Qu’as-tu donc à te plaindre ? Tu voulais voir du monde, n’as-tu pas ce que tu souhaitais ?
-          J’ai bien piètre allure, je suis tout rabougri! Les flammes ont léché mon tronc, et leurs brûlures sont plus douloureuses que les rayons du soleil ! Les chèvres se nourrissent à mes dépens et me font plus de dégâts qu’un vol de sauterelles ! Que vais-je devenir ? Mes jours sont comptés !
Mâchouillant quelques épineux, l’animal bossu le regarda, moqueur.
-          C’est la rançon du progrès ! Bientôt sur la route les véhicules vrombiront et lâcheront leurs gaz d’échappement ! Tes épines deviendront toutes grises. Cet endroit sera parfait pour un arrêt et les ordures s’étaleront à tes pieds !
-          Oiseau de mauvaise augure ! S’écria l’arganier. Rejoins tes étendues de sable, tu es jaloux de voir les engins motorisés remplacer les caravanes !
Le camélidé se détourna et grommela :
-          On verra bien ! On verra bien !
Cabanes, abris, furent enlevés : il ne resta que des tas de gravats et une plate-forme goudronnée.
Les véhicules empruntaient le long ruban asphalté qui les conduisait vers le sud. Souvent, certains s’arrêtaient et faisaient halte sur le terre-plein. Il bénéficiait ainsi de l’eau salvatrice qui lui permit de se régénérer.
Un jour, le miracle se produisit !
 
Lui, qui n’attendait plus rien de la vie, assista à la construction d’une station-service !
Il fallait bien ravitailler toutes ces automobiles !
 Après les inévitables ennuis dus aux problèmes de chantiers, il fut entouré, choyé. On nettoya son aire, on planta des fleurs à ses pieds, jamais de sa vie on ne s’était autant intéressé à lui.
L’endroit fut baptisé : « Station de l’arganier ».
Sa tête gonfla, il se redressa, étira ses branches d’aise.
Son « ami » le dromadaire, de retour d’un grand voyage dans les dunes, le retrouva, très satisfait de son sort.
-          N’avais-je pas raison ? Lui dit-il d’un air supérieur. Le progrès ne m’a-t-il pas apporté de bonnes choses ?
-          Regarde, je me sens rajeuni, la sève coule dans mes branchages, mes épines ont retrouvé leur belle couleur !
Un peu agacé par ce prétentieux qui avait si vite oublié ses mésaventures, l’animal, conscient de sa supériorité dans ce coin du monde, ne daigna pas répondre. Il se détourna et se remit à mâchouiller ses buissons préférés.
 
La vie s’écoula, apportant à chacun son lot de bonheurs et de malheurs !
 
 
 

  

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commentaires

Jean-Claude 31/03/2007 19:30

Bon dimanche
Jean-Claude
 

Jean-Claude 30/03/2007 19:03

Tout d' abord merci de ta visite sur mon blog, ce qui me permet de connaître le tien, qui m' est agréable à la simple lecture de l' arganier!
Très bien raconté, et que je comprend, après avoir vu de semblables arbres perdus au milieu du désert, des pierres, au Sultanat d' Oman..
Je reviendrai te voir avec plaisir et aller plus en avant dans ton blog!
Amicalement et bon week-end
Jean-Claude

jacqueline 29/03/2007 18:58

J'arrive sur ce blog via Chrystelyne et je ne résiste pas, ce conte est une véritable invite à " l'ailleurs" Il m'en rappelle un autre de tradition orale africaine: " L'arbre qui parle" ....Je pense continuer à m'inviter de temps en temps chez "Nicole Raconte"Encore une chose: les sculptures naturelles sont superbes; un petit regret: j'aurais apprécié quelques légendes ...Bonne soirée.Jaqlin

chrystelyne 28/03/2007 22:43

bonjour Nicole
Tes contes invitent au voyage, u nvoyage plein de poésie et guidé par la voix  des sages, j'aime beaucoup ce regard magique et lucide qui donne envie  de prendre la route !